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Déclaration - et non traité - de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : une victoire pour la région ou pour les Etats-Unis ?

Par Emile Bouvier
Publié le 29/08/2025 • modifié le 02/09/2025 • Durée de lecture : 13 minutes

Cet accord est présentée comme une incontestable victoire diplomatique pour Donald Trump et les Etats-Unis : depuis presque cinq ans et la victoire azerbaïdjanaise sur l’Arménie dans le Haut-Karabagh en 2020, toutes les tentatives de résolution du conflit avaient en effet échoué. Qu’il s’agisse de la médiation russe (en 2021 et 2022 notamment [3]), de celle du « Groupe de Minsk » [4], de celle de l’Union européenne [5], ou encore des tentatives de l’administration Biden [6], toutes ont été des échecs et ont même abouti, en plusieurs occasions, en une reprise des violences [7]. Le succès américain n’en apparaît dès lors que plus grand ; toutefois, fidèle à sa politique de « diplomatie transactionnelle », Donald Trump s’est assuré que cet accord bénéficie tout autant, sinon plus, aux Etats-Unis qu’aux deux rivaux transcaucasiens.

De fait, les termes de la déclaration [8] restent relativement convenus sur le processus de paix, et relativement mutiques sur les différends opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan (il n’y est fait aucune mention, par exemple, du Haut-Karabagh) mais soulignent le rôle que les Etats-Unis vont désormais jouer en Transcaucasie, traditionnellement sous influence russo-iranienne, en mentionnant explicitement la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP) qui devra être établie sur le sol arménien afin de relier le corps principal du territoire azerbaïdjanais à sa périclave du Nakhitchevan, lovée entre l’Arménie et l’Iran.

Cet article entend ainsi analyser la déclaration de paix arméno-azérie en rappelant tout d’abord les différentes tentatives de médiation ayant eu lieu par le passé (I), avant d’en venir à une analyse de la déclaration elle-même (II) et de ses implications et perspectives géopolitiques (III).

I. Un processus de paix tumultueux

Le conflit arméno-azerbaïdjanais s’est distingué, ces dernières années, par son caractère d’apparence quasi-insoluble. Pour rappel, ce conflit est essentiellement articulé autour de la question du Haut-Karabagh (ou « Artsakh » pour les Arméniens), un territoire au relief escarpé peuplé en majorité d’Arméniens se trouvant sous contrôle de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan de 1920 à 1990, puis de la République d’Azerbaïdjan de 1990 à 1994. La Première guerre du Haut-Karabagh, du 20 février 1988 au 16 mai 1994, permet à l’Arménie nouvellement indépendante de s’emparer de 14% du territoire azerbaïdjanais [9], dont l’Artsakh. Le Groupe de Minsk est créé le 24 mars 1992 par la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE, aujourd’hui OSCE) afin de donner à l’Europe une voix sur le conflit du Haut-Karabagh. Ce groupe de Minsk, essentiellement animé par la France à laquelle se sont adjoints la Russie et les Etats-Unis [10] (les trois en sont aujourd’hui co-présidents, huit autres pays en sont membres, dont l’Allemagne, la Turquie ou encore l’Italie), existe encore aujourd’hui.

Après plusieurs épisodes de tensions (Guerre des Quatre Jours en 2016, escarmouches en juillet 2020), la Deuxième guerre du Haut-Karabagh, du 27 septembre au 10 novembre 2020, consistera en une vaste contre-offensive de l’Azerbaïdjan qui, après des années de préparation et de modernisation de son armée, parviendra à écraser en quelques semaines des forces arméniennes encore équipées, pour l’essentiel, d’anciens matériels soviétiques. Déjà durant ce conflit, les tentatives de médiation se montreront impuissantes à enrayer l’escalade militaire. Les Russes échoueront le 10 octobre 2020, le groupe de Minsk le 18 du même mois, puis les Etats-Unis le 26. Si un cessez-le-feu sera signé le 10 novembre 2020, le conflit ne s’arrêtera pas là pour autant : l’Azerbaïdjan exigera en effet une évacuation totale des forces arméniennes des derniers territoires tenus par l’Arménie dans le Haut-Karabagh, que Bakou n’obtiendra qu’à l’issue d’une vaste offensive menée du 19 au 20 septembre 2023, au terme de laquelle les Azerbaïdjanais récupéreront l’intégralité des territoires dont s’était emparée l’Arménie en 1994. Concomitamment aux tensions autour du Haut-Karabagh, certaines escarmouches se produiront ailleurs sur la ligne de front, notamment aux abords des régions arméniennes de Syunik et de Gegharkunik.

Depuis novembre 2020, de très nombreuses médiations seront organisées afin de mettre un terme définitif au conflit, en vain. Le groupe de Minsk, paralysé par l’opposition entre la France et les Etats-Unis d’un côté et, de l’autre, la Russie à partir de février 2022 et le début de la guerre en Ukraine, se montrera pratiquement inactif. Moscou, qui compte Erevan comme l’un de ses alliés (l’Arménie accueille une base militaire russe), essayera à plusieurs reprises d’imposer une fin aux hostilités en faisant se rencontrer à trois reprises les dirigeants arménien et azerbaïdjanais, en janvier et novembre 2021 ainsi qu’en octobre 2022. Le contingent de près de 2 000 soldats envoyé sur place par Moscou afin empêcher la reprise des violences se montrera apathique et n’empêchera pas les multiples accrochages entre les belligérants au fil des années, avant d’être finalement redéployé sur le front ukrainien en avril 2024 [11]. L’Union européenne, sous l’impulsion notamment de la France et de l’Allemagne, essayera également de s’imposer comme médiatrice du conflit, réunissant en plusieurs occasions Aliyev et Pashinyan (en octobre 2022 à Prague par exemple ; le sommet d’octobre 2023 à Grenade sera quant à lui un échec en raison du refus du président azerbaïdjanais de s’y rendre [12]) et envoyant en janvier 2023 une « Mission de l’Union européenne en Arménie » (EUMA) afin d’y favoriser le retour à la stabilité. Les Etats-Unis de Joe Biden essayeront, enfin, de profiter du caractère peu audible des actions européennes et de l’effacement russe pour s’insérer à leur tour dans l’espace transcaucasien, en vain : le résultat des réunions organisées en mai et juin 2023 à Washington avec des représentants des deux pays sera rendu caduc par l’offensive azerbaïdjanaise de septembre 2023 dans le Haut-Karabagh.

II. La déclaration conjointe d’août 2025 : une promesse de paix ?

Le début de l’année 2025 connaîtra de nombreux autres échecs et stagnations de négociations entre Erevan et Bakou, en dépit de plusieurs médiations étrangères [13], en raison notamment de la pierre d’achoppement de la question de la connexion terrestre entre le territoire principal azerbaïdjanais et la périclave du Nakhitchevan qui devrait passer par le territoire arménien. A partir du début de l’été 2025 toutefois, l’attention de Donald Trump se porte sur la Transcaucasie : outre un appel à divers pays de la région, notamment l’Azerbaïjan [14], à rejoindre les accords d’Abraham (malgré une relation israélo-azerbaïdjanaise déjà particulièrement qualitative), la Maison-Blanche s’implique à nouveau dans les négociations azerbaïdjano-arméniennes : le 20 juillet 2025, Donald Trump annonce avoir « fait de la magie » dans les pourparlers de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan [15]. Le 8 août, la déclaration conjointe entre les dirigeants arménien et azerbaïdjanais est signé sous l’égide de Donald Trump. Le président Aliyev salue le « miracle » (sic) réalisé par son homologue américain [16] qui, quant à lui, affirme que « [l’Arménie et l’Azerbaïdjan] se sont battus pendant 35 ans et maintenant, ils sont amis, et ils le resteront longtemps » [17].

Cette déclaration conjointe, par laquelle les deux rivaux transcaucasiens s’engagent à tout faire pour parvenir à la paix, consiste synthétiquement en les points suivants : premièrement, ils « reconnaissent la nécessité de poursuivre les actions en vue de la signature et de la ratification finale de l’Accord [de paix] » ; deuxièmement, ils appellent à la clôture du Groupe de Minsk, mis en place par l’OSCE afin de résoudre le différend arméno-azerbaïdjanais ; troisièmement, ils s’engagent à « inclure une connectivité sans entrave entre la partie principale de la République d’Azerbaïdjan et sa République autonome du Nakhitchevan à travers le territoire de la République d’Arménie », en coopération avec les Etats-Unis et à travers la mise en place d’une « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP) ; enfin, Erevan et Bakou « reconnaissent la nécessité de tracer la voie d’un avenir radieux qui ne soit pas lié aux conflits du passé », soulignant leur « confiance dans le fait que ce Sommet constitue une base solide pour le respect mutuel et la promotion de la paix dans la région » et, expriment leur « profonde gratitude au Président des États-Unis d’Amérique, Donald J. Trump ».

Cette déclaration consiste ainsi, explicitement, en une promesse de poursuivre les efforts en vue d’atteindre un accord de paix définitif. Toutefois, il semble que c’est là la seule chose qu’offre ce mémorandum : aucune des pierres d’achoppement usuelles des négociations n’a en effet été abordée ni n’est mentionnée dans le texte de la déclaration conjointe, qu’il s’agisse la question du Haut-Karabagh, de la suppression de la Constitution arménienne de la mention de l’Artsakh - une exigence de Bakou - ou encore du retrait des observateurs de l’Union européenne [18] basées en Arménie. Seul l’appel à démanteler le Groupe de Minsk, qu’exigeait de longue date l’Azerbaïdjan, est accepté par l’Arménie et mentionné explicitement dans l’accord ; une victoire d’ailleurs saluée par la présidence azerbaïdjanaise qui, le 21 août, se félicitait que « le tristement célèbre Groupe de Minsk vit maintenant ses derniers jours ; nous avons réalisé ce que nous voulions » [19].

Ainsi, cette déclaration conjointe, pourtant hautement médiatisée et présentée à tort par de nombreux organes de presse comme un « traité de paix » [20], ne consiste aucunement en un traité de paix mais en une simple lettre d’intention, et n’amène aucun progrès notable comparé aux précédents cycles de négociations entre Bakou et Erevan. En effet, en mars dernier déjà, l’Arménie et l’Azerbaïdjan s’étaient entendus sur un projet d’accord de paix historique [21], leur ministre des Affaires étrangères respectif déclarant que « les négociations sur le projet d’accord ont été conclues » et que « l’accord de paix est prêt à être signé » [22]. Le Premier ministre arménien lui-même avait affirmé devant le Parlement à Erevan que « nous sommes entrés dans la phase de discussions en vue de la signature de l’accord. J’ai déclaré qu’au nom du peuple arménien, je suis prêt à apposer ma signature » [23]. L’accord n’avait finalement pas été signé en raison de l’ajout, par Bakou, de deux nouvelles exigences : la dissolution du Groupe de Minsk et la suppression, dans la Constitution arménienne, de toute mention du Haut-Karabagh. Les différentes tentatives de médiation, émiriennes [24] comme turques [25], n’auront réussi qu’à arracher des promesses de « poursuite des négociations bilatérales et les mesures de confiance entre les deux pays » [26], sans parvenir à aboutir à une ratification en bonne et due forme de l’accord de paix. La signature de la déclaration conjointe à Washington n’apporte donc rien de plus : les protagonistes ont simplement réaffirmé leur souhait de voir la guerre s’achever et parvenir à un accord de paix, qui ne s’avère donc toujours pas formalisée : le président Aliyev lui-même déclarait ainsi le 26 août que « je crois que c’est la fin du conflit, la fin de la guerre », précisant toutefois que « une fois que l’Arménie aura modifié sa Constitution pour abandonner les revendications contre l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, un traité de paix formel sera signé » [27]. Le traité de paix entre Erevan et Bakou n’a donc pas encore été ratifié par les deux pays et n’a pas encore été signé à Washington le 8 août. Dans ce cas, quels gains les Etats-Unis tirent-ils de la signature de cette déclaration conjointe ?

III. Implications et perspectives géopolitiques de l’accord

Si cette déclaration conjointe n’apporte que fort peu au processus de paix déjà engagé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan -comme le souligne d’ailleurs un ancien diplomate américain ayant travaillé sur le dossier transcaucasien [28] - elle apporte en revanche plusieurs bénéfices à Washington. Premièrement, ce mémorandum offre à Donald Trump une nouvelle victoire diplomatique au fort pouvoir médiatique, plus particulièrement dans une région traditionnellement dominée par ses rivaux irano-russes. Deuxièmement, elle consacre potentiellement l’arrivée en Transcaucasie d’entreprises américaines à l’aune de la Route Trump pour la paix et la prospérité internationales (TRIPP) ; en effet, des déclarations tenues par Donald Trump laisseraient entendre que cette route serait confiée à la responsabilité des Etats-Unis durant « 99 ans » (sic) et son développement assurée par des entreprises américaines [29] -cette TRIPP devrait comporter entre autres choses une ligne de chemin de fer, des oléoducs, des gazoducs et des lignes de fibre optique [30] - ; aucun des traités signés ce jour-là par les Etats-Unis avec l’Arménie ne couvrent pourtant cet aspect, comme l’a rappelé le ministre des Affaires étrangères arménien Ararat Mirzoyan le 27 août en indiquant que « le discours sur les 99 ans n’a pas encore de rapport avec la réalité. La propriété de cette terre ne peut être contestée » [31]. Un document apparemment confidentiel et nommé « Protocole d’entente sur la création du corridor de transport Trump », approuvé par l’Arménie, l’Azerbaïdjan et les Etats-Unis, avait déjà été divulgué le 22 juillet dernier par le journal hispanophone Periodista Digital [32] ; il y était fait mention de la période des 99 ans évoquée par Donald Trump, de même que l’exploitation de la route TRIPP par des entreprises américaines à hauteur de 40% et sa sécurisation par une société militaire privée américaine.

Un tel mémorandum n’est pas sans rappeler le traité de paix conclu par Donald Trump entre la République démocratique du Congo (RDC) et le M23 en juin 2025 [33], aux termes duquel les Etats-Unis ont remporté l’exploitation des richesses minières considérables que recèlent l’est de la RDC, où l’essentiel des combats a lieu [34], et ont obtenu l’autorisation d’y déployer des sociétés militaires privées américaines afin de sécuriser les sites d’extraction [35].

Par ailleurs, la TRIPP et le futur déploiement américain dans la région réduit la sphère d’influence de longue date de la Russie en Transcaucasie, déjà fortement affaiblie par l’inaction russe depuis l’éclosion de la Deuxième guerre du Haut-Karabagh. Le rôle que jouait auparavant la Russie dans le Groupe de Minsk de l’OSCE est désormais supplanté par Washington qui a su s’imposer comme le nouveau garant de la sécurité régionale. La TRIPP, en traversant de part en part le territoire arménien, rompt le lien terrestre qui existait alors entre l’Iran et la Russie, et place aux frontières iraniennes une future présence américaine. De fait, si Téhéran a salué la déclaration conjointe signée à Washington comme un nouveau pas vers la paix régionale, le régime des mollahs s’est montré particulièrement hostile à ce qu’il considère être un prépositionnement américain dans la région afin de davantage menacer l’Iran et la Russie : le 9 août, Ali Akbar Velayati, un conseiller de Khamenei, a par exemple juré d’empêcher la TRIPP de se concrétiser, soulignant que cette voie allait à l’encontre de la sécurité du Caucase du Sud [36]. L’Iran pourrait toutefois bien être l’un des seuls pays à s’opposer à ce projet de voie de communication à travers l’Arménie : un tel corridor permettrait en effet de relier directement l’Azerbaïdjan à la Turquie et, partant, connecter directement les champs gaziers azerbaïdjanais à l’Europe - qui achetait 7% de son gaz à l’Azerbaïdjan au premier trimestre 2024 [37] -, en passant par le territoire turc. La Chine, forte de son projet de Nouvelle route de la soie (BRI) qui relie l’Europe en passant par l’Azerbaïdjan, devrait également en tirer de lucratifs avantages.

Il apparaît toutefois fort peu probable que la TRIPP voit le jour sans la signature formelle et définitive d’un traité de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Celui-ci, en l’état, ne nécessite théoriquement plus qu’une chose : l’acceptation, par Erevan, d’une modification de sa Constitution afin d’y supprimer la mention du Haut-Karabagh - qui figure, pour être exact, dans la déclaration d’indépendance arménienne du 23 août 1990 [38], citée dans le préambule de ladite Constitution [39] - et satisfaire ainsi l’une des dernières exigences majeures de Bakou, l’appel à une dissolution du Groupe de Minsk et la création d’une route traversant le territoire arménien afin de relier les deux portions du territoire azerbaïdjanais ayant été acceptés par Erevan. Si le gouvernement arménien ne s’est pas encore exprimé clairement sur le statut de la mission civile d’observation de l’Union européenne, que Bakou souhaiterait voir partir dans son intégralité, la primature arménienne avait toutefois proposé en novembre dernier un « retrait partiel » de l’EUMA le long de la frontière arméno-azerbaïdjanaise [40] et sous-entendu, le 21 mars dernier, que les observateurs européens de l’EUMA pourraient « cesser d’être dérangés » -et donc quitter la Transcaucasie- une fois la paix signée avec l’Azerbaïdjan [41]. L’ambassadeur de l’Union européenne en Arménie, Vasilis Maragos, a en tous cas fait savoir le 1er septembre que l’EUMA « poursuivra ses activités conformément à son mandat » [42].

La question d’une réforme constitutionnelle circule donc depuis plusieurs mois, voire plusieurs années [43], dans les sphères politiques arméniennes [44], tout particulièrement dans les services du Premier ministre : en juillet dernier encore, celui-ci déclarait lors d’un discours à Erevan que « l’Arménie a besoin d’une nouvelle Constitution, approuvée par le vote du peuple, afin que le peuple considère la Constitution comme la sienne » [45]. Si plusieurs commissions ont été créées depuis cinq ans afin d’étudier une réforme constitutionnelle, aucun des travaux n’a été rendu public pour le moment en raison de la sensibilité des enjeux liés à un tel changement et de la situation politique délicate dans laquelle se trouve la primature arménienne, dont des mouvements de la société civile réclament régulièrement la démission lors de grandes manifestations, notamment depuis la défaite face à l’Azerbaïdjan [46]. La pression que les Etats-Unis pourraient exercer sur l’Arménie afin que celle-ci opère une réforme constitutionnelle visant à satisfaire l’Azerbaïdjan, tout comme l’agenda politique arménien, pourrait amener le pays à procéder à une réforme de la Constitution dans les prochains mois potentiellement.

Conclusion

Ainsi, loin d’être le « traité de paix » annoncé dans nombre de médias, la déclaration conjointe signée par l’Arménie et l’Azerbaïdjan le 8 août dernier à Washington scelle avant tout l’arrivée potentielle d’une présence économique et sécuritaire américaine dans une région traditionnellement sous influence irano-russe. Loin d’être assurée dans un futur proche, la ratification définitive de l’accord de paix arméno-azerbaïdjanais fait encore face à de nombreux défis et s’avère une condition incontournable à la concrétisation de la TRIPP. La capacité réelle de Bakou et d’Erevan à s’en tenir à leur déclaration conjointe et à la promesse d’opportunités commerciales impulsées par les Etats-Unis reste une question toute ouverte aujourd’hui : Kinshasa et le M23, ou encore la Thaïlande ou le Cambodge, ont tous connu de nouveaux épisodes de violence après les accords de paix signés sous l’égide de Trump ces derniers mois.

A lire sur Les Clés du Moyen-Orient :
 Historique des relations entre l’Iran et l’Azerbaïdjan (1/3) : des origines à 1828
 Cessez-le-feu dans le Caucase du sud : vers une paix durable ?
 Le conflit du Haut-Karabagh : pourquoi faut-il distinguer le Haut-Karabagh lui-même des territoires azerbaïdjanais occupés par les forces arméniennes
 Le point sur le conflit au Haut-Karabagh (1/2)
 L’Arménie et l’Azerbaïdjan : une paix si lointaine (1/2)
 Le Haut-Karabagh : une ligne de feu pour l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une ligne de front diplomatique pour la Russie et la Turquie (1/2). Une Transcaucasie marquée par une diplomatie soviétique hésitante
 Le Haut-Karabagh : une ligne de feu pour l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une ligne de front diplomatique pour la Russie et la Turquie (2/2). De la Guerre du Haut-Karabagh aux affrontements de septembre 2020, une animosité arméno-azérie toujours aussi forte

Sitographie :
 Quel a été le véritable rôle de Donald Trump dans les sept conflits qu’il prétend avoir résolus ?, Le Figaro, 27/08/2025
https://www.lefigaro.fr/international/quel-a-ete-le-veritable-role-de-donald-trump-dans-les-sept-conflits-qu-il-pretend-avoir-resolus-20250827
 Trump cold-called Norwegian minister to ask about Nobel Peace Prize, Politico, 14/08/2025
https://www.politico.eu/article/donald-trump-called-norway-finance-minister-ask-about-nobel-peace-prize/
 Armenian Prime Minister, Russian President, Azerbaijani President adopt joint statement, The Prime Minister of the Republic of Armenia Press Office, 26/11/2021
https://www.primeminister.am/en/press-release/item/2021/11/26/Nikol-Pashinyan-Sochi/
 The Minsk Group : Karabakh War’s Diplomatic Casualty (Part One), The Jamestown Foundation, 25/11/2020
https://jamestown.org/program/the-minsk-group-karabakh-wars-diplomatic-casualty-part-one/
 EU to Deploy First Mission along Armenian-Azerbaijani Border, Institute for War & Peace Reporting, 21/10/2022
https://iwpr.net/global-voices/eu-deploy-first-mission-along-armenian-azerbaijani-border
 Biden’s remarks unacceptable, historical mistake : Azerbaijan’s Aliyev, Daily Sabah, 24/04/2021
https://www.dailysabah.com/politics/diplomacy/bidens-remarks-unacceptable-historical-mistake-azerbaijans-aliyev
 Deadly clash erupts in Nagorno-Karabakh amid Armenia-Azerbaijan peace talks, Eurasianet, 28/06/2023
https://eurasianet.org/deadly-clash-erupts-in-nagorno-karabakh-amid-armenia-azerbaijan-peace-talks
 Full text of US-brokered Armenia-Azerbaijan joint declaration, Armen Press, 09/08/2025
https://armenpress.am/en/article/1226785
 Accord de paix : pourparlers sans résultats entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, Le Figaro, 10/07/2025
https://www.lefigaro.fr/international/accord-de-paix-pourparlers-sans-resultats-entre-l-armenie-et-l-azerbaidjan-20250710
 Peace remains elusive between Armenia and Azerbaijan, Le Monde, 05/08/2025
https://www.lemonde.fr/en/international/article/2025/08/05/peace-remains-elusive-between-armenia-and-azerbaijan_6744076_4.html
 Trump eyes bringing Azerbaijan, Central Asian nations into Abraham Accords, sources say, Reuters, 01/08/2025
https://www.reuters.com/world/asia-pacific/trump-eyes-bringing-azerbaijan-central-asian-nations-into-abraham-accords-2025-08-01/
 Trump says US ‘worked magic’ in Armenia–Azerbaijan peace talks, as debate over corridor continues, OC Media, 21/07/2025
https://oc-media.org/trump-says-us-worked-magic-in-armenia-azerbaijan-peace-talks-as-debate-over-corridor-continues/
 Armenia-Azerbaijan : Trump stakes a claim on Putin’s former stronghold, Le Monde, 09/08/2025
https://www.lemonde.fr/en/international/article/2025/08/09/armenia-azerbaijan-trump-stakes-a-claim-on-putin-s-former-stronghold_6744219_4.html
 The Yerevan-Baku “Peace” Deal and the Fate of the EU’s Mission in Armenia, GSSC, 17/03/2025
https://www.gssc.lt/en/publication/the-yerevan-baku-peace-deal-and-the-fate-of-the-eus-mission-in-armenia/
 ‘Infamous Minsk Group is now living its final days ; we have achieved what we wanted’ – Aliyev, Alpha News, 21/08/2025
https://alphanews.am/en/infamous-minsk-group-is-now-living-its-final-days-we-have-achieved-what-we-wanted-aliyev/
 Azerbaijan and Armenia sign peace deal at White House that creates a ‘Trump Route’ in region, The Guardian, 09/08/2025
https://www.theguardian.com/world/2025/aug/09/azerbaijan-and-armenia-sign-peace-deal-at-white-house-that-creates-a-trump-route-in-region
 L’Arménie est « prête » à signer l’accord de paix avec l’Azerbaïdjan, mais des obstacles demeurent, Le Monde, 15/04/2024
https://www.lemonde.fr/international/article/2025/04/15/l-armenie-est-prete-a-signer-l-accord-de-paix-avec-l-azerbaidjan-mais-des-obstacles-demeurent_6596313_3210.html
 Azerbaijan and Armenia strike deal to end decades-long conflict, The Guardian, 13/03/2025
https://www.theguardian.com/world/2025/mar/13/azerbaijan-and-armenia-strike-deal-to-end-conflict-nagorno-karabakh
 Armenia, Azerbaijan leaders meet for peace talks in UAE, no breakthrough, Al Jazeera, 10/07/2025
https://www.aljazeera.com/news/2025/7/10/draft-deal-to-end-bitter-conflict-agreed-4-months-ago-but-timeline-for-sealing-complex-deal-remains-uncertain
 Rencontre entre Nikol Pashinyan et Recep Tayyip Erdoğan à Istanbul, The Prime Minister of the Republic of Armenia Press Office, 20/06/2025
https://www.primeminister.am/fr/press-release/item/2025/06/20/Nikol-Pashinyan-Recep-Tayyip-Erdogan/
 Trump-brokered deal marks ‘end of war’ with Armenia, says Azerbaijan premier, Anadolu Ajansi, 27/08/2025
https://www.aa.com.tr/en/americas/trump-brokered-deal-marks-end-of-war-with-armenia-says-azerbaijan-premier/3670439
 Azerbaijan and Armenia sign peace deal at White House that creates a ‘Trump Route’ in region, The Guardian, 09/08/2025
https://www.theguardian.com/world/2025/aug/09/azerbaijan-and-armenia-sign-peace-deal-at-white-house-that-creates-a-trump-route-in-region
 Armenia to cede control of Zangezur Corridor to US : Report, The Cradle, 24/07/2025
https://thecradle.co/articles-id/32154
 DR Congo and Rwanda sign long-awaited peace deal in Washington, BBC, 27/06/2025
https://www.bbc.com/news/articles/c1e0ggw7d43o
 Trump eyes mineral wealth as Rwanda and DRC sign controversial peace deal in US, The Guardian, 27/06/2025
https://www.theguardian.com/world/2025/jun/27/rwanda-drc-peace-deal-us-trump-m23
 Azerbaijan isn’t reexporting Russian gas to EU, Brussels insists, Politico, 25/11/2024
https://www.politico.eu/article/azerbaijan-isnt-re-exporting-russian-gas-to-eu-brussels-insists/
 No article of the Constitution of Armenia contains any direct or indirect reference to Nagorno-Karabakh. Prime Minister, 13/11/2024
https://www.primeminister.am/en/statements-and-messages/item/2024/11/13/Nikol-Pashinyan-Speech/
 Armenia says after peace treaty ratification, they could ‘discuss a new mandate’ for the EUMA, OC Media, 25/03/2025
https://oc-media.org/armenia-says-after-peace-treaty-ratification-they-could-discuss-a-new-mandate-for-the-euma/
 Behind the Gridlock : The Hidden Politics of Armenia’s Constitutional Impasse, Constitutionnet, 26/05/2025
https://constitutionnet.org/news/voices/behind-gridlock-hidden-politics-armenias-constitutional-impasse
 Is an Armenia-Azerbaijan Peace Agreement Really Close ?, The German Marshall Fund of the United States, 06/08/2025
https://www.gmfus.org/news/armenia-azerbaijan-peace-agreement-really-close
 The Republic of Armenia needs a new Constitution approved by the people’s vote, so that the people consider it their own, the rule of living in their homeland-state, which they themselves created. Prime Minister, The Prime Minister of the Republic of Armenia Press Office, 05/07/2025
https://www.primeminister.am/en/press-release/item/2025/07/05/Nikol-Pashinyan-Constitution-Day/
 Armenian protests demand PM’s head over concessions to Azerbaijan, Al Jazeera, 10/06/2024
https://www.aljazeera.com/news/2024/6/10/armenian-protests-demand-pms-head-over-concessions-to-azerbaijan

Publié le 29/08/2025


Emile Bouvier est chercheur indépendant spécialisé sur le Moyen-Orient et plus spécifiquement sur la Turquie et le monde kurde. Diplômé en Histoire et en Géopolitique de l’Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, il a connu de nombreuses expériences sécuritaires et diplomatiques au sein de divers ministères français, tant en France qu’au Moyen-Orient. Sa passion pour la région l’amène à y voyager régulièrement et à en apprendre certaines langues, notamment le turc.


 


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