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Hervé Pierre, Le Hezbollah, Préface de Bertrand Badie

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin
Publié le 27/08/2010 • modifié le 25/04/2020 • Durée de lecture : 3 minutes

Dans la première partie, Hervé Pierre analyse la notion de « victoire », considérée comme la consécration indispensable pour le Hezbollah, dans la mesure où « s’il ne peut espérer battre militairement la puissance israélienne sur le terrain des opérations, le Hezbollah mène sur la scène internationale un combat pour obtenir la victoire stratégique ». L’auteur décrit les trois moyens utilisés par le Hezbollah lui permettant de « consacrer la victoire » lors du conflit de 2006.

Il faut tout d’abord que les événements soient reconnus comme étant une « guerre » par la communauté internationale et par les opinions publiques. Pour obtenir cette « qualification », le Hezbollah mène une intense politique médiatique. Ainsi, cette guerre, considérée par le Hezbollah comme une victoire, est qualifiée par le chef du Parti, Hassan Nasrallah, de « victoire divine », et par la population arabe comme « historique et stratégique ». La notion de « victoire des damnés » est également évoquée par le directeur du centre de recherche du Hezbollah Ali Fayad, faisant référence à « la victoire (…) des exclus d’un monde sous domination américaine ».

Il faut ensuite que cette victoire soit pérenne, pour « la faire entrer dans l’usage ». Pour ce faire, Hervé Pierre explique comment « la résolution 1701 votée par le Conseil de sécurité, à l’interface entre action militaire et action politique, participe de cette transformation ». L’auteur analyse le processus d’élaboration de la résolution 1701 ainsi que son contenu. Si la résolution permet de mettre fin aux combats et reconnaît le Hezbollah comme un mouvement de résistance, ces acquis n’empêchent cependant pas Hassan Nasrallah de considérer la résolution comme un texte « inique et partial ».

Il faut enfin reconstituer « un potentiel militaire pour poursuivre la résistance ». Le Hezbollah, en dépit de l’article 8 de la résolution 1701 qui décide de la mise en place dans la zone de déploiement de la Finul d’une « zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes autres que ceux déployés dans la zone par le gouvernement libanais et les forces de la Finul », ne désarme pas et poursuit son réarmement. L’auteur analyse également les relations entre le Hezbollah et la Finul, présente dans la zone comprise entre le fleuve Litani et la ligne bleue.

La seconde partie démontre comment, une fois reconnue la « victoire » du Hezbollah, le Parti « poursuit son combat de résistance en défiant politiquement la Puissance ». Trois moyens lui permettent de « défier la Puissance » et de se positionner en mouvement de résistance.

Le Hezbollah utilise en premier lieu la scène politique libanaise. L’auteur revient en préalable sur les relations entretenues entre le Parti de Dieu et le gouvernement libanais : elles passent de la coopération entre 1996 et 2006 à la compétition à partir de la guerre de juillet 2006. L’auteur analyse ainsi la fracture entre le Hezbollah et l’Etat libanais : « Perçu par ses opposants comme le bras armé de l’Iran et comme un valet de la Syrie, le Hezbollah conteste, quant à lui, l’existence d’un gouvernement pro-occidental qui fait de l’Etat libanais un cheval de Troie pour la puissance israélo-américaine ». A partir de ce moment, le Hezbollah « dénonce la diabolisation dont il est l’objet (…). Le parti chiite est décrit par l’administration américaine comme une organisation ‘‘terroriste’’, ‘’anti démocratique’’, ‘’extrémiste’’, alors même que le président Bush exprime toute sa fierté au Premier ministre libanais ». La solution pour le Hezbollah est de demander la formation d’un gouvernement d’union nationale, car « provoquer la rupture ferait paradoxalement le jeu de la Puissance américaine ». Afin de faire contrepoids à l’influence américaine, le Hezbollah exige donc de participer aux décisions politiques du pays.

Le Hezbollah utilise également la solidarité des populations arabes et musulmanes, née de la guerre : « L’onde de sympathie a enflé pendant la guerre, s’est propagée par cercles concentriques à partir du monde arabo-musulman pour atteindre sur tous les continents ceux ou celles qui, pour diverses raisons, se reconnaissent dans la figure de l’opprimé ». Sa victoire lors du combat, ainsi que la solidarité populaire confèrent au Hezbollah la légitimité de dénoncer les instances internationales « qui édicte(nt) des normes universelles dont (elles) n’hésite(nt) pas à s’affranchir quand bon (leur) semble ».

Le Hezbollah utilise enfin sa légitimité née de la guerre pour « s’affirmer comme un acteur du front du refus ». Il se positionne alors « comme l’avant-poste victorieux d’un bloc politique hostile » aux Etats-Unis. Si le Hezbollah entend se faire entendre sur le plan régional, il met également en avant sa spécificité nationale et son rôle dans la résistance libanaise. Dans ce contexte régional, les liens entre l’Iran et le Hezbollah, ainsi que ceux avec la Syrie, sont analysés.

Au terme de son analyse, Hervé Pierre s’interroge sur le caractère "incontournable " du Hezbollah, au regard de son nouveau positionnement diplomatique depuis juillet 2006.

Hervé Pierre, Le Hezbollah, Un acteur incontournable de la scène internationale ? Préface de Bertrand Badie, Paris, L’Harmattan, Collection Chaos International, 2009, 193 pages.

Publié le 27/08/2010


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


 


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