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Entretien avec Samy Cohen sur les nouvelles élections israéliennes : « Si sa baisse de popularité se confirme (…) Benyamin Netanyahou pourrait avoir fait une élection pour rien »
Article publié le 15/07/2019

Propos recueillis par Ines Gil

Le 29 mai 2019, vers minuit, les députés israéliens ont voté la dissolution de la Knesset par 74 voix contre 45, après l’échec de Benyamin Netanyahou à former un gouvernement. C’est la première fois dans l’histoire d’Israël que le Parlement est dissout quelques semaines seulement après les élections, parce que le député désigné par le Président pour former une coalition n’est pas parvenu à mettre en place un gouvernement.

Pourtant, tout semblait être joué à l’issue des élections parlementaires, deux mois plus tôt. Le 9 avril, le parti de Benjamin Netanyahou (Likoud) remporte 35 sièges à égalité avec le parti Bleu-blanc de Benny Gantz, son principal adversaire. Cependant, Benyamin Netanyahou est le mieux placé pour former une majorité pour gouverner. Il espère constituer une coalition gouvernementale avec les deux partis ultra-orthodoxes (Shas et Judaïsme unifiée de la Torah), le parti centriste Koulanou, et les petits partis d’extrême-droite, qui représentent ensemble 65 sièges. Il faut au moins réunir 61 sièges sur 120 pour former un gouvernement dans le système parlementaire israélien.
Dès le 9 avril, Benyamin Netanyahou engage des discussions avec ses partenaires naturels, et le 17 avril, le président Reuven Rivlin le charge de former un gouvernement. Cependant, au fil des négociations, des dissensions émergent entre Avigdor Lieberman, le leader du parti nationaliste laïque Israel Beytenou, et les partis ultra-orthodoxes, concernant l’exemption de service militaire dont bénéficient les juifs ultra-orthodoxes. Le leader nationaliste demande à B. Netanyahou de voter une loi remettant en cause leur exemption systématique, en échange de quoi il participerait à son gouvernement. Il profite notamment de la position de faiblesse du Premier ministre, soumis à une triple procédure d’inculpation dans des affaires de corruption. Les discussions patinent et le 13 mai, le Président Reuven Rivlin accorde un nouveau délai d’une quinzaine de jours à Benyamin Netanyahou pour former un gouvernement. Finalement, Benyamin Netanyahou et Avigdor Lieberman ne trouvent pas d’accord, et dans la nuit du 29 mai, dans une ambiance électrique, les députés votent la dissolution de la Knesset, menant Israël vers de nouvelles élections.

Entretien avec Samy Cohen, politiste, directeur de recherche émérite au CERI (Centre de recherches internationales de Sciences Po) et auteur notamment de “Israël et ses colombes. Enquête sur le camp de la paix”, Gallimard, 2016.

L’échec de Benyamin Netanyahou à former un gouvernement, et l’organisation de nouvelles élections sont-ils le signe d’un affaiblissement du Premier ministre après 10 ans de pouvoir continus, ou simplement le résultat de mauvais calculs politiques lors des négociations avec le leader d’Israel Beytenou, Avigdor Lieberman ?

Habituellement, lorsqu’un député échoue à former un gouvernement, le Président israélien confie le mandat à un autre député, qui doit à son tour constituer une coalition. Ce fut le cas en 2009, lorsque Tzipi Livni, chef de file du parti centriste Kadima, a dû remettre son mandat au Président Shimon Pérès, qui a alors confié le mandat à Benyamin Netanyahou pour former un gouvernement. En mai 2019, Benyamin Netanyahou n’est pas parvenu à former un gouvernement car le leader d’Israel Beytenou, Avigdor Lieberman, n’a pas accédé à ses demandes. Mais au lieu de laisser le Président israélien reprendre son mandat pour le donner à un autre député, comme c’est la tradition, le Premier ministre a dissous la Knesset. Benyamin Netanyahou était dans une position délicate, car s’il se retirait de la vie politique, il aurait dû faire face à la justice dans plusieurs affaires de corruption.

Cet épisode ne semble pas avoir eu un effet immédiat sur les intentions de vote des Israéliens. Selon un sondage réalisé peu après la dissolution de la Knesset, le Likoud (parti de Benjamin Netanyahou) aurait réalisé un score égal si les élections étaient de nouveau organisées, remportant de nouveau 35 sièges. Cependant, plus les semaines passent, plus l’affaiblissement de Benyamin Netanyahou se fait sentir. Selon un sondage plus récent, le Likoud enregistrerait une baisse dans les intentions de votes israéliennes.

Benyamin Netanyahou a eu conscience de cette baisse de popularité. Ces dernières semaines, il a tenté de convaincre la formation politique Bleu-blanc de former une coalition gouvernementale avec le Likoud pour éviter la tenue de nouvelles élections. Ce scénario aurait conduit à l’annulation de la dissolution du Parlement. Cependant, cette option a été rejetée par le leader de la formation centriste, Benny Gantz.

Si sa baisse de popularité se confirme, Benyamin Netanyahou pourrait se trouver dans la même configuration après les élections du 17 septembre prochain. Le Likoud serait alors reconduit avec 35 députés - voire moins - et Avigdor Lieberman pourrait de nouveau refuser de se joindre à lui. Benyamin Netanyahou pourrait avoir fait une élection pour rien.

Avigdor Lieberman est-il sorti gagnant de cet épisode politique ?

Les sondages réalisés ces dernières semaines montrent que la popularité du chef de file d’Israel Beytenou a considérablement augmenté après l’échec de B. Netanyahou. Si de nouvelles élections étaient organisées aujourd’hui, il pourrait remporter 8 ou 9 sièges à la Knesset, alors que son parti n’avait obtenu que 5 sièges aux élections d’avril dernier. Cette tendance montre bien qu’il a su exploiter un sujet très sensible dans l’opinion publique israélienne. Une partie des Israéliens est très perméable au discours laïque, comme l’a montré le succès du centriste Yair Lapid (Yesh Atid) (1) ces dernières années.

Cependant, même s’il a réussi à profiter de cette tendance, cela ne signifie pas qu’Avigdor Lieberman soit le grand vainqueur de cet épisode. Les choses peuvent encore changer d’ici à septembre.

Ces nouvelles élections sont une seconde chance pour certains partis de former de nouvelles alliances. Par exemple, l’ensemble des partis arabes a récemment annoncé qu’il allait former une coalition unifiée dans le cadre des prochaines élections, alors qu’il s’était présenté divisé au scrutin d’avril dernier. La donne pourrait-elle également changer pour d’autres partis, comme le Parti travailliste - qui n’avait remporté que 6 sièges - ou le Meretz - 4 sièges - lors des dernières élections ?

Le Meretz (parti de gauche) fait face à un dilemme. Suite aux élections d’avril dernier, c’est la ligne de sa présidente, Tamar Zandberg, qui dominait. Celle-ci souhaitait jouer la carte de l’alliance avec les partis arabes, s’étant rendue compte que les électeurs arabes avaient permis l’entrée de justesse de son parti à la Knesset. Cependant, le 28 juin dernier, le Meretz a changé de président. Nitzan Horowitz a emporté les primaires face à Tamar Zandberg. Le Meretz cherche actuellement une nouvelle stratégie d’alliances qui le fasse progresser. Le but du parti de gauche n’est pas encore clair, mais une chose est sûre, le parti ne suivra pas la stratégie de l’ancienne présidente T. Zandberg.

Concernant cette fois les travaillistes, leur score était au plus bas après les élections d’avril dernier, avec seulement six sièges à la Knesset (2). Il n’est pas certain que les primaires travaillistes, organisées en juillet pour remplacer Avi Gabbay, aient la capacité de les faire remonter. Le parti travailliste pâtit d’un vrai vide idéologique. Par ailleurs, la formation de Benny Gantz, Bleu-blanc, a largement siphonné les voix traditionnellement travaillistes.

La campagne n’a pas encore vraiment commencé. Actuellement, nous assistons à une phase de tâtonnement, diverses alliances pourraient se former pour créer une dynamique de gauche.

Durant la dernière campagne, pour les législatives d’avril, les factions palestiniennes qui contrôlent Gaza ont tenté d’influencer la campagne, entre autres, par des tirs de roquettes en direction d’Israël. Sont-elles en mesure de faire de même pour la campagne en vue des élections de septembre ?

Les tirs de missiles en provenance de Gaza n’ont pas influencé la campagne d’avril, et ce, malgré les vives critiques d’Avigdor Lieberman. A l’époque, après avoir démissionné de son poste de ministre de la Défense (3), il a critiqué B. Netanyahou, affirmant qu’il était trop tolérant avec les factions palestiniennes de Gaza. Il a accusé le Premier ministre de ne pas répondre fermement et de laisser passer les valises d’argent du Qatar vers l’enclave palestinienne. Mais ce discours n’a eu aucun effet sur les intentions de vote. Au contraire, le Likoud a progressé par rapport aux élections de 2015.
Il est donc peu probable que les factions palestiniennes réitèrent cette stratégie.

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