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Entretien avec Henry Laurens – En lien avec l’actualité en Irak : la question des accords Sykes-Picot, des frontières et du califat

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Henry Laurens
Publié le 16/07/2014 • modifié le 08/04/2020 • Durée de lecture : 12 minutes

Henry Laurens

De 1918 à aujourd’hui, les frontières du Moyen-Orient reposent sur les accords Sykes-Picot. Quels sont ces accords ?

Cela renvoie à la question de la Première Guerre mondiale. S’il est vrai que depuis la fin du XVIII ème siècle les puissances européennes ont multiplié les plans de partage et les zones d’influence dans l’Empire ottoman, elles sont finalement arrivées à la conclusion que le maintien de l’Empire ottoman était plutôt favorable à leurs intérêts puisqu’elles l’avaient mis sous tutelle. En particulier, l’expérience des guerres balkaniques avait montré qu’à chaque fois que l’on retranchait un territoire à l’Empire ottoman, les moyens d’influence de la France et de la Grande-Bretagne dans les territoires retranchés chutaient. Donc au début de la guerre, Français et Britanniques considèrent encore que le maintien de l’Empire ottoman sous une autre forme serait la meilleure solution. Mais à partir du moment où ils décident de lancer l’expédition des Dardanelles, ils se trouvent contraints de poser le sort de la capitale ottomane qui est un vieux rêve expansionniste de la Russie. Les Russes font savoir qu’ils acceptent l’attaque franco-britannique, mais que Constantinople est l’un de leurs buts de guerre. A partir de ce moment, les Français et les Britanniques acceptent, n’ayant pas les moyens de faire autrement, et sont contraints d’envisager un partage de l’Empire ottoman. C’est la première ligne.
La seconde ligne est que Français et Britanniques ont le spectre d’une révolte des populations musulmanes de leurs empires coloniaux et que très tôt ils ont envisagé la possibilité d’une révolte arabe qui serait faite par le Chérif de La Mecque. C’est surtout la portée religieuse de cette révolte puisqu’ils le considèrent comme la seconde autorité religieuse de l’islam sunnite. Par la même, ils auraient la carte maîtresse contre le djihad, puisque la propagande allemande poussait au djihad contre la France et la Grande-Bretagne.

Ceci a donc conduit au fameux échange de correspondance entre le Chérif Hussein et le haut-commissaire britannique au Caire Sir Henry McMahon. Il ne s’agit pas de faire ici l’analyse d’une affaire qui est très compliquée, d’autant plus que les textes arabes diffèrent des textes anglais, et qu’il y a des imprécisions majeures de vocabulaire. Mais en tout cas, ce que les Britanniques avaient compris de cet échange de correspondance, c’est qu’il y aurait la constitution de un ou plusieurs Etats arabes sous influence britannique par le biais de conseillers. A partir de cette base, ils ont négocié avec les Français. Et là, il y avait deux projets antagonistes : les Français qui étaient très orgueilleux du fait de l’expansion de la langue et de la culture françaises au Levant, imaginaient une grande Syrie, sous tutelle française, ce qui serait la dilatation de ce Levant d’avant 1914, alors que les Britanniques eux soutiennent le projet du Chérif de La Mecque qu’ils appellent Arabie (Arabia).

La négociation entre le représentant français Georges-Picot et le Britannique Sir Marc Sykes est une négociation chargée de définir la frontière entre la Syrie et l’Arabie. Elle suit évidemment les conjonctures de la guerre, notamment la bataille des Dardanelles, et finalement Sykes et Picot arrivent à un projet de partage qui prend en compte, selon eux en tout cas, la correspondance Hussein-MacMahon. Mais ils n’ont évidemment pas les pouvoirs de conclure, et leur projet est transmis aux autorités. L’accord est donc un accord d’échange de lettres entre sir Edward Grey qui est à l’époque ministre britannique des Affaires étrangères, et Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, d’où le fait que dans les archives à l’époque on appelle cela l’accord Cambon-Grey et non pas l’accord Sykes-Picot.
Cet accord qui ne concerne à ce moment-là que la répartition entre zone française et zone britannique, avec le fait que l’on prévoit des zones de contrôle direct et des zones de contrôle indirect, d’une internationalisation de la Palestine, doit être ensuite avalisé par les deux principaux alliés : par la Russie qui voit sa part anatolienne définie, et par l’Italie dans les accords de Saint Jean de Maurienne. Ceci est indispensable parce que lorsque les Britanniques ont voulu dénoncer les accords Sykes-Picot, ils ont voulu en réduire la portée juridique alors que les accords de Saint Jean de Maurienne reprennent le contenu de l’accord Cambon-Grey. C’est donc un accord au niveau des gouvernements.

Il était finalement d’autant plus facile de se mettre d’accord que les Français et les Britanniques n’avaient rien en main, car il s’agissait d’accords sur des territoires qu’ils ne détenaient pas. C’était des accords sur le papier, des accords virtuels. A partir de 1917, les Britanniques commencent la conquête de la Palestine, et là on passe du virtuel au réel. Très vite, les Britanniques sont décidés à remettre en cause cet accord, en utilisant des cartes très différentes. D’un côté ils vont pousser l’émir Fayçal à aller jusqu’à Damas, c’est-à-dire dans la zone française, et d’autre part, ils vont faire la déclaration Balfour, pour remettre en cause le statut de la Palestine. Notons en outre le nouveau contexte qui est celui de 1917, avec la révolution russe, l’entrée en guerre des Etats-Unis, la nouvelle notion du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Les Français rechignent, car ils ont parfaitement compris que les Britanniques tentent de les duper une fois encore. Georges-Picot est maintenant représentant de la France en Syrie et en Palestine. Du côté britannique, après la prise de Jérusalem en décembre 1917, le commandant en chef britannique Allenby proclame la loi martiale, ce qui gène tous les partages sur le terrain. A la fin de la guerre, au moment de l’armistice de Moudros, en octobre 1918, ce n’est pas la carte Sykes-Picot qui est utilisée, mais une division de la région en zones d’occupation militaire qui est assez différente de la carte Sykes-Picot. Mais de toute façon, l’essentiel ne se produit pas là. L’essentiel se tient dans une rencontre privée en décembre 1918, entre Georges Clemenceau et Lloyd Georges, à laquelle n’assiste aucun témoin, et qui ne donne lieu à aucun procès verbal. Tout se joue en quelques phrases. Clemenceau dit « Que voulez-vous ? », Lloyd Georges dit « la Palestine ». Clemenceau répond « d’accord. Quoi d’autre ? », Lloyd George dit « Mossoul ». Clemenceau aurait répondu : « D’accord pour Mossoul, mais il faut que j’en discute avec mon ministre des Affaires étrangères. » Autrement dit et plus clairement, Mossoul d’accord mais à condition que la France ait sa part du pétrole de la Mésopotamie. A partir de ce moment-là, on aura deux négociations parallèles, l’une politique, qui va avoir des hauts et des bas et qui va durer jusqu’à l’automne 1919, et puis une seconde plus feutrée, plus technique, sur la question de la répartition des ressources en pétrole.

A l’automne 1919, à la conférence de Deauville, les Britanniques n’ont plus les moyens de tenir la région, leurs troupes sont fatiguées, leurs finances sont en difficulté. Ils décident d’évacuer la Syrie qu’ils occupaient et de rapatrier leurs troupes sur la Palestine, ce qui permet une relève par les troupes françaises. Les Français ont une puissante armée coloniale et ils ont la conscription, ce que les Britanniques n’ont pas.

A partir de ce moment-là, le système des mandats doit s’installer. Il reste à fignoler la question politique de la division des mandats et leur répartition territoriale, ce qui est achevé à la conférence de San Remo en avril 1920. La carte définitive est donc celle de San Remo, avec des engagements techniques de fixation définitive des frontières, mais c’est mineur, l’essentiel est fait à San Remo. On voit dans ces frontières quelque chose de tout à fait caractéristique, c’est le corridor qui part de la Transjordanie vers l’Irak, qui fait que l’on dépasse un vieux projet britannique, qui était dans les cartons depuis des décennies, celui de faire passer un chemin de fer. Mais comme l’avait dit Lord Curzon, quel serait le fou qui voudrait faire passer un chemin de fer dans un désert, car il n’y a pas de client ? En 1920, il est question d’y faire passer un oléoduc car c’est par là que le pétrole de l’Irak transitera par la Méditerranée, et d’autre part une ligne aérienne de telle façon que les Britanniques partant des Iles britanniques pourront toujours être en territoire britannique par étapes successives (Gibraltar, Malte, Alexandrie, Bagdad, Bassora) : c’est la ligne aérienne de l’Inde qui explique cette carte, ainsi que l’oléoduc.

Pour les frontières de la Palestine, techniquement parlant, on s’est servi d’un atlas biblique. Les Français ne souhaitaient en outre pour le part n’avoir aucune colonie juive dans leur territoire. Ces frontières sont surtout complétées dans les années 1920 par la fixation par les Britanniques des frontières du désert entre l’Irak, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Koweït. Ce sont également eux qui vont les faire respecter puisque ce sera dans les années 1920 la création de « patrouilles du désert » contre les Ikhwân saoudiens.

Sykes-Picot est donc un symbole, et la carte des accords Sykes-Picot est très loin de la carte définitive de la région.

Pourquoi dit-on aujourd’hui que les frontières issues de ces accords pourraient être remises en cause en Irak, en Syrie et au Liban ?

Je ne le pense pas, d’abord parce qu’en un siècle elles se sont solidifiées, chacune des sociétés a construit son histoire, sa symbolique de pouvoir, sa population. Ne serait-ce que l’arrivée des réfugiés palestiniens en 1948 a conduit à une définition stricte des populations puisqu’on a été obligé de les distinguer entre « eux et nous ». C’est vrai qu’il y a un gros point négatif qui n’est pas Sykes-Picot d’ailleurs, mais qui est le traité de Sèvres, qui prévoyait la création d’un Etat kurde. Or la victoire kémaliste et le traité de Lausanne ont supprimé cette virtualité kurde. A partir de ce moment-là, un mouvement national kurde commence à apparaître dans les années 1930, avec la remise en cause des frontières dans la zone kurde à la rencontre des quatre frontières de la Turquie, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie. C’est vrai que depuis 1991, et surtout 2003, le Kurdistan irakien est en voie de s’autonomiser et donc de remettre en cause cette frontière. Il y a bien dans l’échec de tentative de recentralisation irakienne depuis 2003 un risque de scission interne de l’Irak, donc de ce point de vue, oui, mais le cadre externe de la frontière n’est pas remis en cause, il s’agit des frontières internes. Depuis 2011 en effet, un Kurdistan syrien est en train de naître. Est-il durable ? Autant la Turquie accepte le Kurdistan irakien parce que finalement elle le contrôle, car toute l’économie kurde dépend de l’ouverture ou de la fermeture de la frontière turque. Les Turcs ont ainsi très intelligemment joué la carte kurde en Irak. Pour la Syrie, c’est moins clair. En tout cas, le vieux fantasme que l’on a entendu dans les années 1990 d’une Turquie reprenant Mossoul, apparaît exclu.

Les cadres externes de ces frontières sont stables, en revanche, on peut considérer que les crises internes des sociétés libanaises, syriennes, irakiennes pourraient conduire à des formes de fédéralisme plus ou moins accentuées à l’intérieur des espaces définis par San Remo.

L’Etat islamique a annoncé fin juin le rétablissement du califat. Pouvez-vous nous rappeler en quoi a consisté le califat ? Qu’est-ce que cela implique aujourd’hui sur le plan politique et religieux ?

Le califat est une magistrature islamique qui a eu de nombreux sens dans l’histoire. On a surtout eu à partir de la fin du XVIII ème siècle une affirmation ottomane puisque le padischah ottoman était également calife. Ceci avait été plus ou moins une arme politique, d’une part face à l’expansion européenne, et d’autre part un moyen de renforcer les liens entre la capitale de l’Empire et les territoires périphériques. Il y avait ainsi plusieurs lignes de justification pour cette affirmation califale ottomane : le dernier calife abbasside séjournant au Caire au début du XVI ème siècle aurait transmis le califat à la lignée ottomane ; le fait que par ailleurs le padischah était le serviteur des villes saintes, donc assurait le pèlerinage, fonction califale par excellence. C’est vrai que dans la pensée orthodoxe sunnite, le calife doit être quraysh, mais on avait aussi défini la théorie du califat par nécessité. De droit, il devait être un quraysh, mais ce qui comptait était que le califat existe, et il était là, dont c’était un califat par nécessité, qui était ottoman.

C’est vrai qu’à la fin du XIX ème siècle, cette revendication califale s’est beaucoup renforcée, en particulier sous le règne de Abdülhamid II qui était le dernier grand Calife. Là les choses ont changé en raison notamment de la révolution des transports (à cette époque d’ailleurs on parle de monde musulman), avec le chemin de fer, les bateaux à vapeur, le télégraphe, l’ouverture du canal de Suez : les connexions entre les différentes parties du monde musulman se font.

Les Européens avaient d’ailleurs essayé de faire une distinction entre spirituel et temporel en islam : le califat serait une autorité spirituelle et le sultanat serait une autorité temporelle. Dans la mesure où le sultanat perdait du territoire, son autorité spirituelle continuait. Les musulmans on eu du mal a comprendre la distinction. Toujours est-il que lorsque Mustapha Kemal a supprimé la magistrature en 1924, il y a eu des tentatives de discussions, tout le monde voulant le califat à la place du calife. C’est dans le cadre de l’organisation de congrès du monde musulman, dans les années 1920, sur le thème du rétablissement du califat qu’apparaît pour la première fois le terme de dawla islamiya, Etat islamique, qui n’est pas nécessairement un califat. Cela est ensuite tombé en désuétude compte tenu du fait que dans les années 1979, le roi d’Arabie saoudite reprend le titre califal de serviteur des villes saintes, et que le roi du Maroc est calife en son royaume, et également commandeur des croyants. D’ailleurs, durant la Première Guerre mondiale, Lyautey avait voulu faire du sultan du Maroc le calife de l’empire colonial français. Il l’avait appelé le grand califat d’Occident, mais cela n’a pas duré.

Aujourd’hui et depuis plusieurs décennies, cette notion fait partie des inventions de la tradition et des discours abstraits utopiques des mouvements islamistes d’une restauration du califat, mais cela n’a rien à voir avec le califat authentique, même avec celui qui a disparu en 1924. Les insignes califaux sont toujours au palais de Topkapi (reliques du prophète, les épées…). Cela n’a rien à voir avec les règles de jurisprudence musulmanes, les innombrables écrits depuis 15 siècles sur les fonctions califales. C’est le parti de la Libération (Tahrir), dans les années 1950, qui a relancé le programme califal et l’idée de la restauration du califat. C’est intéressant dans le sens que la partie islamiste s’est surtout développée dans la diaspora musulmane même s’il est d’origine palestinienne puisqu’au départ, c’est une scission des Frères musulmans jordaniens dans les années 1950.

Qu’est-ce qui est censé être un calife ? Dans la pensée islamique traditionnelle, il y a toujours eu un problème avec le calife, parce que l’on n’a jamais vraiment su quelle était l’ampleur des fonctions de l’autorité du calife et les traités sur les pouvoirs califaux sont postérieurs à une fonction qui était à ce moment-là complètement décadente. L’islam avait tranché au X ème ou XI ème siècle par la définition du sultanat (sultan qui signifie autorité ; émir est celui qui commande). Ce que l’on demandait au sultan et à l’émir était de faire respecter la loi islamique, c’est ce que l’on demande au calife.

Pour conclure, pouvez-vous revenir sur l’histoire du terme Moyen-Orient ?

Techniquement parlant, le Moyen-Orient est l’espace entre la Méditerranée et l’océan Indien. Il existe donc à partir du moment où les Européens sont dans l’océan Indien, au XVI ème siècle. Le mot lui-même apparaît au début du XX ème siècle chez un géopoliticien américain. A ce moment, il a plutôt le sens de la zone de l’océan Indien géré par Bombay dans le cadre de l’Empire de l’Inde. C’est la projection de la Grande-Bretagne sur l’empire de l’Inde. A l’époque, les consuls et résidents britanniques en Perse et dans le Golfe dépendent de Bombay. Ils sont payés par l’Inde et non pas par Londres ; c’est ça le Moyen-Orient. Ce qui explique pendant la Première Guerre mondiale le choc de l’équipe du Caire avec l’équipe indienne. Ce sont les Anglo-égyptiens qui gagnent parce qu’ils coûtent moins cher.
Dans l’entre-deux-guerres, les Britanniques ne voient plus la région en terme de territoire mais en terme de réseau. C’est ce qu’ils appellent la sécurité intérieure des voies de communication : le canal de Suez, les oléoducs, les lignes aériennes, les routes terrestres. Les Britanniques voient la carte en réseau à la différence des Français qui voient la carte en territoire.
Cela se complique du fait que les mandats britanniques sont gérés au Colonial office et non pas au Foreign office. Au sein du colonial office est créé en 1921 un Middle-East Department, et les institutions comme la RAF font des zones aériennes Moyen-Orient pour la gestion de leur personnel. Le Moyen-Orient s’étend pendant la Seconde Guerre mondiale car à partir de la guerre de Méditerranée, cela devient le théâtre d’opération Moyen-Orient. Les Britanniques vont gérer la région en bloc, jusqu’à l’Inde, par des institutions comme le Middle-East Supply Center. C’est en fait tout ce qui est géré dans l’espace Méditerranée-océan Indien. En conséquence, en 1945, comme les Britanniques ont appelé toute cette zone Moyen-Orient, ils suppriment le terme Proche-Orient.

Les Américains quant à eux adoptent le terme Moyen-Orient lorsqu’ils s’intéressent à la région en 1945. La première définition américaine du Moyen-Orient est celle du Middle-Eastern Institute à Washington, succursale indirecte du département d’Etat composée d’anciens diplomates, qui publie le Middle-East Journal à partir de 1946. Dans cette revue, le Middle-East va du Maroc à l’Inde. Cela donne la vision américaine au lendemain de la guerre.

Les Français pour leur part ont toujours considéré que le Moyen-Orient est un anglicisme. Ils conservent le terme de Levant pendant longtemps, jusque dans les années 1970 : la direction du Quai d’Orsay qui jusque-là s’appelait Afrique-Levant devient Afrique du nord-Moyen-Orient (ANMO).
Puis, les définitions varient. Au moment de la chute de l’URSS, il y a des débats pour savoir si l’Asie centrale doit être intégrée ou non dans le Moyen-Orient. L’usage qui s’est établi est l’usage que la France avait adopté et qui est devenu l’usage aujourd’hui avec le terme MENA, Middle-East and North Africa, qui correspond à ANMO. Il y a cependant un problème pour la Turquie qui normalement est en Europe.

En effet, il y a une unité géopolitique du Moyen-Orient, au sens ou c’est une zone dans laquelle les puissances locales, régionales et internationales s’opposent par des jeux d’ingérence pendant plus de deux siècles. C’est ce que l’on a appelé au XIX ème siècle dans la partie méditerranéenne la « question d’Orient », et dans l’autre partie du Moyen-Orient « le grand jeu ». Ces deux termes apparaissent en 1830.
Les Américains ont fait un grand Moyen-Orient démocratique, mais qui était en fait juste un slogan puisqu’au niveau institutionnel, le terme MENA était utilisé.

Publié le 16/07/2014


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


Historien et professeur titulaire de la Chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, Henry Laurens est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels La Question de la Palestine, Tome quatre, 1967-1982, Le rameau d’olivier et le fusil du combattant, Paris, Fayard, septembre 2011 ; Le rêve méditerranéen, Paris, CNRS Editions, 2010 ; avec Mireille Delmas-Marty, Coordination d’Hana Jaber, Terrorismes, Histoire et droit, Paris, CNRS Éditions, 2010.


 


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