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Farouk, avant dernier roi d’Egypte

Par Lisa Romeo
Publié le 09/11/2010 • modifié le 16/04/2020 • Durée de lecture : 3 minutes

Picture taken in 1938 of King Faruq of Egypt. Faruq later divorced Farida, abdicated in favour of his son Ahmed Fouad II and died in obscurity in Rome in 1965.

AFP

Les jeunes années

D’origine albanaise par son père le roi Fouad Ier (1922-1936), et égyptienne par sa mère, Farouk est né au Caire en 1920. Il grandit en Egypte puis part compléter son éducation à l’Académie militaire de Woolwich en Grande-Bretagne. Il rentre précipitamment d’Angleterre en avril 1936 pour succéder à son père sur le trône à l’âge de 16 ans. Un conseil de régence désigné par le Parlement est mis en place jusqu’à sa majorité en 1937. Il est alors très populaire auprès des Egyptiens. Charismatique, c’est le premier dirigeant à parler couramment l’arabe. Il joue d’ailleurs beaucoup sur l’identité arabe et islamique du pays. Il reprend les thèses panarabes qui prônent l’unité du monde arabe et arrive ainsi à obtenir le soutien des classes traditionnelles religieuses et des Frères musulmans. Il multiplie les actions de bienfaisance au nom de l’Islam et espère même reprendre le titre de calife aboli en 1924 par le turc Mustafa Kemal après la chute de l’Empire ottoman.

Le roi et le parti Wafd

Entouré de conseillers tels qu’Ali Maher, Farouk entre rapidement en conflit avec le Parti Wafd de Nahhas Pacha qui dirige le pays depuis 1936 et s’oppose à sa politique religieuse. Il le fait révoquer le 30 décembre 1937 au profit d’un nouveau gouvernement constitué de libéraux-constitutionnels et réussit donc pour un temps à l’écarter du pouvoir.

Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate en 1939, le roi ne cache pas ses sympathies pour les puissances de l’Axe, ennemies de la Grande-Bretagne et tente de prendre contact avec l’Allemagne par le biais de la Turquie et de l’Iran. Il espère en effet, comme de nombreux égyptiens, qu’une victoire de l’Axe libérera l’Egypte de la tutelle britannique et permettra d’achever l’indépendance de son pays. Le roi cherche alors, malgré les pressions du gouvernement britannique, à maintenir son pays dans la neutralité. Devant la résistance du roi, la Grande-Bretagne, par le biais de son ambassadeur en Egypte Miles Lampson (1880-1964), multiplie les ultimatums pour le contraindre à rétablir un cabinet Wafdiste qui semble plus correspondre aux aspirations anglaises et se montre fermement antinazi. En février 1942, des troupes se positionnent autour du palais, le forçant à autoriser le retour de Nahhas Pacha faute de quoi il sera contraint d’abdiquer. Le roi finit par céder et le parti Wafd reprend son rôle politique jusqu’en 1944. Le recul de la monarchie devant les volontés britanniques est alors très mal perçu par le corps militaire.

Vers le discrédit de la monarchie

Les conséquences de la Seconde guerre mondiale en Egypte sont très lourdes tant d’un point de vue social qu’économique. Le pays sort du conflit ruiné et hanté par le chômage. Le train de vie du roi est alors vivement critiqué. Il est accusé de débauche et d’avidité. De plus, son image est ternie par de sombres affaires de corruption.

Pour calmer les tensions, Farouk tente une nouvelle fois de miser sur une politique régionale et défend l’unité arabe. Il décide ainsi, malgré les mises en garde du corps miliaire qui lui rappelle que l’armée égyptienne n’est pas prête à combattre, de déclarer la guerre contre le jeune Etat d’Israël en 1948. L’Egypte est finalement le premier Etat arabe à devoir se résoudre à signer un traité d’armistice avec l’Etat hébreu en février 1949. Farouk, accusé d’incompétence, est immédiatement tenu pour responsable de cette humiliation. La cour est de plus soupçonnée d’avoir acheté du matériel militaire de mauvaise qualité pour s’enrichir. La colère populaire atteint alors son paroxysme.

Les affrontements entre les forces britanniques qui stationnent autour du canal de Suez se font de plus en plus violents et se transforment en une véritable guérilla. En janvier 1952, des symboles de la présence occidentale sont détruits, des émeutes au Caire rendent la situation incontrôlable. Le 27 février, Farouk renvoie le gouvernement wafdiste au pouvoir depuis 1950 et suspend le Parlement, discréditant ainsi définitivement la monarchie auprès de l’opinion publique. La révolution est en route. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 22 au 23 juillet, le groupe des Officiers libres dirigé notamment par le colonel Nasser orchestre un coup d’Etat contre le roi. Farouk est contraint d’abdiquer au profit de son fils, Fouad II, âgé de quelques mois. Il quitte l’Egypte le 26 juillet à bord du yacht royal Mahroussa, après avoir tenté en vain d’obtenir le soutien de la Grande-Bretagne. Le régime monarchique est finalement aboli en 1953.

Farouk séjourne alors en Europe jusqu’à sa mort à Rome en 1965. Ainsi même si Farouk répondait dans un premier temps aux aspirations du pays, il n’aura pas su porter son pays vers l’indépendance.

Bibliographie :
Bernard Lugan, Histoire de l’Egypte des origines à nos jours, Paris, Editions du Rocher, 2002
Sophie Pommier, Egypte, l’envers du décor, Paris, Editions La Découverte, 2008
Abdel M. Sabet, Farouk, un roi trahi, Paris, Editions Bailand, 1990

Publié le 09/11/2010


Lisa Romeo est titulaire d’un Master 2 de l’université Paris IV-Sorbonne. Elle travaille sur la politique arabe française en 1956 vue par les pays arabes. Elle a vécu aux Emirats Arabes Unis.


 


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