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L’Institut des Cultures de l’Islam

Par Sixtine de Thé
Publié le 17/01/2014 • modifié le 31/03/2020 • Durée de lecture : 7 minutes

Qu’il s’agisse d’évoquer le 17 octobre 1961 dans ce quartier [1] meurtri par l’événement, d’interroger les musulmans new yorkais après le 11 septembre, de fêter le Sénégal et Dakar, la Turquie et ses derviches, l’Inde et le Pakistan, le Maghreb et la Kabylie… et de réfléchir ensemble sur les révolutions en Egypte et en Tunisie ou de donne la parole au peuple syrien. L’Institut des Cultures d’Islam est un lieu de création, de diffusions et d’échanges. (…) Espace de débat et de recherche, lieu de production intellectuelle, l’ICI veille à ce que programmation culturelle et scientifique fonctionnent en complémentarité afin de favoriser les échanges sur les questions soulevées autour de l’Islam en Europe et dans le monde [2]. »

En ouvrant les portes d’un nouveau bâtiment à la Goutte d’Or, l’Institut des Cultures d’Islam complète son projet d’un centre culturel oeuvrant pour une compréhension par l’art des cultures d’Islam. Certes le projet n’est pas nouveau, puisqu’il date de 2005 et qu’il avait vu l’ouverture de l’Institut des Cultures d’Islam Léon en 2006. Mais ce dernier n’était qu’un centre de préfiguration. Il proposait déjà néanmoins des expositions, festivals, projections, conférences autour de l’Islam dans les cultures contemporaines, mission que l’ICI (abréviation de l’Institut des Cultures d’Islam) Goutte d’Or, récemment inauguré, se propose de systématiser et compléter, avant l’ouverture du dernier centre du complexe de cet institut, l’ICI Barbès, prévu pour fin 2015. Ce centre culturel d’art contemporain a pour ambition de faire émerger à Paris un lieu dédié à la création et à la diffusion des cultures contemporaines en lien avec le monde musulman. Son but est de porter une attention particulière aux divers domaines artistiques (arts visuels, arts vivants, littératures) par le prisme de la religion musulmane, et vice versa, et de s’imposer comme un lieu de dialogues artistiques, intellectuels et sociaux. Ce lieu, que l’on pourra croire simple centre d’art contemporain, se révèle être une combinaison très singulière entre le culturel et le cultuel, puisque dans l’espace de l’ICI se trouve un espace de prière. Le but ultime est un dialogue fructueux entre les différents visiteurs : croyants venant prier, amateurs d’art ou autres venant visiter un centre culturel, la direction de l’ICI espère une rencontre des publics.

Pourquoi un Institut des Cultures d’Islam ?

Le projet de cet institut original né en 2005 a découlé de plusieurs constats, comme l’explique Jamel Oubechou, directeur de l’Institut des Cultures d’Islam, pour Les clés du Moyen-Orient : « Ce fut surtout le constat d’une vision de l’Islam réductrice en France qui a donné naissance au projet. Réduction qui part bien sûr d’une méconnaissance des cultures d’Islam par le public français. C’est pour cela, et parce qu’il s’agissait avant tout d’un centre culturel, que l’accent a été mis sur l’aspect pluriel de la culture islamique. La question majeure est donc celle de la créativité, et l’Islam peut être une référence culturelle pour des artistes venant de pays majoritairement musulmans mais qui eux-mêmes ne le sont pas nécessairement, d’artistes de pays avec une faible population musulmane mais qui s’y intéressent. L’Islam dans la création que nous exposons peut avoir des statuts différents, source d’inspiration consciente ou inconsciente, objet d’étude plastique, désir de spiritualité etc… Le but est vraiment de montrer la complexité et la diversité des cultures d’Islam. Ensuite, cela a répondu aussi à des problèmes plus politiques comme celui des prières dans la rue, très ancré de surcroit dans le quartier de la Goutte d’Or, environ à l’époque où la décision du projet a été prise : d’où la volonté d’installer une salle de prière pour pouvoir accueillir et intéresser la population du quartier. Il est vrai que le quartier de la Goutte d’Or a une identité précise qui est marquée par une très forte mixité sociale, culturelle, une population musulmane importante mais d’origines différentes, et ainsi avec différents rites, et un quartier aussi marqué par une certaine précarité économique et sociale. Donc construire l’ICI dans ce quartier faisait l’objet d’un choix particulièrement crucial. Et c’est ce qu’a justement dit Bertrand Delanoë, maire de Paris, lors de la soirée d’ouverture : « Aussi à la Goutte d’Or, il faut que les choses soient belles. » C’est une phrase assez juste. »

L’histoire de l’Institut

L’histoire de l’Institut des Cultures d’Islam remonte à 2005. La première réalisation est l’ouverture du centre de préfiguration « ICI Léon » à l’occasion de la Nuit Blanche en octobre 2006. Ont suivi ensuite des participations aux Veillées du Ramadan en septembre 2008, 2009, 2010. C’est en mars 2010 que l’ICI se voit changer de statut : c’est la fin de la régie directe par la Ville de Paris, et l’association loi 1901 « ICI » est créée. Presque un an plus tard, en février 2011, la première grande exposition est présentée à l’ICI Léon « The Goutte d’Or ! L’Institut des Cultures d’Islam invite Martin Parr », suivi en septembre par le festival « Islam and the city », puis en juin 2012 le festival « #Libertés », et en juin de la même année celui consacré à l’Algérie à Paris (« Viva l’Algérie à Paris ! »). Un an plus tard c’est le festival « Par ICI Dakar » qui couvre les cimaises de cet institut. A l’occasion de ces festivals sont proposés des expositions d’arts visuels, des représentations théâtrales, de danse, de musique, des tables-rondes, des lectures de textes, des brunchs littéraires et autres activités. En parallèle de cette activité culturelle intense, le projet de l’ICI Goutte d’Or a continué à se développer, les travaux débutèrent en septembre 2011. Il a ouvert le 28 novembre 2013 et comporte un espace cultuel qui fut vendu à la Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam, après le vote en avril 2013 du Conseil de Paris.
Il rappelle d’extérieur l’Institut du Monde Arabe, avec la même référence architecturale au monde arabe par les moucharabiés contemporains ajourés sur l’espace public. Les lignes du bâtiment sont d’une grande élégance et lui procurent une identité visuelle singulière, allié à une grande luminosité. Le bâtiment est composé de cinq niveaux : au rez-de-chaussée, un hall d’exposition est flanqué de lustres organisés en structures concentriques, qui rappellent les grandes lampes de mosquée. Au premier étage se trouve la salle de prière. Les deux autres étages sont prévus pour les expositions et les cours de langue proposés par l’Institut (arabe, wolof, calligraphie). Le hammam et l’espace café achèveront de compléter cet espace pluriel en lui conférant une dimension d’un confort « traditionnel », en quelque sorte.
Jamel Oubechou précise : « Pour ce qui est de l’aspect très précurseur de l’Institut des Cultures d’Islam, il est vrai qu’il offre une formule tout à fait singulière et qui, à ma connaissance, n’existe pas ailleurs. Construire un tel centre constituait un vrai pari qui, à mon sens, a été brillamment relevé. Il s’agit d’un espace très complet avec une volonté de dialogue intelligemment bien mise en place. Dans le projet final, qui inclut l’ouverture fin 2015 d’un ICI Barbès, l’Institut des Cultures d’Islam comprendra deux salles de prières (qui appartiennent à la Mosquée de Paris), un hammam (qui ouvre à l’ICI Goutte d’Or fin février), des salles d’expositions, des espaces pour des concerts, un auditorium, une médiathèque… Le centre de préfiguration ICI Léon fermera à ce moment-là. Il s’agira donc d’un grand espace de dialogue et de connaissance. Ce qui est très intéressant à l’ICI Goutte d’Or pour le moment, c’est justement ce dialogue qui s’instaure entre les gens du quartier qui viennent prier et les visiteurs qui viennent plutôt pour la dimension artistique qu’offre le centre. Des fidèles commencent à s’intéresser aux expositions. Cette cohabitation du culturel et du cultuel est une vraie réussite. »

L’exposition inaugurale organisée pour l’ouverture de l’ICI Goutte d’Or (du 28 novembre 2013 au 30 mars 2014), placée sous le commissariat de Michket Krifa, s’intitule, en clin d’œil à l’abréviation de l’Institut, ICI, « Ici, là et au-delà » et présente des œuvres du photographe iranien Abbas, de la photographe et plasticienne italienne Patrizia Guerresi Maïmouna, du plasticien franco-algérien Aziz Oulab et du photographe Bruno Lemesle. L’exposition interroge la représentation du spirituel et du sacré à travers l’art contemporain et met en valeur le patrimoine de la Goutte d’Or. On perçoit bien par cette exposition d’ouverture la mission que se donne l’ICI, celle de montrer qu’une religion puisse être vécue ou perçue de tant de manières différentes, et que les cultures d’Islam soient si fécondes en créativité. Les travaux de ces artistes semblent être regroupés en deux catégories différentes : une présentation du Quartier de la Goutte d’Or et qui reste une constante de la programmation culturelle de l’ICI, puisqu’en février 2011 le photographe anglais Martin Parr était invité pour produire un reportage photographique sur le quartier. Son identité socio-culturelle forte est présentée cette fois sous les yeux habitués d’Abbas et de Bruno Lemesle, tous les deux connaisseurs intimes de la Goutte d’Or, et qui en montrent avec un regard aiguisé et humaniste les habitudes et la richesse. Des autres artistes on retient surtout le sens de la suspension spirituelle, comme les installations en barbelées de Yazid Oulab et les photographies-totems de Patrizia Guerresi Maïmouna, le sens du métissage dans les références religieuses et iconographiques. Pour la suite des expositions, l’ICI prépare un festival sur l’art contemporain syrien, intitulé « Et pourtant ils créent… » témoignage vibrant de ces artistes qui créent en temps de guerre. L’ICI leur ouvrira ses portes : « Nous voulons insister sur le fait que la culture et la créativité soient fondatrices de l’humanité. » répète Jamel Oubechou. Ce festival, prévu pour le début de l’été 2014, laissera ensuite la place à une programmation sur la création contemporaine au Maroc.

Elégant et avant-gardiste, chargé de spiritualité et soucieux de questions sociales, l’Institut des Cultures d’Islam semble bien relever le pari qu’il s’est lancé en 2005. Mais une autre de ses grandes originalités consiste à montrer la richesse des cultures d’Islam non pas dans un Âge d’Or lointain, mais d’ancrer sa compréhension dans des cultures contemporaines en pleine effervescence.

Publié le 17/01/2014


Normalienne, Sixtine de Thé étudie l’histoire de l’art à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm et à l’Ecole du Louvre. Elle s’intéresse particulièrement aux interactions entre l’Orient et l’Occident et leurs conséquences sur la création artistique.


 


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