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Entretien avec Son Excellence M. Daniel Rondeau, Ambassadeur, Délégué Permanent de la France auprès de l’Unesco
Article publié le 06/03/2013

Daniel Rondeau est un écrivain français, né en 1948, en Champagne.
Il est l’auteur d’une œuvre importante, traduite dans de nombreux pays. Il a publié notamment des romans (Dans la marche du temps), des récits autobiographiques (L’Enthousiasme, Les vignes de Berlin), des portraits de villes méditerranéennes (Tanger, Alexandrie, Istanbul), des livres d’intervention (Chronique du Liban rebelle) et des essais sur la littérature (Les Fêtes partagées, Camus).
Il a travaillé comme journaliste avec la plupart des grands journaux français (Libération, Le Nouvel Observateur, L’Express, Le Monde, Paris Match).
Éditeur, il a fondé les éditions Quai Voltaire et dirigé la collection Bouquins.
Il fut ambassadeur à Malte pendant plus de trois ans et est maintenant ambassadeur de France auprès de l’Unesco.

Pouvez-vous nous parler de vos livres et de la Méditerranée ?

Fils d’instituteurs et de modestes vignerons champenois, j’ai d’abord connu la Méditerranée et l’Orient par ce que m’en disait l’Histoire Sainte qui me transportait sur les rives du Jourdain, à Bethleem, à Jérusalem, en Béthanie, en Galilée, en Palestine, à Tyr, à Gethsémani, au Golgotha. L’Orient vivait en moi, comme il avait vécu, avec son odeur de rose et de mort, comme il avait vécu chez tous ceux qui m’avaient précédé, et qui ne savaient pas grand-chose ni du monde ni de leurs temps, mais qui avaient reposé leur cœur dans la consolation de cette tradition sacrée, venue du très lointain. Il se trouve que j’étais né catholique. Mais pour les jeunes Européens nés juifs, l’expérience initiale de l’Orient n’était guère différente. La synagogue n’avait jamais été loin de la cathédrale et les lampes des synagogues avaient toujours brillé d’un éclat particulier entre les pans du blanc manteau d’églises de la vieille Europe.

Opération Ulysse 2009 : de Malte à Beyrouth

Mes premiers pas dans la réalité de notre plus proche Orient, je les fais tardivement, à Tanger (Maroc) en 1985. La légèreté de l’air, où montaient en volutes les mots du muezzin, mêlait des parfums qui étaient ceux d’un proche Orient et du temps suspendu. Présence des Rolling Stones et de Paul Morand, ombre de Beckett en short, souvenirs et fantômes, mais pas seulement. Il y avait aussi la morsure fraiche de la mer sur les plages désertes du Cap Spartel, les taches mauves des bougainvillées, l’odeur matinale du pain dans la médina, les conversations avec Paul Bowles à cinq heures, les soirées avec Choukri. Tenté de m’attarder, j’écris un livre qui replace la ville sur l’atlas de nos géographies littéraires ; puis je passe vite à autre chose, abandonnant les décombres du rêve tangérois aux people, aux financiers et aux touristes japonais que j’avais fini par croiser, à l’un de mes retours, marchant dans des flaques de soleil, sous des ombrelles noires, mon livre à la main. J’étais venu à Tanger pour rencontrer l’écrivain américain Paul Bowles (Un thé au Sahara) qui, à cette époque, était un peu tombé dans le puits de l’oubli. Et j’avais rencontré une ville, un pays, le Maroc, une civilisation. J’ai commencé à Tanger un voyage en Méditerranée et en Orient, qui dure encore.

Je déserte Tanger appelé par quelques grands mots auxquels j’avais la faiblesse de croire (et de croire toujours). Le Liban nous appelait au secours. Ce pays avait accueilli généreusement les refugiés palestiniens qui, de fait, avaient créé un Fathaland qui minait l’Etat libanais de l’intérieur. J’avais bien sûr très activement soutenu les Palestiniens dans ma jeunesse (et je les soutiens toujours à l’Unesco), et j’avais encore du mal à admettre que ces mêmes Palestiniens privés de terre et de pays étaient en train de participer à la destruction du Liban qui, par ailleurs, vivait sous la perpétuelle menace d’Hafez el-Assad, alors chef d’orchestre de l’Internationale terroriste.

Le Liban était bien sûr une démocratie imparfaite, mais c’était un pays arabe singulier, un poumon d’oxygène pour tout le Moyen-Orient. Son oxygène, c’était la liberté. On venait de Ryad, de Damas et d’ailleurs, pour respirer cette liberté de penser, de publier, de fraterniser, de vivre à sa guise. L’Islam n’avait pas chassé les premiers chrétiens, et les Maronites vivaient en bonne intelligence avec les sunnites et les chiites. Chacun avait dû apprendre à vivre avec l’autre, et à composer. Je suis entré au Liban comme dans un livre mille fois lu et relu, sans jamais d’ennui. Au Liban, le soleil, la montagne, les villes, l’espèce humaine, semblent inviter à une chasse au bonheur perpétuelle. Dans cet appendice du vieil Orient, l’idée de Dieu n’est pas rangée au magasin des accessoires périmés. Tyr et Sidon rattachent le pays à la Terra sancta. Dans les églises, les fidèles prient en araméen, la langue de Jésus. L’ombre de la croix favorise quelques sodalités abrahamiques. Les docteurs de la foi (sunnite, chi’ites, maronites, grec-orthodoxes) se parlent dès que les armes se taisent (grand absent : le peuple de la synagogue qui, peu à peu, a pratiquement quitté le pays, après la création d’Israël). Pourtant, le pays devient prisonnier de guerres qui ne sont pas les siennes et dressent le croissant contre la croix. Etreintes mortelles. Beyrouth sous la menace, la France est tentée de trahir l’amitié que nous portent les Libanais. Le Quai d’Orsay a déjà fermé quelques-uns de nos établissements de Beyrouth Ouest. La prudence règne.

Je convaincs sans peine un ami, Jean Pierre Angremy, écrivain-diplomate, rencontré sur le boulevard Saint-Germain, que renoncer à nos fidélités est une faute. Il me donne carte blanche. Pendant un an, avec l’accord officieux du Quai d’Orsay, j’expérimente sur le terrain une diplomatie d’influence, mi sauvage, mi institutionnelle, bouscule quelques ministres plénipotentiaires, en séduit d’autres. Roger Stéphane, Olivier Rolin, Christian Jambet, le Père Serge Bonnet, donnent des conférences à Beyrouth. Jean Daniel, Jean d’Ormesson et François Nourrissier me donnent leur accord pour prendre le relais. Sur place, mon premier interlocuteur libanais est alors Khalil Karam, qui vient d’arriver à Paris comme nouvel ambassadeur du Liban auprès de l’Unesco. A Clemenceau, je suis reçu par l’ambassadeur Paul Blanc, un peu étonné de cette initiative hors normes, mais je finirai par nouer des liens d’amitié avec lui. Quelques mois plus tard, le printemps démocratique libanais trouve chiites, sunnites et maronites parfois solidaires dans des manifestations monstres. Aoun est soutenu par la Ligue arabe, jusqu’au moment où la diplomatie américaine décide de choisir Hafez el-Assad, alors chef du terrorisme international, contre Aoun. J’ai un pied à Paris, à la rédaction du Nouvel Observateur, l’autre à Beyrouth, dans le bunker de Baabda. Je convertis quelques écrivains à la citoyenneté libanaise, Guy Béart chante Liban libre avec Jean d’Ormesson dans les ruines de la place des Canons. J’organise quelques voyages avec Jean-François Deniau à Beyrouth. Discrètement missionnés par l’Elysée, Jean-François Deniau et moi rouvrons la Résidence des Pins pour un déjeuner mémorable, en invitant cette fois-ci des écrivains et des poètes de Beyrouth Ouest. Parmi eux, Salah Stétié. Puis c’est la défaite, les chars syriens dans Beyrouth, la réclusion puis l’exil de Michel Aoun, les Moukhabarats affichent ma photo aux postes de contrôle de l’aéroport, je suis banni pour plus de dix ans de ce pays qui m’avait donné un nouveau passeport. Le président Chirac fera lever cette interdiction auprès de son ami (qui n’était pas le mien) Rafic Hariri.

Je reprends donc mon voyage à la Pausanias entre les grandes cités méditerranéennes. Tanger est la porte d’entrée en Méditerranée quand l’on vient de l’Atlantique. C’est aussi la porte entre l’Afrique et l’Europe, et c’était la ville où les ambassadeurs attendaient, parfois très longtemps, leur accréditation auprès du Palais. Finissant mon Tanger, j’ai commencé à penser à Alexandrie, porte des Indes, et ville fondée par Alexandre qui suit alors les conseils de son précepteur Aristote. C’est à partir d’Alexandre que commence à se poser l’immémoriale « question d’Orient ». Autour de la Mer Intérieure, l’Europe, l’Orient et l’Afrique se parlent depuis toujours. Le commerce, comme la guerre (ou les croisades), paradoxalement, ont été des accélérateurs. L’Europe du Moyen Age était saturée d’Orient. La guerre remue toutes les passions. Passions d’Europe, passions d’Orient, écrit sagement Braudel. La mer n’est pas un obstacle. C’est toujours par les marges que commencent les alchimies improbables. La Méditerranée a été un laboratoire humain extraordinaire depuis plus de deux mille ans, avec des échanges permanents d’une civilisation à l’autre. Saint-Jean de la Croix et La Nuit obscure déjà présents chez Ibn Addad, le poète de Ronda, Dante et ses figures courtoises chez Jalâl od Din Rûmi. Ce qui importe, dit Braudel, c’est l’ampleur, l’énormité du brassage méditerranéen, où d’ailleurs la civilisation latine, « la plus résistante de toutes les civilisations aux prises avec la mer », trouve son compte. Les grandes civilisations, hostiles ou voisines, ne cessent de fraterniser.

Puis naturellement je plante mon drapeau d’écrivain à Istanbul, l’ancienne Constantinople, l’ancienne Byzance, la Sublime Porte. Tous les peuples sont venus hennir sur les rives du Bosphore, du côté de ce premier Orient. Constantin, pendant l’hiver 354, après avoir longtemps cherché un point équidistant de ces confins menacés, où rassoir sa force, rénover sa gloire et équilibrer son empire, a fini par faire le choix de cette ancienne cité grecque. Il déménagea Rome sur les bords du Bosphore, Rome avec ses fonctionnaires, ses préfets du prétoire et ceux des vigiles, ses statues, ses citernes, ses vignobles et ses colonnes de porphyre. Sa création fut une réussite. Constantinople raconte l’histoire d’un impérium jamais discontinué, quatre-vingt douze empereurs qui se donnent la main par-dessus les siècles dans une sublime monotonie. Leur spectre, qui semblait toucher à l’infini du temps, avait étendu le prestige de la plus grande ville d’Europe et soutenu sa suprématie spirituelle. Constantinople, cité mariale, était vraiment la nouvelle Rome. Les Ottomans ont longtemps rêvé de cette ville (et de conquérir la protection de la Vierge, dit Massignon). Mehmet II l’a prise un jour de mai 1453 et il a fait lui aussi de sa conquête une réussite à la mesure de son ambition.

Enfin, je citerai Carthage, la cité morte. Delenda est Carthago, avait répété Caton l’Ancien, qui ne supportait ni la prospérité ni la puissance commerciale de la grande cité maritime. Une légende prétend qu’il aurait apporté un jour au sénat une figue fraîche, cueillie à Carthage trois jours auparavant, avec ce commentaire : « Eh oui, nous avons un ennemi si près de nos murs… ». L’ordre de Caton avait été entendu et exécuté, quelques années plus tard. Scipion Emilien, le Second Africain, avait détruit et brûlé la ville. Rome ne fit pas passer ses charrues sur les ruines de sa vieille ennemie, comme on le dit souvent, pas plus qu’elle n’y jeta le sel qui brûle le sol à jamais, mais se contenta de « garder le cadavre » (Mommsen). Flaubert a réussi avec Salammbô à raconter « quelque chose qui ressemble à Carthage ». Un sol maudit, une cité enfoncée dans les entrailles de la terre, charpentes, murailles, maisons, temples et tombes enterrés sous la même épaisseur de cendres, une branche du grand arbre des hommes coupée net, privée de sa continuité d’Histoire, lancée en vaine pâture à la mort. Le roman de Salammbô est aussi celui d’une guerre monstrueuse. Les guerres suivent souvent les pentes des époques qu’elles endeuillent. Totalitarisme, fascisme, guerres de masse ont été les fléaux du siècle passé. Le destin de Carthage, sa double disparition, cette guerre des mercenaires, détachée de toute fatalité historique, résonne étrangement dans notre siècle nouveau où l’homme semble encore une fois impatient de libérer des forces de destruction. Thibaudet se demandait s’il ne fallait pas chercher dans cette civilisation disparue le symbole d’une éventualité du futur, une possibilité parmi d’autres, « entre lesquelles la volonté de l’homme choisira ».

Mon dernier livre (Malta Hanina) sur la Méditerranée est consacré à une île qui est le point nodal de la mer, Malte. Malte m’a fait entrer dans la confidence d’une vieille civilisation méditerranéenne. A Pâques 1972, Fernand Braudel, ayant convié à Malte la fine fleur des historiens méditerranéens, les reçoit par ces mots : « Malte est l’île la plus cordiale, la plus accueillante de toutes les terres de Méditerranée. La Méditerranée lui appartient depuis toujours. Malte est un morceau d’Afrique et elle est en Europe. Elle est en Orient et elle est d’Occident ». Réponse d’Henri Marrou, au moment de prendre congé : « Si Malte n’existait pas, il faudrait l’inventer ». J’ai eu l’impression, pendant mes trois années maltaises, de remonter presque tous les filets que j’avais jetés, de livre en livre, depuis près de vingt cinq ans.

Que vous inspire le printemps arabe sur le plan de la culture et de l’histoire ?

Ce que l’on a nommé le « printemps arabe » commence en Tunisie, par une révolte de crèves la faim et d’étudiants privés d’avenir. Ce soulèvement fait tache d’huile. Tout le pays s’enflamme. Il faut dire que personne n’avait vu venir ce mouvement. Pas même les Tunisiens. La situation de la Tunisie sous Ben Ali était paradoxale. L’université fonctionnait, formait des étudiants qui étaient condamnés au chômage. La presse est muselée, mais les femmes étaient libres depuis Bourguiba et une corruption de haut niveau gangrénait le pays. Cette révolte a fait tache d’huile. De nombreux pays arabes s’enflamment. Libye, Egypte, Yémen, Syrie, etc.. Il y a longtemps que la main lourde des dictateurs étouffait les peuples arabes. Leur printemps avait commencé à Beyrouth en 1989, quand les Libanais, chrétiens et musulmans, demandaient la démocratie et la paix, que leur refusait Hafez el-Assad. Ce dernier ne reculait devant aucun moyen, pas même l’assassinat d’un ambassadeur de France (Louis Delamare). J’avais à l’époque publié Chronique du Liban rebelle pour dénoncer ses crimes et les connivences des démocraties occidentales. Mon livre avait été banni, les libraires qui le vendaient sous le manteau arrêtés et torturés. Bachar el-Assad, en succédant à son père, a commencé par montrer un autre visage. Je l’ai croisé à deux reprises, à Damas puis à Paris. Chacun pouvait raisonnablement penser qu’il allait ouvrir son prestigieux pays. Mais l’homme élégant, que j’avais découvert dans son palais du mont Kassioun, a repris l’habit du tyran en guerre, non sans avoir entrepris quelques réformes (trop timides), et aussi quitté le Liban et ouvert une ambassade à Beyrouth, ce qui n’est pas rien. (Paradoxe de l’Histoire : les démocraties occidentales avaient uniment soutenu le père, sur injonction américaine. Elles ont condamné le fils d’une seule voix - même si deux ans d’un conflit très complexe semblent leur avoir donné matière à réfléchir).

Les peuples asservis ont raison de se révolter, mon cœur ne balance pas. Il bat pour ceux qui disent non. Sans naïveté, car l’histoire nous a appris, et même à nos dépends, que les enfants de toutes les révolutions sont imprévisibles. Certains deviennent des monstres, d’autres des saints, des martyrs ou des attentistes, ou alors ils achètent des biens nationaux et les Ferrari des Ben Ali. La révolte est une folie de démesure qui, avec le temps, crée sa propre mesure, comme disait Camus. La meilleure façon de préparer l’avenir est de tout donner au présent. Tout donner n’empêche ni la lucidité ni la tristesse. La guerre n’est jamais belle. Les témoignages que j’ai pu alors recueillir, y compris les plus réticents, étaient pourtant concordants : l’intervention française à Benghazi avait évité un bain de sang. Benghazi n’a pas été Srebrenica. Je me suis réjoui de voir mon pays fidèle aux deux mots de fraternité et de liberté. Nous avions connu des temps plus immobiles et plus complaisants. La lucidité nous invite aussi à mesurer les limites de l’ingérence (dont je me méfie de plus en plus) et de la justice, sans nous laisser aveugler par notre idée égotiste du bien. Il faut préférer le bon au bien, disait Vassili Grossman. Il est toujours compliqué d’imposer notre idée du bien par le glaive.

Cette révolution générale, qui dure toujours, contient en fait plusieurs guerres civiles arabes. Les pauvres contre les riches, les sunnites contre les chiites, les islamistes contre l’Islam et contre les arabes chrétiens. Beaucoup de lignes de fracture et de conflits parallèles. L’arc de fracture né du « printemps arabe » croise un autre arc de chaos, né de l’intervention américaine en Irak. Par ailleurs, l’ambition ottomane, qui s’appuie sur une importante croissance économique, fait aussi bouger des lignes à l’intérieur du monde musulman. L’objectif final, pour tous ceux qui se combattent à l’intérieure de l’Islam, est de ramasser le drapeau du khalifat. Ces événements, qui sont en train de modifier le paysage politique mondial, invitent notre diplomatie à ne pas oublier l’Histoire. Les enjeux sont importants et très variés : la liberté des peuples qui se sont soulevés bien sûr, loin d’être garantie par les maîtres émergents, l’intégrité de pays fortement déstabilisés, menacés par des interventions étrangères, la présence en Orient des Chrétiens (on oublie parfois qu’ils sont là depuis 2000 ans et sont une pièce identitaire essentielle du Moyen-Orient), la sécurité en Méditerranée, en Europe et dans le Caucase, l’attitude de la Turquie, des Kurdes, de l’Iran, les répercussions dans les pays européens qui ont accueilli des populations arabes. Beaucoup de choses ont changé en deux ans. Prenons l’exemple de l’Egypte, qui avait joué un rôle important dans l’apaisement des relations du monde arabe avec Israël. Quelle sera l’attitude du nouveau pouvoir à l’égard des Israéliens ? Quelle sera l’attitude de l’armée qui a plié devant les Frères musulmans (je rappelle que l’armée égyptienne reçoit encore plus d’un milliard de dollars US en fournitures militaires des USA) ? Que vont devenir les accords de Camp David ? Il est légitime aussi de se demander ce que va devenir la Syrie. Attention au jeu de dupes qui pourrait entrainer tous les protagonistes dans le même abime. Je pense que l’Europe et la Méditerranée sont liées pour le meilleur et pour le pire. Essayons d’éviter le pire. Cela exige connaissances et réflexions et nous demande plus que jamais de préciser notre vision du Moyen-Orient.

Comment le Moyen-Orient s’inscrit-il dans vos fonctions d’Ambassadeur de France auprès de l’Unesco ?

L’entrée de la Palestine à l’Unesco, les questions du patrimoine, toujours très sensibles entre Israéliens et Palestiniens, ont placé dès mon arrivée le Moyen-Orient au cœur de notre action. Par ailleurs, je m’efforce comme d’habitude de faire vivre une influence française forte dans l’enceinte de l’Unesco. Les pays arabes (Arabie Séoudite, Oman, Liban, mais aussi le Maroc et d’autres) sont pour moi des interlocuteurs privilégiés, et je dois dire de grande qualité. J’entretiens d’excellentes relations avec Israël. J’ai lancé à Saint Petersburg un appel pour Tombouctou où des sites Unesco avaient été détruits par des islamistes puis à Paris, il y a quelques semaines, j’ai contribué à l’organisation d’une journée France – Unesco de solidarité avec le Mali. Avec l’académie des Sciences et Catherine Brechignac, avec les militants d’IPSO, j’ai organisé l’an passé une rencontre publique de scientifiques israéliens et palestiniens. En fait, je suis un patriote français, donc un patriote européen qui n’oublie jamais la Méditerranée, et je travaille de façon un peu obsessionnelle à resserrer les liens entre ces deux univers.

Tous mes livres sur la Méditerranée sont disponibles en livre de poche (Folio / Gallimard) : Tanger, Alexandrie, Istanbul, Carthage. Malta Hanina (bientôt en Folio) est publié par Grasset. Et Camus ou les promesses de la vie est publié par les Editions Mengès.

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