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Entretien avec le Dr. Assaf Sharon - Elections législatives israéliennes du 9 avril 2019 : « Se confronter à Benyamin Netanyahou est un obstacle de taille »

Par Assaf Sharon, Ines Gil
Publié le 09/04/2019 • modifié le 09/04/2019 • Durée de lecture : 5 minutes

Dr. Assaf Sharon

Benyamin Netanyahou, Premier ministre depuis 10 ans, est toujours populaire pour une partie des Israéliens. Comment expliquer une telle permanence au pouvoir ?

Cette question se pose pour de nombreux dirigeants à travers le monde, qui ont choisi de développer le même profil d’« homme fort ». Ces dirigeants possèdent toujours une base très solide sur laquelle ils peuvent compter.
C’est bien sûr le cas de Benyamin Netanyahou. Sa base ne le quitte pas, malgré les affaires de corruption. Les électeurs du Likoud (Droite) ne croient pas que ces affaires soient avérées, et même, certains n’y accordent pas d’importance. Par ailleurs, Benyamin Netanyahou sait jouer de son charisme, il sait parler à ses électeurs, créer un récit autour de son projet et de sa personne.

A cela s’ajoute son talent de politique et sa longue expérience en tant que Premier ministre. Se confronter à Benyamin Netanyahou est un obstacle de taille. Benny Gantz (1) (formation “Bleu et blanc”, Centre), nouveau venu dans l’arène politique, a montré que ce challenge pouvait être relevé. Mais cet ancien Chef d’état-major de l’armée israélien a pourtant du mal à s’imposer. Pour gagner les élections, il faut se créer une identité politique et faire face aux sujets sensibles. C’est un défis que le leader de “Bleu et blanc” a eu du mal à relever, particulièrement sur la question du règlement du conflit israélo-palestinien : il a évité le sujet et s’est montré flou sur ses intentions à l’égard des Palestiniens.

Ces 20 dernières années, cette peur de l’engagement politique ferme devient habituelle pour les représentants du centre et du centre gauche. C’est du pain béni pour Benyamin Netanyahou.

Benny Gantz est un nouveau venu dans la politique israélienne, et il s’est rapidement imposé comme l’adversaire principal de Benyamin Netanyahou. Comment expliquer le phénomène Gantz ?

Le personnage de Benny Gantz est fascinant. Ancien chef d’état-major, il a attiré les Israéliens qui gravitent autour du centre. Mais son manque de clarté, notamment sur la question du conflit, lui porte préjudice. Ceux qui le connaissent personnellement savent qu’il est favorable à la solution à deux Etats. Sa position est celle d’un politicien classique de centre-gauche. Mais le leader “Bleu et blanc” n’assume pas ces idées. Durant la campagne, il a mis en avant ses atouts en matière de sécurité, de manière radicale. Il s’est par exemple vanté d’avoir tué des gens à Gaza et d’avoir « renvoyé Gaza à l’âge de pierre ». Son objectif est de montrer qu’il est fort, capable de mener une politique sécuritaire ferme, car Benyamin Netanyahou l’accuse de laxisme avec les Palestiniens. Cette stratégie est très classique chez les politiciens de centre-gauche, mais elle ne fonctionne pas.

Le Parti Travailliste a longtemps été, avec le Likoud, l’un des deux principaux partis de la vie politique israélienne. Mais selon les sondages, pour les élections de ce mardi, il ne va obtenir que quelques sièges. Comment expliquer ce déclin ?

Ces dernières années, le parti travailliste a tenté de paraître plus à droite qu’il ne l’est réellement. L’actuel dirigeant Avi Gabbay n’échappe pas à la règle. Son manque de mobilisation et d’engagement clair a fait fuir des électeurs. Certains se sont réfugiés vers Benny Gantz. En comparaison aux anciens du Parti travailliste, le leader de “Bleu et Blanc” semble renouveler la classe politique.

C’est principalement la seconde Intifada (2000-2004/2005) qui a amené le centre-gauche à se positionner plus à droite qu’il ne l’est politiquement. Cette période a été un second événement le plus destructeur (après l’assassinat d’Yitshak Rabin en 1995) pour le parti travailliste. Mais la seconde Intifada s’est déroulée au début des années 2000. Le centre-gauche a eu près d’une vingtaine d’années pour se reconstruire, sans succès.

Plus à gauche, le parti Meretz pourrait ne pas franchir le seuil requis pour siéger à la Knesset. C’est inédit. Comment l’expliquez-vous ?

Le Meretz est aujourd’hui un regroupement d’activistes issus de la société civile. Leurs combats sont divers, allant de la légalisation du cannabis, en passant par le droit des LGBT, ou encore le droit des femmes et le droit à exprimer les diversités religieuses. C’est un mélange de nombreuses idées qui ne s’organisent pas autour d’une idéologie forte. Les membres du Meretz n’osent pas entrer dans le jeu politique. Ils n’essayent même pas de gagner. Selon moi, leur campagne a comporté des lacunes. Il y a un problème de leadership dans ce parti. Je ne cible pas les dirigeants, mais plutôt la solidité de l’idéologie de cette formation.

Cette campagne a également mis à jour un nouveau venu dans la politique, cette fois bien plus à droite, Moshe Feiglin, le leader du parti Zehut. Il se présente avec un programme qui propose l’annexion de l’ensemble de la Cisjordanie, le départ d’une partie des Palestiniens, et le non-octroie de la nationalité israélienne pour la plupart de ceux qui restent. D’un autre côté, il appelle à la libéralisation de la police, de l’école, du système de santé, et même à la légalisation du cannabis. Comment a-t-il réussi à émerger sur la scène politique israélienne ?

Moshe Feiglin a commencé à émerger il y a une quinzaine d’années. A l’époque, des organismes qui partagent son idéologie apparaissent, grâce à des financeurs américains. Leur but est de promouvoir à la fois la sécurité nationale et une société libertaire. Moshe Feilgin est un mélange de ces idéologies.

Les fondateurs du parti La nouvelle droite, Ayalet Shaked (Ministre de la Justice, Gouvernement Benyamin Netanyahou) et Naftali Bennett (Ministre de l’Education, Gouvernement Benyamin Netanyahou), ne sont pas non plus éloignés de cette idéologie. Mais Moshe Feiglin en est réellement l’incarnation.

Le leader de Zehut dénonce régulièrement la corruption étatique et l’inefficacité des institutions de l’Etat. Ce sont des idées qui attirent autant à gauche qu’à droite. Il aurait réussi à capter des électeurs de centre-gauche, mais selon les dernières enquêtes, la majorité de ses partisans sont issus de la droite radicale.

Ce mélange de sécuritaire et de libertarisme est nouveau en Israël. C’est une idéologie de plus en plus populaire, surtout chez les plus jeunes.

Lire également :
- En lien avec les élections législatives du 9 avril en Israël : retour sur le parti travailliste israélien. Vers la fin d’une époque ? (1/3)
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Note :
(1) Benny Gantz était chef d’état-major pendant l’opération “Bordure Protectrice” qui a entraîné la mort de 66 Israéliens et de plus de 2000 Palestiniens à Gaza.

Publié le 09/04/2019


Le chercheur Assaf Sharon est l’un des responsables du centre d’études Molad pour le renouveau de la démocratie israélienne.


Ines Gil est journaliste freelance en Israël et Territoires palestiniens.
Elle est diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et à l’EJCAM et a effectué 6 mois de stage à LCI.
Auparavant, elle a travaillé en Irak comme journaliste freelance et a réalisé un Master en Relations Internationales à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth, Liban).
Elle a également réalisé un stage auprès d’Amnesty International, à Tel Aviv, durant 6 mois et a été Déléguée adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’Institut Open Diplomacy de 2015 à 2016.


 


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