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L’Autorité palestinienne est-elle au bord de l’effondrement ? (2/2) : la fin des accords d’Oslo
Article publié le 24/08/2016

Par Matthieu Saab

En septembre 2015, Mahmoud Abbas, s’exprimant devant l’Assemblée générale des Nations unies, a dénoncé les accords d’Oslo et a demandé à la communauté internationale de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat occupé de manière similaire à la reconnaissance de nombreux pays par les alliés durant la Seconde Guerre mondiale. En outre, Abbas a accusé Israël de vouloir transformer un conflit politique en un conflit religieux portant notamment sur le contrôle de la mosquée Al-Aksa à Jérusalem. Pour Abbas, les Palestiniens ne sont plus tenus par les accords d’Oslo et Israël doit reconnaître sa responsabilité en tant que « force d’occupation » (1). Enfin, Abbas a demandé l’arrêt de la colonisation. Or, dans ces déclarations, Abbas n’a pas prévu ni de dissoudre l’Autorité palestinienne, ni de mettre fin aux accords de sécurité passés avec Israël : seules ces deux options auraient pu faire fléchir les Etats-Unis et le gouvernement israélien.

D’après Yossi Mekelberg, un expert de Chatham House, « l’absence d’une confiance réciproque entre Israéliens et Palestiniens, l’absence d’hommes politiques ambitieux ayant une envergure internationale et enfin la poursuite de la construction de colonies israéliennes ont rendu la création et la consolidation d’un Etat Palestinien impossible (3) ». Toujours d’après Mekelberg, la solution des deux Etats n’est plus réaliste et les solutions à proposer aux deux parties conduisent notamment à envisager plusieurs options : la construction d’un seul Etat, la création d’une confédération, un retrait israélien unilatéral, la gestion du conflit sans le résoudre et enfin l’escalade militaire qui est supposée conduire à briser une impasse…

Lorsque la solution des deux Etats sera définitivement abandonnée, il sera toujours temps de songer à un différent paradigme pour résoudre le conflit. Un paradigme basé sur la protection des droits des populations et non plus sur une base territoriale. Un paradigme qui permettrait à toute personne vivant en Israël et en Palestine d’avoir les mêmes droits fondamentaux politiques et civils et qui serait basé sur le respect de la loi internationale, des droits de l’homme et de l’égalité entre les deux peuples israélien et palestinien.

Stratégie de l’Etat d’Israël

Depuis le début de l’Intifada Al-Aqsa en septembre 2000, les Israéliens considèrent qu’il n’y a pas de partenaire palestinien pour trouver un compromis historique avec le « Mouvement National Juif » (4). L’espoir d’une paix qui avait germé durant le processus d’Oslo en 1993 a été remplacé par la prise de conscience que le conflit n’aura pas un aboutissement rapide. Le postulat du processus d’Oslo devait mener à une partition de la terre d’Israël et à l’établissement d’une entité politique palestinienne qui apporterait la paix et la stabilité dans la région (5).

Or d’après les Israéliens, l’Autorité palestinienne n’a pas l’intention d’accepter la présence d’un Etat juif à ses frontières. Les Palestiniens veulent avoir le contrôle du Mont-du-Temple et exigent le « droit au retour » des réfugiés, ce qui constituent pour Israël un obstacle insurmontable. D’autre part, Israël estime que le Hamas est un danger qui reflète la progression de l’islamisme dans la région (6).

De plus, l’Autorité palestinienne n’a pas été en mesure depuis Oslo d’établir un Etat palestinien dans le cadre du paradigme (les « deux Etats ») qui avait été validé. Cette situation a conduit le Hamas à se séparer de l’Autorité palestinienne. Dans ces conditions, Israël a renoncé à résoudre le conflit à court terme et a adopté une stratégie basée sur une « gestion du conflit (7) » avec les Palestiniens qui nécessite de sauvegarder en priorité la « sécurité de l’Etat hébreu ».

Quel avenir pour les Palestiniens ?

Les Palestiniens se posent la question de savoir dans quelle mesure l’Autorité palestinienne est en train d’assurer les deux objectifs qu’elle s’était fixée : l’indépendance de l’Etat palestinien et la mise en place d’institutions étatiques. De nombreux Palestiniens sont frustrés par la lenteur du processus en cours. Ils se posent des questions quant à la pérennité de l’Autorité palestinienne, quant à sa capacité à consolider sa légitimité dans un environnement hostile en raison de crises financières répétées, de la corruption, de la perte de sa légitimité électorale et de son incapacité à trouver une issue au conflit entre le Fatah et le Hamas qui aurait dû normalement conduire à la réunification de Gaza et de la Cisjordanie.

Certains Palestiniens estiment que l’Autorité palestinienne va sombrer en raison de pressions intérieures dues à la crise économique et financière qui se traduit par des mouvements sociaux et des grèves dans les secteurs public et privé et à la résurgence des milices armées.

Les Palestiniens sont également concernés par un possible effondrement de l’Autorité palestinienne sous la pression d’Israël et des sanctions qu’ils subissent. Les Palestiniens estiment que, pour Israël, l’Autorité palestinienne assume plusieurs rôles importants : elle permet à Israël de ne pas être responsable du bien-être des Palestiniens, elle soutient Israël contre la menace démographique et protège le caractère juif de l’Etat hébreu.

D’autres Palestiniens estiment que l’Autorité palestinienne doit être dissoute afin de forcer Israël à assumer sa totale responsabilité en tant que puissance occupante. L’effondrement ou la dissolution de l’Autorité palestinienne pourrait contraindre les Israéliens à choisir entre trois alternatives : le maintien d’une version légèrement modifiée du statu quo qui permettrait aux Palestiniens de survivre avec l’aide de la communauté internationale, le retour à la situation qui prévalait avant les accords d’Oslo (dans ces conditions Israël deviendra directement responsable de l’action sociale et économique dans les Territoires occupés) ou procéder à un désengagement partiel qui lui permettrait de consolider les colonies tout en gardant une présence militaire dans toute la Cisjordanie.

Le « Palestinian Center for Policy and Survey Research » (PSR), think tank palestinien, a diffusé en mai 2016 les résultats d’une enquête très détaillée sur la nouvelle stratégie qui devrait être suivie par les Palestiniens face au gouvernement israélien (8). Dans cette enquête, il est apparu que deux options sont rejetées catégoriquement par les Palestiniens : le maintien du statu quo et la reprise des négociations sans un gel radical de la construction des colonies et de leur expansion. Compter sur la diplomatie internationale est insuffisant car elle se heurterait au veto américain et à l’incapacité de la communauté internationale à imposer des sanctions à l’Etat d’Israël. Dans ces conditions, selon le rapport, cinq approches différentes sont proposées aux Palestiniens. Elles constituent des facettes multiples d’une même stratégie basée sur la confrontation politique avec l’Etat d’Israël.

La première option du rapport consisterait pour l’Autorité Palestinienne et la société civile à organiser des manifestations populaires non-violentes afin d’exprimer l’opposition à l’occupation, de démanteler les barrages militaires élevés par l’armée israélienne en Cisjordanie et de bloquer les routes et les infrastructures israéliennes utilisées par l’armée et par les colons.
La seconde option du rapport consisterait à organiser un boycott systématique au niveau national et international au niveau gouvernemental et populaire contre les colonies puis contre l’Etat d’Israël dans son ensemble. Cette option nécessiterait une totale coordination et une harmonisation avec la campagne internationale du mouvement « BDS » (Boycott, Désinvestissement et sanctions)
La troisième option du rapport consisterait à interrompre la coordination sur la sécurité avec l’armée israélienne afin d’obliger Israël à utiliser des forces additionnelles pour assurer sa propre sécurité. La fin de la coordination sur la sécurité ne permettrait plus aux forces israéliennes de pénétrer dans les zones de Cisjordanie désignées par les accords d’Oslo comme faisant partie de la zone « A » (sous responsabilité totale palestinienne), ces incursions par l’armée israélienne deviendraient plus coûteuses en hommes et en matériel.
La quatrième option imposerait aux Palestiniens une approche fondée sur le respect de leurs droits fondamentaux. Cette option ne requiert pas la dissolution de l’Autorité palestinienne. Elle impose aux forces israéliennes et à la population des colonies de prendre en compte les conséquences de l’occupation sur les Palestiniens. Dans ces conditions, les Israéliens qui, constamment, rappellent le caractère juif d’Israël, réaliseraient qu’il est de leur intérêt de choisir la solution des « deux Etats » afin de ne pas donner aux Palestiniens des droits égaux à ceux des Israéliens.
La cinquième option du rapport imposerait le retour à la négociation bilatérale tout en poursuivant l’internationalisation, la résistance populaire, le boycott, la défense des droits fondamentaux,… Dans ce contexte, la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens serait plus efficace grâce à l’utilisation simultanée des autres options qui rendraient plus lourdes les pertes israéliennes dues à l’occupation. Afin de consolider le message qui est véhiculé par les Palestiniens, la reprise des négociations nécessiterait de diffuser à l’attention du public israélien un plan destiné à expliquer la position palestinienne.

Ces cinq options du rapport font appel à une stratégie innovante mais celle-ci ne saurait contraindre Israël à mettre fin à presque cinquante ans d’occupation. Dans ces conditions, on se dirige vers la dissolution de l’Autorité palestinienne ou vers son extrême affaiblissement. Dans les deux cas, l’armée israélienne saurait s’adapter à la nouvelle situation.
Il est clair que la dissolution conduirait à faire de la Cisjordanie une zone de non-Droit qui ne bénéficierait plus du soutien financier de la communauté internationale. Pour Israël, ce serait un retour à la situation qui prévalait sur le terrain avant la mise en place de l’Autorité Palestinienne en 1994. Dans ces conditions, il faudrait s’attendre à une accélération de la construction de nouvelles colonies.

En cas de non-dissolution de l’Autorité palestinienne, celle-ci continuerait à s’affaiblir tout en contrôlant un million de Palestiniens qui résident en Cisjordanie afin de soulager l’armée israélienne. Dans ce cas également, il faudrait s’attendre à une accélération de la colonisation et à une baisse du soutien financier de la communauté internationale découragée devant l’ampleur de la corruption en Cisjordanie.

Lire la partie 1 : L’Autorité palestinienne est-elle au bord de l’effondrement ? Evolution de l’Autorité palestinienne depuis 1994

Notes :
(1) Peter Beaumont « Mahmoud Abbas : Palestinians ‘no longer bound’ by Oslo accords with Israel » https://www.theguardian.com/world/2015/sep/30/mahmoud-abbas-palestinians-no-longer-bound-by-oslo-accord-with-israel le 30 septembre 2015.
(2) Ibid.
(3) Yossi Mekelberg « The Quiet Death of the Two-State Solution », Chatham House https://www.chathamhouse.org/expert/comment/quiet-death-two-state-solution le 21 avril 2016.
(4) Efraim Inbar « Israel’s Palestinian Dilemmas » Begin-Sadat Ceter for Strategic Studies, http://besacenter.org/perspectives-papers/israels-palestinian-dilemmas/ le 3 mai 2016.
(5) Ibid.
(6) Ibid.
(7) Ibid.
(8) Khalil Shikaki, « Changing the Status Quo : What Directions for Palestinians ? » Palestinian Center for Policy and Survey Research, http://www.pcpsr.org/sites/default/files/final%20report%20print%20English.pdf mai 2016.

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