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Entretien avec Martine Gillet sur le salon du livre francophone de Beyrouth
Article publié le 26/10/2011

Propos recueillis par Chloé Domat

Martine Gillet est responsable du Bureau du livre à l’Institut français du Liban (Ambassade de France à Beyrouth). Elle s’occupe de l’aide à l’édition et aux métiers du livre, des événements livre et tout particulièrement du Salon du livre francophone qui a lieu chaque automne à Beyrouth. Elle supervise le réseau des huit bibliothèques de l’Institut français et soutient les bibliothèques publiques du Liban en coopération avec le ministère de la Culture libanais.
Précédemment en poste à Damas, elle a été responsable des fonds documentaires de l’Institut français du Proche-Orient (Damas, Amman, Beyrouth, Alep).

Pays ancré dans une forte tradition de la presse, de l’édition et de la liberté d’expression, le Liban va accueillir prochainement, du 29 octobre au 6 novembre 2011, un des plus grands événements culturels de l’année, le salon du livre francophone.
L’Institut français du Liban, sous la direction du Conseiller culturel, Aurélien Lechevallier, organise le salon en collaboration avec le Syndicat Libanais des Importateurs de Livres. Nous revenons ici, avec Martine Gillet, directrice du bureau du livre à l’Institut Français de Beyrouth, sur l’histoire de cette rencontre culturelle, sur ses implications et sur sa portée.

Le premier salon s’est déroulé en 1992. Parlez-nous de sa mise en place cette première année et de son développement les années suivantes.

Le salon est une initiative de l’ambassade de France. Il a été mis en place au lendemain de la guerre civile libanaise (1975-1990), afin de rendre hommage aux libraires qui avaient poursuivi leur activité pendant le conflit et n’avaient pas fermé boutique. L’ambassade a voulu ainsi témoigner de toute la production et du travail effectué par ces libraires, ainsi que de la production francophone au Liban. Le tout premier salon s’est déroulé ici à l’ambassade de France. Ensuite la structure a rapidement grossi et le salon s’est déplacé à Sin el Fil (quartier à l’est de Beyrouth) dans un local, qui s’est révélé également trop petit. C’est pourquoi, depuis plusieurs années maintenant, le salon se tient au Biel, endroit facile d’accès et spacieux.

L’année 2006, qui fut le théâtre de la guerre avec Israël, a-t-elle eu des répercutions particulières ?

Effectivement, avec la guerre de 2006, le salon a été annulé. Il l’a également été l’année suivante, car la situation n’était pas assez stable. Ce fut une grosse déception au Liban, en particulier pour les libraires, qui s’étaient déjà beaucoup investis dans l’opération, et en dépit d’événements parallèles et de visites d’auteurs qui l’ont remplacé. Le moment était propice pour que l’organisation générale du salon soit désormais assurée par les Libanais eux-mêmes. C’est ainsi que depuis 2008, année de la réouverture, le salon est organisé par le Syndicat des Importateurs de Livres en partenariat avec l’ambassade. Le syndicat s’occupe de l’organisation générale et l’ambassade de l’animation culturelle. Nous invitons des auteurs, organisons les conférences et élaborons le programme. Nous ne sommes toutefois pas les seuls à inviter des auteurs, d’autres institutions le font également comme par exemple d’autres ambassades ou l’Orient littéraire (supplément du quotidien libanais francophone L’Orient le Jour).

Quelle place tient le salon dans la politique culturelle de la France ?

C’est un salon du livre francophone, qui est donc une application directe de la francophonie. Des pays comme la Suisse, le Canada, la Belgique sont représentés aux cotés de la France. En 2009 nous avons eu, grâce à Culturesfrance, une représentation des pays d’Afrique francophone, mais cela n’est pas été réalisable chaque année en raison des difficultés techniques.
Par ailleurs, la francophonie ce n’est pas uniquement des livres en français, c’est également une culture et des valeurs à représenter honorablement au salon soit par les personnes que l’on invite soit par les thèmes que l’on aborde. Le français n’est pas seulement une langue de culture et d’excellence, c’est aussi une langue de contact, d’ouverture sur le monde. Elle est utilisée dans les affaires, dans des secteurs entiers de l’activité professionnelle, sur internet et les réseaux sociaux. Elle permet en outre d’avoir accès à la littérature mondiale car beaucoup de choses sont traduites en français. C’est vraiment un pont vers d’autres littératures et d’autres cultures.

Comment choisissez-vous le thème du salon ? Est-il toujours en lien avec le Moyen-Orient ?

Non, pas toujours. L’an dernier, le thème était « Les mots de la Méditerranée », pour lequel des auteurs des pays du pourtour méditerranéen furent invités. Pour le salon 2011, le thème « Les mots de la liberté » a été choisi avant que ne se développent les évènements du printemps arabe, en décembre ou en janvier dernier. Il s’est trouvé que les événements, contre toute attente, ont suivi et même se sont additionnés.
Néanmoins, le souci premier du salon est de refléter l’écho de ces événements dans la production des livres et non pas d’offrir une tribune politique. Il y aura donc trois conférences ayant trait au Printemps arabe, ainsi que deux conférences orientées sur le thème général du salon, sur « Les mots de la liberté ». Une conférence réunira notamment, autour de l’écrivaine Joumana Haddad, des étudiants des universités libanaises afin d’évoquer ce que signifient les libertés pour les jeunes, l’égalité des chances, les libertés civiques, le rôle d’internet… Nous aborderons les événements politiques mais à l’échelle régionale et en lien avec les livres publiés sur le printemps et présentés au salon.

Comment la francophonie se repositionne-t-elle dans le contexte du « printemps arabe » ? Quel rôle a-t-elle joué ?

Les acteurs de ce printemps souhaitaient un écho en dehors des frontières de leurs pays. S’exprimer en français est une façon d’avoir un auditoire d’emblée plus élargi. Sur Internet par exemple, à l’information en arabe, un pays francophone comme la Tunisie ajoute des sources en français et l’écho est alors plus large. Les informations ont dépassé les frontières.

Comment le salon s’inscrit-il dans les relations franco-libanaises ?

Nous recevons des auteurs d’Europe ou de France ainsi que des auteurs libanais et/ou expatriés qui viennent spécialement pour le salon. Tous les libraires francophones sont représentés. De même, les conférences réunissent des francophones de France et d’ailleurs avec des Libanais francophones. Nous essayons de panacher pour qu’il y ait un bon équilibre.

Il y a aussi un focus sur les 15-25 ans. Dans cette tranche d’âge, Internet et la télévision font une forte concurrence au livre. Or la communication avec les jeunes est extrêmement importante. Pour cette raison nous nous efforçons de diffuser le programme du salon dans les lycées et les universités - avec lesquels nous entretenons des rapports étroits. Le scolaire est également une composante importante du salon, car toutes les matinées sont occupées par les visites des écoles. 30000 élèves environ s’y rendent et nous invitons une dizaine d’auteurs jeunesse qui visitent à leur tour les écoles et y font des animations et des conférences. Ils visitent également les Instituts français de province, comme ceux de Tripoli ou de Saida.

Quel impact le salon a-t-il dans le rayonnement du Liban dans la région du Moyen-Orient ?

Beyrouth est une ville très bien dotée dans le domaine du livre. Les professions du livre sont bien représentées et les conditions sont favorables pour atteindre un public le plus large possible. Le Liban est connu pour sa vitalité dans ce domaine et en ce sens, le salon du livre concourt au rayonnement du Liban dans toute la région et au-delà.
Au Liban il existe deux salons, le francophone et l’arabophone. Dans le monde arabe il y a des salons bilingues comme celui d’Alger ou seulement arabes comme celui de Riyad. Il y a aussi des salons où se traitent des affaires de cessions de droits comme celui d’Abu Dhabi. Le salon de Beyrouth ressemble à celui de Paris pour sa vente de livres au grand public et sa dimension culturelle très appuyée. Outre les livres et les nouvelles parutions, de nombreuses conférences et rencontres sont organisées avec des auteurs invités. S’y déroulent également des animations et des spectacles, et sa programmation culturelle distingue Beyrouth des autres salons du Moyen-Orient.

Cette année, le Salon du livre francophone de Beyrouth accueille comme invité d’honneur la Belgique Wallonie-Bruxelles, membre de la famille francophone. La Belgique se fait représenter par une dizaine d’auteurs dans tous les domaines, et notamment dans l’architecture et la bande dessinée. Nous aurons ainsi les frères Schuiten – Luc, l’auteur de La cité végétale, et François, l’auteur des Cités obscures - pour une création en direct sur le Salon. Il y aura également 24 éditeurs belges représentés sur le stand Belgique Wallonie-Bruxelles. Nous avons invité des auteurs de sciences humaines comme Jean-Pierre Filiu, Axel Kahn, Elisabeth Roudinesco – des littéraires comme Alexis Jenni nominé pour le Goncourt, Maylis de Kerengal, Marc Levy, Mazarine Pingeot – des auteurs libanais de la diaspora comme Hanan el-Cheikh, Rawi Hage, Farouk Mardam Bey – des dessinateurs comme Jacques Ferrandez, Philippe Berthet – des journalistes comme Hugues Le Paige et Delphine Minoui – des responsables de collection comme Alain Rey, l’inventeur des dictionnaires amoureux, et des artistes comme Marie-Christine Barrault. La poésie, le théâtre, les auteurs jeunesse seront présents, et toute la richesse du Liban francophone sera au rendez-vous, avec ses auteurs, ses éditeurs et ses libraires.

Voir l’article sur le 18 ème salon de livre francophone de Beyrouth

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