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Entretien avec Lotfi Hamadi - Wallah We Can : une initiative de la société civile tunisienne, sur le nouveau modèle démocratique en développement en Tunisie

Par Mathilde Rouxel
Publié le 30/03/2016 • modifié le 02/03/2018 • Durée de lecture : 3 minutes

L’initiative de cet ensemble d’organisation cache néanmoins une myriade d’autres associations qui agissent, de façon laïque, pour la démocratie, la promotion de l’égalité des chances, et l’établissement d’un certain nombre de palliatifs aux manques qui se sont fait ressentir aux lendemains de la révolution. Génération Liberté est une association née de la Révolution, qui agit pour les jeunes et pour la communauté. Elle est le cadre juridique nécessaire à de nombreuses interactions et prend sous son aile plusieurs initiatives, parmi lesquelles Wallah We Can. Lotfi Hamadi, à l’origine de cette dernière initiative, fait partie de cette société civile qui a cru en un renouveau du pays après la Révolution. Parti au Canada pour sa carrière, cet homme d’affaire tunisien décida de rentrer dans son pays natal pour « participer à cette bataille », selon ses mots. Analyser le fonctionnement d’une telle initiative permet de jeter un regard différent, issu directement de la société, sur ce qui est en train de se passer, politiquement et socialement, en Tunisie aujourd’hui.

Quels sont vos liens avec l’association Génération Liberté et quelles sont vos actions ?

L’association Génération Liberté est née après la Révolution, créée par des jeunes de ce qu’on appelle la « principauté de la Marsa ». De mon côté, j’avais commencé à mener une action citoyenne, sans cadre juridique ; et lorsque j’ai découvert l’existence des internats (Il a en effet constaté l’insalubrité de la plupart des internats du pays et s’est lancé dans ce programme pour en améliorer les conditions, ainsi que celles de la scolarité des enfants, NDLR), j’ai commencé à récolter du matériel pour améliorer les conditions de vie des jeunes enfants. Pour poursuivre cette action et l’inscrire dans la durabilité, il était nécessaire de s’imposer un cadre juridique. L’association Génération Liberté a accepté d’héberger l’action Wallah We Can. Ce projet, que je tiens depuis désormais deux ans, a pour objectif de rendre ces internats les moins dépendants possible de l’État. En effet, dans un pays encore en développement, où le budget de l’éducation nationale n’est pas suffisant, il était désormais temps d’essayer d’offrir une certaine autonomie à ces internats. Autonomie énergétique d’abord, puisque ces internats produisent leur propre énergie, la surproduction étant renvoyée à l’ASTEC (EDF local). Nous avons également procédé à l’installation de ruches, d’un potager, ce qui permet également d’apprendre aux enfants à partir de ces ateliers de permaculture et d’agriculture ce qu’est le travail en communauté, le bien commun. Cela permet également une éducation des parents, qui passe par l’expérience de l’enfant, conscient désormais qu’avec 5m² de terre, il est possible de nourrir une famille durant l’année. Nous avons par ailleurs lancé un projet de fabrication de calèche pour aller chercher les enfants externes ; ce sont des calèches qui sont transformées en bibliothèques mobiles le week-end.

Comment vous organisez-vous ?

Nous sommes une équipe, mais je suis amené à faire beaucoup de choses tout seul. La Tunisie n’a pas encore cette culture de l’engagement. Beaucoup veulent s’engager, mais peu d’entre ceux qui se sont engagés le restent. C’est une éducation citoyenne qu’il s’agit là aussi de développer, et qui peut nous permettre ensemble d’avancer dans cette nouvelle démocratie qui se construit pas à pas.

Combien d’internats sont concernés par votre action ?

Il y a aujourd’hui en Tunisie 330 internats, 150 000 élèves. Le projet de Wallah we can est d’investir dans l’enfance, dans des actions écologiques, économiques et durables. En améliorant les conditions de vie et d’étude des élèves, on leur donne une meilleure chance de pouvoir évoluer socialement. Nous avons créé une bourse, qui récompense le meilleur élève de chaque classe. Nous avons l’espoir, avec nos actions, de permettre aux jeunes de bénéficier des valeurs que nous essayons de développer dans cette nouvelle société, et d’évoluer, de se construire en tant que citoyen.

Quel est le poids d’un engagement civil et citoyen aux côtés de la politique aujourd’hui en Tunisie ?

Pour moi, la société civile est la véritable politique. Les politiciens se confrontent à un problème nouveau en démocratie : la disparition de la dictature a provoqué la disparition conjointe de leur statut d’opposant, et on les trouve aujourd’hui perdus. La société civile en revanche s’engage sur le terrain, essaie de trouver des solutions tant économiques que sociales, et propose des réalisations concrètes.

Quels sont vos objectifs immédiats ?

Nous souhaitons multiplier nos actions et nos compétences. Dans un an, un rapport scientifique sera publié pour montrer l’impact positif sur la société d’une valorisation de l’éducation et du potentiel des enfants. Une jeunesse plus cultivée, plus ouverte d’esprit nous permettra à tous d’aller de l’avant.

Site de Wallah We Can : http://www.wallahwecan.org

Publié le 30/03/2016


Suite à des études en philosophie et en histoire de l’art et archéologie, Mathilde Rouxel a obtenu un master en études cinématographiques, qu’elle a suivi à l’ENS de Lyon et à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, Liban.
Aujourd’hui doctorante en études cinématographiques à l’Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle sur le thème : « Femmes, identité et révoltes politiques : créer l’image (Liban, Egypte, Tunisie, 1953-2012) », elle s’intéresse aux enjeux politiques qui lient ces trois pays et à leur position face aux révoltes des peuples qui les entourent.
Mathilde Rouxel a été et est engagée dans plusieurs actions culturelles au Liban, parmi lesquelles le Festival International du Film de la Résistance Culturelle (CRIFFL), sous la direction de Jocelyne Saab. Elle est également l’une des premières à avoir travaillé en profondeur l’œuvre de Jocelyne Saab dans sa globalité.


 


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