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La destruction en 2015 de plusieurs monuments emblématiques du site archéologique de Palmyrepar l’organisation djihadiste État islamique avait provoqué l’émoi du monde entier, rappelant celui ayant suivi le dynamitage en 2001 des Bouddhas de Bâmiyân par les Taliban en Afghanistan. Ces destructions sont venues s’ajouter à la liste, désormais longue, des sites historiques détruits entièrement ou partiellement par des organisations djihadistes ces dernières années : Nimroud, Ninive, Hatra, le monastère de Mar Behnam…
La médiatisation de ces destructions, tant par les auteurs de ces dégradations qui en ont fait un vecteur de propagande que par les médias internationaux, a presque imposé dans les esprits que seules des organisations extrémistes pouvaient s’en prendre à de tels sites culturels. Cependant, les belligérants des divers conflits, qu’ils soient étatiques ou paraétatiques, peuvent avoir commis à des degrés divers des dommages, intentionnels ou non, contre des sites patrimoniaux du Moyen-Orient (y compris des sites classés sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO), c’est-à-dire les lieux présentant un intérêt historique, culturel, architectural, archéologique ou paysager, reconnus pour leur valeur universelle et apartisane, et faisant normalement l’objet de mesures de protection afin d’être conservés et transmis aux générations futures.
Ce constat est particulièrement vrai depuis la série de conflits initiée le 7 octobre 2023 et ceux, connexes, qui se sont inscrits dans le contexte plus général d’instabilité de la région, qu’il s’agisse de la volatilité sécuritaire consécutive au renversement de Bachar al-Assad en Syrie fin 2024 ou des rivalités entre factions yéménites : le patrimoine culturel est une victime silencieuse des conflits ébranlant le Moyen-Orient depuis bientôt trois ans, tant en raison des dommages causés par les affrontements que par l’intensification des trafics illicites d’antiquités favorisée par l’instabilité politique et militaire, les négligences et manques de moyens affectés à la préservation des biens culturels. S’il ne convient en aucun cas de minimiser le drame humain incarné par les milliers de morts, civils comme militaires, que la région a eu à déplorer depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, la destruction du patrimoine culturel vient accroître cette tragédie dans la mesure où il joue un rôle central dans la construction de l’identité des peuples et de la mémoire collective : détruire ce patrimoine revient à effacer tout ou partie de l’histoire, et bien souvent de l’identité de peuples entiers.
Cet article entend dès lors dresser un bilan des dégradations du patrimoine culturel moyen-oriental depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 en évoquant tout d’abord les dommages physiques liés aux affrontements (I), avant d’étudier les autres causes de dégradation, volontaires ou non (II). Une présentation des mesures prises par les pays de la région pour protéger leur patrimoine, dans le cadre de dispositifs nationaux et internationaux, conclura cet article (III).

Depuis le déclenchement de la guerre ayant embrasé le Moyen-Orient à partir du 7 octobre 2023 (d’abord Israël et Palestine, puis très vite Liban, Iran, Irak, Yémen, et la péninsule arabique dans sa totalité), les destructions de patrimoine culturel ont atteint une grande ampleur.
En Palestine, dans la bande de Gaza, les frappes israéliennes ont endommagé la vieille ville éponyme [1] ainsi que plusieurs monuments majeurs de l’histoire islamique et chrétienne locale. Le 19 octobre 2023, le complexe de l’église grecque-orthodoxe Saint-Porphyre, considéré comme la plus ancienne église de Gaza et datant du Ve siècle, a été touché par une frappe ayant provoqué l’effondrement d’un bâtiment adjacent [2] ; en décembre 2023, la Grande mosquée Omari, édifiée sur des fondations byzantines puis transformée en mosquée au VIIe siècle, a été presque entièrement détruite [3]. D’autres monuments historiques ont été atteints, notamment la mosquée Ibn Uthman [4], le palais Pacha Qasr al-Basha [5], le palais As-Saqqa [6] et le hammam al-Sammara [7], dernier bain turc historique encore en activité dans la bande de Gaza. Les destructions ont également touché les institutions muséales et archéologiques : le musée Al Qarara [8], le musée Rafah [9] et le musée Akkad [10] ont été pillés ou détruits, tandis que le port antique d’Anthedon, vestige gréco-romain classé sur la liste indicative de l’UNESCO, a été endommagé [11]. Face à ces dommages et destructions, l’UNESCO a placé en juillet 2024 le monastère de Saint-Hilarion/Tell Umm Amer sur la liste du patrimoine mondial en péril [12].
Au Liban, les destructions patrimoniales se sont intensifiées lors de l’invasion israélienne de 2024 et des bombardements du sud du pays. Dès les premières semaines du conflit, le château médiéval de Tibnine, forteresse croisée puis mamelouke située dans le gouvernorat de Nabatieh, a été touché par des frappes ayant provoqué l’effondrement partiel d’un mur historique [13]. Le 12 octobre 2024, le vieux souk ottoman de Nabatieh, datant de la période ottomane entre le XVIe et le XIXe siècle, a été détruit par des frappes aériennes israéliennes [14]. La ville côtière de Tyr, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses vestiges phéniciens et romains, a également été touchée : bien que le périmètre principal du site archéologique n’ait pas été directement frappé, des structures historiques des périodes byzantine et ottomane ont été endommagées par les bombardements alentour [15]. Selon le Conseil national de la recherche scientifique du Liban, le château du XIIe siècle de Chamaa [16] ainsi que le sanctuaire voisin de Maqam Shamoun al-Safa [17] ont été ciblés et endommagés, voire détruits, par l’armée israélienne. Le qubba médiéval de Duris, dans la vallée de la Bekaa, a lui aussi subi des dégâts [18]. Des ONG libanaises de protection du patrimoine, à l’instar de Biladi, ont recensé plus d’une quinzaine de sites patrimoniaux touchés entre septembre et novembre 2024, dont neuf entièrement détruits [19].
En Iran, le patrimoine culturel a été essentiellement touché durant la guerre de 2026 dans le prolongement des tensions régionales ouvertes après le 7 octobre 2023. Plusieurs sites historiques majeurs ont été endommagés par des frappes ou par les ondes de choc d’explosions proche ; le 2 mars 2026 par exemple, une frappe près de la place Arg à Téhéran a provoqué des dégâts au palais du Golestan [20], complexe royal qajar inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO ; des vitraux et éléments décoratifs intérieurs ont été brisés [21]. Le 8 mars 2026, le château de Falak-ol-Aflak à Khorramabad, forteresse sassanide pourtant marquée de l’emblème du Bouclier bleu [22], a été touché et plusieurs sections périphériques ont été endommagées [23]. Le lendemain, des frappes sur Ispahan ont touché plusieurs monuments emblématiques de l’époque safavide : la place Naqsh-e Jahan, le palais Ali Qapu, le palais Chehel Sotoun, la mosquée du Shah et la mosquée Jameh d’Ispahan ont subi des dégâts liés aux explosions et aux débris [24]. L’UNESCO a confirmé en mars 2026 que quatre sites iraniens inscrits au patrimoine mondial avaient été touchés pendant le conflit [25].
En Israël, plusieurs bâtiments constitutifs de la « Ville blanche » Bauhaus de Tel Aviv, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2003, ont ainsi été endommagés par des missiles iraniens [26], par exemple. Au Yémen, les affrontements entre factions rivales, de même que les bombardements israéliens, américains et britanniques contre les Houthis, ont également menacé des sites patrimoniaux culturels ; seize sites auraient ainsi été touchés par des bombes américano-israéliennes [27], comme le musée national yéménite, endommagé le 15 septembre 2025 par une frappe de l’armée de l’air israélienne [28].
Le patrimoine culturel ne pâtit pas, toutefois, uniquement des dommages directs causés par la guerre mais aussi, plus largement, par les effets indirects de cette dernière.
Il en va ainsi, notamment, du pillage et de la contrebande d’antiquités et de biens culturels, favorisés par l’instabilité et le chaos sécuritaire induits par la guerre. Depuis le 7 octobre 2023, les rapines et le trafic d’antiquités ont connu une recrudescence dans plusieurs zones de conflit du Moyen-Orient. Dans la bande de Gaza, des organisations palestiniennes et internationales ont ainsi signalé des pillages touchant des musées, dépôts archéologiques et bâtiments historiques se trouvant dans les zones combats [29] ; en février 2024, plusieurs rapports ont évoqué la disparition d’objets conservés dans des musées locaux comme le celui d’Al Qarara et de Rafah, endommagés par des frappes. En Syrie, l’instabilité induite par la guerre civile puis le renversement de Bachar al-Assad a favorisé une poursuite des trafics d’antiquités déjà bien établi depuis la guerre civile : par exemple, dans la nuit du 9 au 10 novembre 2025, six statues romaines en marbre représentant la déesse Vénus ont été volées au Musée national de Damas lors d’un cambriolage [30]. Des réseaux de fouilles clandestines continuent par ailleurs d’opérer autour de Palmyre, d’Apamée [31] et dans la vallée de l’Euphrate [32], concomitamment à l’intensification de la contrebande d’antiquités [33]. Au Yémen, ces dernières années ont vu une intensification du trafic de biens culturels ; selon le chercheur Abdullah Mohsen, lauréat du prix 2025 de l’Union arabe des archéologues pour son travail dans la protection du patrimoine yéménite contre les risques liés au conflit [34], environ 23 000 artefacts auraient quitté le territoire yéménite depuis le début de la guerre en 2015 [35].
Par ailleurs, les dommages causés au patrimoine culturel au Moyen-Orient ne résultent pas uniquement des combats : plusieurs sites historiques ont déjà été fragilisés avant même les destructions liées aux guerres récentes par l’urbanisation, les travaux d’infrastructure et l’absence de protection patrimoniale efficace. Dans la bande de Gaza par exemple, le site archéologique d’Al-Blakhiya - identifié à l’ancien port gréco-romain d’Anthedon - avait connu des dégradations avant octobre 2023 en raison de constructions urbaines et de travaux menés à proximité immédiate des vestiges [36]. Les frappes israéliennes ont ainsi achevé d’endommager un site déjà détérioré en temps de paix. Des chercheurs et institutions patrimoniales palestiniennes avaient également signalé, avant 2023, la pression urbaine exercée sur plusieurs sites archéologiques de Gaza, notamment Tell es-Sakan [37]. Il en va de même en Syrie, où des organisations de protection du patrimoine signalent régulièrement des reconstructions non-contrôlées et des modifications illégales dans certaines parties des vieilles villes d’Alep et de Damas, déjà fragilisées par plus d’une décennie de guerre [38]. En Turquie, le village historique de Hasankeyf, vieux de 12 000 ans, a quant à lui été englouti par les eaux en 2020 [39], en toute connaissance de cause, lors de la construction et de la mise en service du barrage d’Ilısu, clé de voûte du « projet d’Anatolie du Sud-Est » porté par les autorités turques depuis de nombreuses années.
Enfin, le manque d’entretien et l’insuffisance des moyens de protection du patrimoine culturel se sont également aggravés au Moyen-Orient ces dernières années, tant en raison des guerres que de leurs conséquences, notamment les crises économiques et l’affaiblissement de la puissance étatique dans plusieurs pays. Au Yémen par exemple, plusieurs villes historiques inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, notamment Sanaa, Zabid et Shibam, ont continué de se dégrader faute de restauration régulière et d’entretien des structures en terre crue particulièrement vulnérables aux intempéries et, plus particulièrement, au changement climatique [40]. Des maisons-tours historiques de Shibam ont connu des effondrements partiels ces dernières années après des pluies saisonnières, aggravés par l’absence de financement public et par les difficultés d’accès des équipes de conservation [41]. En Syrie, de nombreux monuments déjà endommagés pendant la guerre civile restent toujours sans travaux de consolidation ou de rénovation faute de moyens [42], à Palmyre [43] ou Alep par exemple [44]. À Gaza, les combats ont perturbé - mais pas totalement arrêté [45] - les activités de conservation ou de sauvegarde patrimoniale : des musées, bibliothèques, archives et dépôts archéologiques [46] ont été détruits, endommagés ou rendus inaccessibles, tandis que plusieurs collections ont été perdues, pillées ou retrouvées sous les décombres après des mois de guerre. Au Liban, la persistance de la crise économique a réduit drastiquement les capacités de la Direction générale des antiquités [47], limitant les interventions d’urgence sur des sites fragilisés par le temps et les intempéries. De fait, plusieurs organisations internationales, comme l’association européenne de protection du patrimoine Europa Nostra [48], ont ainsi averti qu’une partie importante du patrimoine régional risquait désormais de disparaître non seulement sous les frappes, mais aussi par abandon progressif et absence de conservation.
Au Moyen-Orient, plusieurs États ont progressivement développé des dispositifs nationaux destinés à protéger le patrimoine culturel en période de conflit ou de crise. Le principal cadre juridique reste la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé et son Deuxième protocole de 1999, ratifiés la plupart des États de la région. Au Liban, cette ratification s’est accompagnée d’un renforcement de la coopération entre la Direction générale des antiquités, l’UNESCO [49] et les Forces armées libanaises : ces dernières disposent désormais de modules de formation intégrés aux cursus militaires concernant la protection des biens culturels et les obligations issues du droit international humanitaire : le « régiment indépendant des travaux », par exemple, apparaît comme la première - et unique, pour le moment - unité militaire au Moyen-Orient formée et spécialisée dans la protection du patrimoine culturel [50]. En Irak, après le pillage du Musée national de Bagdad en 2003, des unités spécialisées de police des antiquités ont été renforcées pour lutter contre les fouilles clandestines et le trafic d’objets archéologiques [51]. Si la Turquie figure comme l’un des Etats disposant de la législation la plus stricte en matière de protection du patrimoine - notamment depuis les efforts en ce sens d’Osman Hamdi Bey -, la plupart des Etats de la région se sont dotés d’un arsenal juridique plus ou moins contraignant en la matière.
Plus largement, les principaux dispositifs internationaux de protection du patrimoine culturel reposent aujourd’hui sur l’UNESCO, le Bouclier bleu international, l’ICOM, l’ICOMOS et plusieurs mécanismes liés au droit international humanitaire. L’UNESCO coordonne l’application de la Convention de La Haye de 1954 et peut accorder à certains sites un statut de « protection renforcée », considéré comme le plus haut niveau de protection juridique internationale pour des biens culturels menacés. En avril 2026, à la demande du Liban, 39 sites culturels libanais ont ainsi été placés sous protection renforcée provisoire après des bombardements israéliens, par exemple [52]. L’organisation a également soutenu des opérations d’inventaire d’urgence, d’évacuation de collections et de marquage de monuments au moyen du symbole du Bouclier bleu. Le Bouclier Bleu international, créé en 1996 par l’ICOM, l’ICOMOS, l’ICA et l’IFLA, joue un rôle central dans la coopération entre les secteurs patrimonial, humanitaire et militaire. L’organisation travaille avec l’UNESCO, l’OTAN, la FINUL et plusieurs armées nationales pour former des militaires à la protection des biens culturels en temps de guerre. Après l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, le Bouclier Bleu et ses partenaires ont par exemple participé à la sécurisation de plus de trente bâtiments culturels endommagés [53]. Le Conseil de sécurité des Nations unies, enfin, a également adopté en 2017 la résolution 2347, premier texte onusien entièrement consacré à la protection du patrimoine culturel dans les conflits armés [54].
L’efficacité de ces dispositifs demeure cependant très inégale au Moyen-Orient. Les mécanismes internationaux ont permis certaines avancées concrètes, notamment en matière de formation militaire, de documentation des destructions, d’inventaires d’urgence et de lutte contre le trafic d’antiquités. Comme vu précédemment, au Liban par exemple, la coopération entre l’UNESCO, le Bouclier bleu, la FINUL et les autorités nationales a contribué à limiter les dommages sur plusieurs sites historiques et à renforcer la sensibilisation des forces armées à la protection patrimoniale. Toutefois, les guerres des dernières années ont aussi montré les limites de ces dispositifs face à des conflits de haute intensité : à Gaza, au Liban, en Syrie, au Yémen, en Israël ou encore en Iran, plusieurs sites protégés par le droit international ont été endommagés malgré les conventions existantes, et cela autant par des groupes paraétatiques que par des acteurs étatiques signataires de la convention de La Haye et de son Deuxième protocole de 1999 (notamment les Etats-Unis, Israël ou encore l’Iran). De fait, les organisations de protection du patrimoine déplorent souvent que les mécanismes internationaux reposent sur la coopération volontaire des États et des acteurs armés, sans véritables moyens coercitifs pour contraindre ces derniers à respecter le droit en matière de protection du patrimoine [55]. Le manque chronique de financements, l’affaiblissement des administrations culturelles locales et l’insécurité empêchent souvent la mise en œuvre concrète des mesures de protection. Les dispositifs actuels restent donc surtout efficaces pour la prévention, la documentation et la reconstruction post-conflit, mais bien moins pour empêcher des destructions en cours de guerre : l’intérêt militaire et politique prime avant tout, souvent au détriment du patrimoine culturel.
Au-delà de leur diversité, les conflits qui frappent le Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023 ont mis en lumière une réalité désormais difficilement contestable ; le patrimoine culturel constitue à la fois une victime collatérale des guerres contemporaines et, parfois, une cible directe des affrontements. Qu’il s’agisse des destructions causées par les bombardements à Gaza, au Liban, en Iran ou au Yémen, des pillages favorisés par l’effondrement sécuritaire en Syrie ou des dégradations liées à l’abandon progressif des sites historiques faute de moyens, le patrimoine moyen-oriental apparaît aujourd’hui profondément fragilisé par la multiplication des crises régionales. Ces atteintes ne sauraient être considérées comme secondaires au regard des drames humains provoqués par les conflits ; elles participent au contraire d’un processus plus large de désagrégation sociale, politique et identitaire touchant des sociétés déjà profondément éprouvées par des décennies de guerre et d’instabilité.
Les exemples étudiés montrent également que les destructions patrimoniales ne relèvent pas uniquement d’acteurs djihadistes ou de stratégies délibérées d’effacement culturel. Les armées régulières, les groupes armés non étatiques, les dynamiques urbaines anarchiques, les trafics illicites d’antiquités, les crises économiques et l’affaiblissement des institutions publiques contribuent conjointement à la disparition progressive de pans entiers de l’héritage historique régional. De ce point de vue, les conflits ouverts depuis 2023 n’ont pas créé un phénomène inédit, mais ont accéléré et aggravé des vulnérabilités déjà anciennes, pour ne pas dire structurelles.
Enfin, si les dispositifs nationaux et internationaux de protection du patrimoine ont permis certains progrès notables - notamment en matière de formation, de documentation, de coopération institutionnelle ou de lutte contre les trafics -, leur efficacité demeure limitée face à des conflits de haute intensité dans lesquels les impératifs militaires et politiques l’emportent fréquemment sur les considérations patrimoniales. La protection du patrimoine culturel au Moyen-Orient apparaît dès lors comme un enjeu dépassant largement la seule question de la conservation monumentale : elle engage également la préservation des mémoires collectives, des identités historiques et, à terme, des conditions mêmes d’une éventuelle reconstruction politique et sociale de la région.
A lire sur Les clés du Moyen-Orient :
– De nouvelles salles accessibles au public au musée national de Beyrouth
– Maurice Chéhab, une vie au service de la préservation du patrimoine libanais
– Entretien avec Liliane Buccianti-Barakat – Beyrouth, de l’époque ottomane aux destructions du 4 août 2020 : quelles évolutions pour la capitale libanaise ?
– Comment l’histoire explique l’actualité d’Alep (1/3). Alep, ville pérenne dans l’Histoire
– Entretien avec Annie Sartre-Fauriat et Maurice Sartre – Palmyre
– Entretien avec le Dr Mechtild Rössler, directrice de la Division du patrimoine et du Centre du patrimoine mondial à l’UNESCO – Les enjeux du patrimoine mondial
– Etat des lieux du patrimoine culturel syrien après huit années de conflit
– Patrimoine mondial de l’UNESCO : les sites du Moyen-Orient
– art1600 Entretien avec Sophie Cluzan – Le patrimoine culturel syrien, « imbrication du passé et du présent »
– Le trafic d’antiquités au Moyen-Orient : du nettoyage culturel au financement du terrorisme international
– Compte rendu de l’exposition : « Trésors sauvés de Gaza-5000 ans d’histoire », à l’Institut du Monde arabe
Bibliographie :
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– COBB, Elvan. Cultural heritage in conflict : World Heritage cities of the Middle East. 2010. Thèse de doctorat. University of Pennsylvania.
– DANTI, Michael D. Ground-based observations of cultural heritage incidents in Syria and Iraq. Near Eastern Archaeology, 2015, vol. 78, no 3, p. 132-141.
– HUSSEIN MOUSTAFA, Laila. Endangers culture heritage : A survey of disaster management planning in Middle East libraries and archives. Library Management, 2015, vol. 36, no 6/7, p. 476-494.
– KIRCHMAIR, Lando. Shifting the focus from an international towards a more regional cultural heritage protection in the middle east and north africa. Verfassung und Recht in Übersee/Law and Politics in Africa, Asia and Latin America, 2020, vol. 53, no 3, p. 267-285.
– MAFFI, Irene. The politics and practices of cultural heritage in the Middle East : positioning the material past in contemporary societies. Bloomsbury Publishing, 2014.
– MARCHETTI, Nicolò, CURCI, Antonio, GATTO, Maria Carmela, et al. A multi-scalar approach for assessing the impact of dams on the cultural heritage in the Middle East and North Africa. Journal of Cultural Heritage, 2019, vol. 37, p. 17-28.
– MOUSTAFA, Laila Hussein. Cultural heritage and preservation : lessons from World War II and the contemporary conflict in the Middle East. The American Archivist, 2016, vol. 79, no 2, p. 320-338.
– PEARLSTEIN, Taylor. The Preservation of Memory : Archiving and Assessing the Mission to Protect Cultural Heritage in the Middle East. 2018. Thèse de doctorat. University of Delaware.
– PEUTZ, Nathalie. Heritage in (the) Ruins. International Journal of Middle East Studies, 2017, vol. 49, no 4, p. 721-728.
Michel Isidore
(publiant auparavant sous le nom de plume Émile Bouvier) est consultant en sûreté internationale, analyste des risques (politiques, sécuritaires et économiques) et chercheur indépendant, spécialisé sur le Moyen-Orient, en particulier la Turquie et son voisinage proche-oriental. Formé en géopolitique à l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, il a développé une expérience reconnue au sein d’environnements étatiques et privés, en France comme à l’étranger. Il accompagne les décideurs et organisations de toute nature dans l’analyse des environnements complexes, l’anticipation des menaces et la sécurisation de leurs activités.
Notes
[1] https://english.elpais.com/international/2025-11-09/destruction-of-millennia-old-gaza-city-robs-inhabitants-of-the-landscape-of-memory.html
[2] https://www.liberation.fr/checknews/que-sait-on-de-la-frappe-sur-leglise-orthodoxe-saint-porphyre-de-gaza-20231020_UEDAUKYVRFDD5NGVKB43BY2SAQ/
[3] https://theconversation.com/gazas-oldest-mosque-destroyed-in-an-airstrike-was-once-a-temple-to-philistine-and-roman-gods-a-byzantine-and-catholic-church-and-had-engravings-of-jewish-ritual-objects-220203
[5] https://www.franceinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/temoignage-palais-mosquee-bains-ottomans-des-dizaines-de-sites-historiques-detruits-par-les-bombardements-a-gaza_6358153.html
[6] https://map.gazahistoire.cnrs.fr/wp-content/gismaps_maps/Gaza-heritage-map/index.html?markerId=007#18/31.50068/34.46783
[7] https://www.middleeasteye.net/live-blog/live-blog-update/historic-1000-year-old-hamam-al-sammara-destroyed-israeli-bombing-gaza
[8] https://www.lefigaro.fr/culture/patrimoine/mosquees-eglises-musees-le-patrimoine-culturel-de-gaza-ravage-par-le-conflit-israelo-palestinien-20231229
[10] https://www.middleeasteye.net/fr/actu-et-enquetes/guerre-gaza-crainte-de-vol-dantiquites-apres-des-images-montrant-des-soldats
[14] https://www.lorientlejour.com/article/1431124/scene-apocalyptique-a-nabatiye-laviation-israelienne-detruit-des-souks-plusieurs-fois-centenaires.html
[15] https://www.theartnewspaper.com/2026/03/10/lebanon-ancient-city-tyre-hit-by-strikes-minister-calls-for-unesco-intervention
[16] https://www.theartnewspaper.com/2026/04/17/lebanon-appeals-to-unesco-to-intervene-amid-fears-protected-citadel-has-been-destroyed
[17] [1] https://www.asianews.it/news-en/The-maqam-of-’Simon-Peter%E2%80%99-and-sites-placed-at-risk-by-the-war-between-Israel-and-Hezbollah-62111.html
[18] https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/03/liban-a-baalbeck-le-traumatisme-apres-les-destructions-et-la-mort-de-deux-figures-de-la-ville_6427735_3210.html
[19] https://www.irishtimes.com/world/middle-east/2024/12/30/the-priceless-lebanon-heritage-sites-destroyed-by-israeli-bombing/
[22] Le Bouclier Bleu est un organisme international visant à protéger le patrimoine culturel menacé par les guerres et les catastrophes naturelles ; lors d’un conflit, les sites sur lesquels est affiché, de diverses manières, un bouclier bleu, sont censés être épargnés par les belligérants. Il s’agit en quelque sorte de l’équivalent, pour le patrimoine culturel, de la croix rouge peinte en temps de guerre sur les bâtiments abritant des blessés ou des civils.
[23] https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260325-en-images-patrimoine-iranien-victime-collat%C3%A9rale-guerre-moyen-orient-ispahan
[24] https://www.artforum.com/news/us-israel-strikes-damage-chehel-sotoun-palace-in-isfahan-1234745349/
[26] https://www.theartnewspaper.com/2026/03/05/unesco-world-heritage-buildings-in-tel-aviv-damaged-by-iranian-missile-strike
[28] https://www.artnews.com/art-news/news/yemen-national-museum-damaged-israeli-air-strikes-1234751793/
[29] https://www.aa.com.tr/en/middle-east/israel-destroys-gaza-s-historical-palace-with-over-20-000-artifacts-looted/3745846
[31] https://icom.museum/en/news/increase-in-the-looting-illegal-sale-and-illicit-trafficking-of-cultural-heritage-objects-from-syria/
[33] https://en.majalla.com/node/326504/culture-social-affairs/plundering-syrias-cultural-heritage-part-2
[38] https://www.icomos.org/images/DOCUMENTS/Working_Groups/Syros_2015_CIVVIH_Syria_Destruction_of_Urban_Heritage_SA_final_-_EN.pdf
[39] https://information.tv5monde.com/international/turquie-hasankeyf-une-ville-de-12-000-ans-engloutie-9170
[42] https://www.reuters.com/world/middle-east/lacking-aid-syrians-do-what-they-can-rebuild-devastated-aleppo-2025-04-29/
[44] https://www.lemonde.fr/en/international/article/2025/04/16/aleppo-s-ancient-market-is-now-a-pile-of-ruins_6740268_4.html
[45] https://www.abc.net.au/news/2025-11-23/race-to-save-ancient-artefacts-in-gaza-before-they-are-lost/105992964
[46] https://aurdip.org/en/israeli-damage-to-archives-libraries-and-museums-in-gaza-october-2023-january-2024/
[47] https://apnews.com/article/politics-yemen-government-lebanon-sanaa-ff0c838c0e54ff58854b675520cf41b9
[48] https://www.europanostra.org/europa-nostra-issues-statement-of-grave-concern-over-destruction-of-cultural-heritage-in-the-wider-region-of-the-middle-east/
[49] https://www.unesco.org/en/articles/unesco-revives-lebanese-armys-interest-protection-cultural-property
[50] https://www.lorientlejour.com/article/1332881/des-monuments-men-de-larmee-libanaise-pour-proteger-lheritage-historique.html
[51] DANTI, Michael D. Ground-based observations of cultural heritage incidents in Syria and Iraq. Near Eastern Archaeology, 2015, vol. 78, no 3, p. 132-141.
[55] HLADIK, Jan. The review process of the 1954 Hague Convention for the Protection of Cultural Property in the Event of Armed Conflict and its impact on international humanitarian law. Yearbook of International Humanitarian Law, 1998, vol. 1, p. 313-322.
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