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Compte rendu de la revue Orients Stratégiques numéro 3, année 2016, « Arabie saoudite entre évolutions et révolution(s) ? »
Article publié le 05/05/2016

Compte rendu de Ines Zebdi

Ce numéro d’Orients Stratégiques, sous la direction de Sébastien Wesser, docteur en études anglophones et consultant en relations internationales, présente une analyse des relations du royaume avec des pays clés comme le Yémen, le Pakistan ou encore Israël, et aborde ses relations historiques avec la France et les États-Unis. Dans un deuxième temps, la revue se penche sur les enjeux économiques et confessionnels auxquels les autorités sont également confrontées. Le présent article, compte rendu de la revue Orients Stratégiques, a ainsi pour but d’apporter un éclairage sur les enjeux régionaux et internationaux actuels auxquels le royaume est confronté.

L’Arabie saoudite, monarchie pétrolière, donne souvent une image d’abondance et d’influence, économique mais aussi religieuse avec la présence, sur son territoire, des deux villes saintes de Médine et de La Mecque. Vu d’Occident, le pays est également souvent perçu comme le pays des excès : religieux, avec la pratique d’un islam rigoriste, excès de répression d’une jeunesse qui souhaite s’émanciper, excès dans son jeu d’alliance internationales et dans ses luttes politiques internes. L’Arabie saoudite a, dans l’imaginaire collectif, une image qui la réduit souvent à ses puits de pétrole et ses pétrodollars dans une région instable, mais cette vision caricaturale d’un royaume mal connu des Occidentaux reflète mal la réalité de la société saoudienne et la complexité de ses relations à l’international.

L’Arabie Saoudite est le plus grand pays de la région du Golfe persique avec une population de 27,7 millions d’habitants, dont plus de 30% d’étrangers. Cette démographie représente à la fois une faiblesse et un enjeu pour le pays, ses voisins étant beaucoup plus peuplés. L’État saoudien est le résultat d’un projet commun entre Muhammad bin Saoud Al Saoud et le prédicateur Muhammad bin Abd Al-Wahhab au début du XVIIIème siècle, qui confie le pouvoir temporel aux Saoud, et le pouvoir religieux aux oulémas, instances religieuses, donnant ainsi un rôle primordial au religieux dans les affaires intérieures et extérieures du pays. Cet élément a son importance dans le contexte du retour actuel de l’Iran chiite sur la scène internationale. L’année 2015 restera importante pour l’Arabie saoudite, qui a vu l’accession au trône du Roi Salmane, demi-frère du précédent souverain, le Roi Abdallah. La succession a entraîné des réactions mitigées à l’intérieur du royaume et à l’international, à un moment où les luttes familiales sont toujours présentes et où les jeunes générations souhaitent une intégration sociale et politique plus grande, dans un pays où la moitié de la population a moins de 25 ans. Le défi majeur qui se pose à l’Arabie saoudite actuellement est celui de l’ère post-pétrolière. Les cours récents du pétrole, tombés à un très faible niveau, pénalisent certes ses concurrents de la même manière, mais privent également le pays de revenus, alors que les questions économiques sont au cœur de ses priorités, au même titre que les enjeux régionaux.

Le premier article de David Rigoulet-Roze, enseignant-chercheur, rattaché à l’Institut d’Analyse Stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques, aborde la politique régionale de Riyad vis-à-vis du Yémen, sujet plus que jamais d’actualité pour le royaume. Les relations entre les deux pays ont toujours été problématiques, notamment depuis la délimitation des frontières au début des années 2000, et l’Arabie saoudite reste toujours méfiante vis-à-vis du pays depuis l’unification entre le Nord et le Sud en 1990. L’intervention militaire lancée en mars 2015 contre les milices Houthies fait suite à des nouveaux conflits internes au Yémen. Cette opération, menée par l’Arabie Saoudite, est le fait d’une coalition de plusieurs pays désireux de restaurer la légitimité institutionnelle du président Abdo Mansour Hadi perdue après la prise du pouvoir par les milices Houthies. L’ambition de Riyad est également d’endiguer les milices chiites zaydites, représentant un intérêt iranien. Ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite intervient au Yémen : elle l’avait notamment déjà fait en 2009 lors d’un conflit entre l’armée yéménite et des groupes rebelles zaydites. En effet, la situation au Yémen préoccupe les Saoudiens qui voient le pays comme une zone stratégique, particulièrement en termes de sécurité, notamment avec la menace que fait peser AQPA (Al Qaeda dans la Péninsule Arabique) et la peur d’une ingérence de l’Iran. En octobre 2009, le quotidien Al Sharq El Awsat révèle que derrière les conflits au Yémen, il faudrait en fait voir l’Iran et les Pasdarans, désireux de créer deux États, un imamat chiite au Nord dirigé par les Houthis et un au Sud dirigé par plusieurs groupes politiques, ce qui permettrait à Téhéran de s’implanter stratégiquement dans le pays. Le pouvoir yéménite de l’époque, puis le président Hadi en transition, affirmaient également n’avoir aucun doute sur l’agenda iranien de la rébellion Houthie. Ils ont chacun réitéré que le Yémen n’accepterait aucune ingérence étrangère, et demandé à l’Iran de réviser sa position sur la situation du pays. La politique yéménite a été le cadre d’une polarisation confessionnelle, avec une montée en puissance des Houthis, sous le nom d’Ansarallah. Implantés dans le Nord du pays, ils ont quasiment pris le contrôle de la capitale Sanaa en septembre 2014 et ont poussé le Président Hadi à la démission. Lorsque les Houthis ont encerclé Aden en mars 2015, l’Arabie saoudite a pris la décision d’intervenir militairement sur le territoire, dans une action appelée « tempête décisive », avec à ses côtés une coalition de pays sunnites. Le Yémen se retrouve en situation de « dommage collatéral » de la rivalité géopolitique entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Cette intervention militaire, dont la deuxième étape a été renommée « restauration de l’espoir » à partir d’avril 2015, a pourtant déjà causé près de 5 000 morts à l’automne 2015, et plusieurs sites historiques classés au patrimoine mondial de l’UNESCO sont en danger. Les attaques contre le Yémen ne sont pas nouvelles, l’Arabie saoudite ayant auparavant déjà coupé ses aides au pays et renvoyé 800 000 travailleurs yéménites au moment de la réunification du pays. Après l’intervention militaire, il semble que le conflit soit amené à durer, ce qui pose, à terme, la question de la possibilité d’une union entre le Nord et le Sud, qui n’était déjà que très récente.

Le deuxième article, de Michel Makinsky, chercheur associé et directeur général d’Ageromys International est intitulé « Iran-Arabie saoudite : quel dialogue après l’accord nucléaire ? ». L’accord concernant le nucléaire iranien signé en 2015, représente la concrétisation des craintes du régime saoudien, à savoir le retour de l’Iran en tant que puissance régionale, d’où une diplomatie irano-saoudienne contrariée. Même sans qu’il y ait eu de déclaration officielle, certains experts estiment que l’Arabie saoudite serait prête à se lancer dans la course à l’arme nucléaire si l’Iran se lançait dans une recherche non destinée à l’usage civil. Les États-Unis, alliés de l’Arabie saoudite, ont pourtant rassuré le royaume en leur affirmant qu’ils veilleront à surveiller les positions de l’Iran, confirmant ainsi les relations que Washington et Riyad entretiennent. De plus, l’Arabie saoudite sort gagnante en un sens, car les États-Unis souhaitent renforcer le soutien qu’ils lui apportent, et l’ont notamment appuyée dans le conflit au Yémen. Un « partenariat stratégique pour le 21ème siècle » devrait être mis en place entre les deux pays.
La rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite est d’abord géostratégique, et vise une hégémonie régionale avant d’être religieuse, même si la rivalité s’illustre par le clivage chiite/sunnite avec notamment l’exécution récente du Sheikh chiite Nim Baqr Al-Nimr par Riyad. Cet acte rapide et inexpliqué montre que l’Arabie saoudite peut être amenée à adopter une diplomatie aléatoire pour protéger ses intérêts. Le pays a aussi attaqué le Yémen, notamment pour combattre les Houthis chiites représentant des intérêts de l’Iran, et il est engagé sur d’autres fronts, ce qui pourrait représenter, à terme, un risque pour la puissance. Les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite se sont aussi tendues récemment après les incidents de septembre 2015 à La Mecque qui ont causé la mort de plus d’un millier de personnes, dont au moins 460 Iraniens. Suite à ce drame, l’Iran a fortement critiqué et remis en cause la légitimité des autorités saoudiennes dans l’organisation du pèlerinage. Le royaume saoudien, soutenu par les pays du Conseil de Coopération du Golfe, s’est engagé à mener une enquête avec toute la transparence nécessaire afin d’identifier les responsables en cas de faute, tout en rappelant à l’Iran que ces événements dramatiques ne devraient pas être utilisés à des fins politiques. Un deuxième élément venant tendre les relations entre les deux puissances est l’arrestation, par les autorités libanaises, d’Ahmed Ibrahim Al-Mughassil, un Libanais chiite transféré en Arabie saoudite qui est accusé d’être l’un des auteurs de l’attentat des tours de Khobar en 1996. Enfin, l’enlisement de la crise syrienne pèse également sur les relations bilatérales, les deux pays s’opposant sur la solution politique à adopter, notamment sur le maintien ou non de Bachar Al-Assad, et sur la période qui suivra sa chute éventuelle.
Après la signature de l’accord sur le nucléaire, même si Téhéran affirme vouloir établir de bonnes relations avec ses voisins dans la région, le dialogue entre l’Iran et l’Arabie saoudite semble plus que jamais compromis actuellement. Pourtant, de bonnes relations entre les deux pays pourraient permettre une coopération économique mutuellement profitable.

Le troisième article, de Laurent Amelot, chargé d’enseignement à l’ILERI et membre du groupe de réflexion Asie 21 s’intitule « Arabie saoudite - Pakistan : un changement de paradigme sécuritaire par l’opération ‘’tempête décisive’’ ? ». Le Pakistan est l’un des principaux alliés musulmans de l’Arabie saoudite, et Riyad a récemment décidé de renforcer les relations qu’ils entretiennent, avec l’idée de faire de l’armée pakistanaise le pivot de la sécurité intérieure et frontalière saoudienne. Même si Islamabad est officiellement restée neutre dans le conflit saoudien au Yémen, le pays reste un allié de l’Arabie saoudite.
Depuis les attentats de septembre 2001, les relations entre l’Arabie saoudite et les États-Unis s’étaient quelque peu détériorées, ce qui avait amené le royaume à se rapprocher du Pakistan et de l’Inde, notamment sur des questions énergétiques et de lutte contre le terrorisme. Cela représente également un coup diplomatique vis-à-vis de l’Iran, qui se présente comme une puissance alternative dans la région, depuis la chute de Saddam Hussein et les contestations chiites internes à l’Arabie saoudite. En effet, un rapprochement entre Riyad et Dehli se fait au détriment de l’Iran, dont les exportations vers l’Inde diminuent de façon significative. C’est également vers le Pakistan que l’Arabie saoudite pourrait se tourner si elle souhaite se lancer dans la course à l’arme nucléaire.
Le Pakistan a déployé à deux reprises des conseillers militaires en Arabie saoudite : au moment de son attaque des rebelles Houthistes et lors de l’action visant à contenir les rebellions chiites à Bahreïn. En revanche, le Pakistan a refusé de se joindre en tant qu’État à la coalition menée par l’Arabie saoudite dans le conflit au Yémen, qui a une forte connotation religieuse, notamment pour ne pas raviver des tensions confessionnelles existantes sur son territoire. Le Pakistan veut également éviter de brouiller toute relation avec l’Iran, avec qui il partage une frontière terrestre. L’Arabie saoudite a alors élargi ses rapports économiques avec l’Inde, et même si les accords entre le Pakistan et l’Arabie saoudite existent toujours, ils pourraient être réévalués.

Le quatrième article d’Olivier Danino, chercheur à l’institut français d’analyse stratégique (IFAS), s’intitule « Israël-Arabie saoudite : s’allier discrètement ou s’ignorer dans la tourmente ? », et aborde la question peu traitée des relations entre les deux pays. Même s’il n’existe pas de relations diplomatiques entre Israël et l’Arabie saoudite, il n’y a pas d’affrontements entre les deux pays, et certains de leurs intérêts peuvent même converger, notamment sur la question iranienne. Les divisions sont nombreuses, mais un rapprochement stratégique pourrait être envisageable. La position officielle saoudienne est anti-israélienne, ouvertement pro-palestinienne et favorable à un retour aux frontières existant avant 1948. Depuis les années 1980, un certain rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite s’opère toutefois, avec le prince héritier Fahd qui a proposé un plan de réconciliation entre les pays arabes et Israël si un État palestinien était reconnu. En 2002, le Roi Abdallah reprend l’idée de ce « plan de paix » adopté par la Ligue Arabe, mais l’enlisement du conflit israélo-palestinien empêche les États arabes d’adopter une véritable position favorable envers Israël, ce qui permet également de consolider leur pouvoir dans l’identification d’un ennemi commun. Israël quant à lui ne serait pas opposé à une ouverture à la péninsule arabique et l’Arabie saoudite, à condition que cela ne l’engage pas sur le dossier palestinien.
Les deux pays ont une relation privilégiée avec les États-Unis, comptent la Jordanie et l’Égypte parmi leurs alliés et s’inquiètent tous les deux de la position iranienne ; une alliance entre les deux ne semblerait donc pas impossible. Il n’y a pas pour l’instant de relations assumées, mais il existe un potentiel de rapprochement entre les deux États, même si une alliance avec Israël pourrait coûter cher aux dirigeants saoudiens.

Le cinquième article est un compte rendu de l’évolution politique et économique de l’Arabie saoudite d’après les archives du Quai d’Orsay, écrit par Ata Ayati, chercheur en histoire contemporaine, spécialiste de l’Iran et directeur de la collection « L’Iran en transition » à L’harmattan. Cet article mettant l’accent sur l’économie saoudienne a été rédigé d’après un rapport datant de 1954. L’Arabie saoudite est à ce moment-là l’un des principaux fournisseurs de pétrole de la France, et le rapport préconise au ministre de suivre avec attention la situation politique économique de ce pays. Au moment où ce rapport est rédigé, l’Arabie saoudite connaît une transformation de sa structure sociale, avec notamment d’importantes grèves ouvrières. Le nombre de travailleurs formant la classe ouvrière saoudienne augmente, avec de plus en plus de Bédouins acquérant des compétences techniques pour travailler. Un doute a pu alors planer sur la stabilité des structures du pouvoir, mais le régime est solide et ne pliera pas sous la pression des grévistes. Cette période est également le moment où le royaume se modernise et se dote de structures administratives et financières avant la mort d’Ibn Saoud, sous la pression de son fils qui va lui succéder. En 1952, une agence monétaire, et non pas une banque, en conformité avec les lois religieuses, est créée pour tenter de réduire la fluctuation des taux de change. Le riyal n’étant pas la seule monnaie utilisée pour les échanges et transactions à l’époque, l’Arabie saoudite devait se doter d’un système monétaire propre pour stabiliser son économie. Un fonds de stabilisation est également mis en place avec les États-Unis pour renforcer la stabilité de la monnaie.
La découverte du pétrole fut une découverte essentielle pour l’Arabie saoudite : elle lui amena des investissements étrangers, notamment américains, représentant 55 millions de dollars en 1947 et une assurance de revenus pour la suite. La France à l’époque importe du pétrole d’Arabie saoudite mais n’est pas son premier partenaire, se plaçant après les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Japon, l’Afrique du Sud et l’Italie. Le marché saoudien représente par contre un marché pour les industries françaises dans le domaine des équipements de base pour les infrastructures pétrolières et périphériques. Le rapport pose déjà en 1954 la question de l’avenir économique de l’Arabie saoudite avec la question d’un développement économique peu diversifié et peu de capital productif.

Le sixième article, rédigé en anglais par Philippe Dauba-Pantanacce, chef économiste en charge de la Turquie, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord chez Standard Chartered, se penche sur les enjeux économiques posés à l’Arabie Saoudite à court terme et détaille les besoins de réforme du modèle économique du pays. Cet article revient sur la situation économique du royaume, décrite comme à un carrefour décisif, avec un pays tiraillé entre des pressions extérieures et intérieures et devant probablement se réformer. En effet, le pays a récemment dû faire face à la chute des prix du pétrole du fait de la baisse globale de la croissance notamment. Ce moment est également déterminant sur le plan politique, car il intervient au moment de la succession de pouvoir, à une période où le pays craint un rapprochement de l’Occident avec l’Iran, ce qui a des répercussions sur les choix de politique budgétaire saoudiens et sur la politique pétrolière menée. Les défis structurels en Arabie saoudite ne sont pas nouveaux ; la majorité de la population saoudienne a moins de 25 ans et la création d’emploi représente le plus grand défi sociétal pour le pays aujourd’hui. Pour pouvoir rester durable, l’économie se trouve face à un devoir de diversification, en dehors de l’industrie des hydrocarbures, même si le marché du travail peut présenter des résistances.
Fin 2015, le prix du baril de pétrole est descendu sous la barre des 50 dollars, ce qui représente moins de la moitié de ce qu’il coûtait une année auparavant. L’Arabie saoudite peut faire face à ce choc économiquement, compte tenu du fait que le pays a une dette publique quasi inexistante et possède suffisamment de réserves. Mais la question de la durée et de la répétition de ces chocs se pose, et le pays devrait pour cela mettre en œuvre des réformes structurelles pour pouvoir endiguer les chocs futurs. Pour l’instant, le pays continue de produire autant de pétrole, qui représente toujours 90% du revenu de l’État, et il n’a pas modifié ses dépenses. Alors que l’année 2013 était une année excédentaire pour le pays, 2014 a été une année déficitaire à hauteur de 17 milliards, et le déficit de l’année 2015 devrait s’élever à 130 milliards de dollars. L’année 2015 fut une année particulière pour le pays, non seulement à cause de la chute des prix du pétrole mais également en raison de la succession au trône, qui engendre toujours traditionnellement des dépenses, mais pour la première fois en vingt ans, la balance courante va se retrouver en position déficitaire. La croissance reste malgré tout positive, grâce au fait que le pays possède une des plus grandes réserves de monnaie, à une dette publique quasi-inexistante et un coût de production du pétrole très bas. Pour la première fois depuis 2007, l’État saoudien a pris la décision d’émettre à hauteur de 30 milliards de dollars des bons du Trésor assortis de différentes maturités afin de bâtir une courbe de rendements. L’émission de ces obligations devrait avoir un effet positif en permettant d’attirer davantage d’investisseurs institutionnels et de participants sur le marché et, d’une manière générale, de renforcer la transparence du système, même si le pays est encore accusé de manquer de transparence.
À court et moyen terme, le pétrole reste une bénédiction pour l’Arabie saoudite, et au rythme actuel de la production, les réserves pourraient durer encore un siècle. La place d’exportateur du pays est indéniable, avec un coût de production parmi les plus faibles du monde de 5 dollars par baril, ce qui reste profitable pour le pays même en situation de chute des prix. Le problème qui se pose au royaume est celui de sa propre consommation, très élevée, et qui pourrait lui faire diminuer sa quantité exportable dans le futur, notamment parce que les incitations à économiser de l’énergie sont très faibles. Aujourd’hui, le défi de la diversification se trouve dans les secteurs fortement consommateurs d’énergie et dont le modèle économique repose précisément sur la fourniture subventionnée d’énergie et/ou d’eau considérées comme des matières bon marché. Une réforme du système de subventions permettrait de dégager une marge de manœuvre budgétaire qui pourrait être consacrée à des dépenses budgétaires plus productives. Mais remettre en question le système des subventions suppose également de remettre en cause les stratégies de diversification de l’économie. Une réforme est difficile à entreprendre dans un pays pétrolier comme l’Arabie saoudite, où l’accès à des produits de base est perçu comme l’un des principes fondateurs de la cohésion nationale. Toute une partie des dépenses saoudiennes n’est pas définie, notamment en ce qui concerne les aides aux pays étrangers, par exemple celles destinées à ses alliés sunnites dans la région ou les dépenses liées au conflit au Yémen, qui peuvent varier. Le renforcement du système budgétaire est aussi essentiel pour l’Arabie saoudite, notamment pour une meilleure planification annuelle du budget. Les dépenses publiques augmentant d’années en années, le pays est susceptible de devenir plus vulnérable aux chocs des prix du pétrole.
Les pressions démographiques existant en Arabie saoudite aujourd’hui et un système éducatif peu adapté sont sources de défis pour le marché du travail. Il n’y a pas de concordance entre les compétences des diplômés et les besoins du secteur privé sur le marché, et 80% des femmes diplômées restent sans emploi. De plus en plus d’étudiants font le choix d’étudier à l’étranger, car les cursus proposés en Arabie saoudite sont peu adaptés à la demande des jeunes, notamment en matière scientifique. Le secteur public ne peut plus absorber tous les diplômés comme c’était le cas auparavant, et le marché du travail doit se réformer, mais cela suppose une évolution des mentalités en parallèle. En effet, de plus en plus d’efforts sont déployés pour que des ressortissants nationaux soient embauchés dans le secteur privé, notamment au moyen de l’imposition de quotas. Ces initiatives comme « Nitaqat » ont permis de créer 500 000 emplois entre 2011 et 2013 pour des nationaux, mais ont entraîné le départ d’un million de travailleurs étrangers. Cela a également engendré des dérives, notamment la création d’emplois fictifs pour les nationaux, les postes étant en fait occupés par un étranger. Ces politiques ont été très coûteuses pour les entreprises, dont de nombreuses ont fait faillite. Deux problèmes se posent à elles : embaucher des nationaux est coûteux, les candidats n’étant pas toujours formés pour le poste, et il y a également un manque d’intérêt certain pour le secteur privé de la part des nationaux. D’après un sondage réalisé entre 2013 et 2015, 75% d’entre eux préfèrent toujours le secteur public.
Tous ces défis posés à l’Arabie saoudite constituent un danger potentiel pour l’économie du royaume, même si le pays reste la première puissance économique de la région et conserve sa position d’un des plus gros producteurs de pétrole dans le monde, générant chaque année une somme extrêmement importante de revenus. Mais compte tenu de la situation actuelle, le pays devrait mettre à profit toutes ses richesses pour mettre en place des réformes structurelles afin de s’engager dans la voie d’un développement économique durable. Les changements doivent être en effet macroéconomiques, mais également sociopolitiques.

Le septième article « Les chiites de l’Arabie saoudite : résistances, radicalisations et la sectarisation de l’ordre régional dans le Golfe Persique » est écrit par Marius Lazar, chargé de cours à l’Université Babes-Bolyai en Roumanie, et Ecaterina Matoi, doctorante à l’Université de Bâle en Suisse. La minorité religieuse chiite est souvent victime de discriminations économique, religieuse et politique dans les pays du Golfe. Cette appréhension vis-à-vis de cette communauté est en partie liée à l’Iran, accusé de déstabiliser les pays sunnites de l’intérieur. En Arabie saoudite, la population chiite représenterait entre 10% et 15% de la population. La rupture qui existe avec l’État saoudien s’explique de plusieurs manières : une rivalité entre le wahhabisme et le chiisme, la présence de chiites dans les régions pétrolières, et la relation tendue entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Dans les monarchies du Golfe, les chiites possèdent un statut socio-politique inférieur, auquel s’ajoute une discrimination due à l’altérité religieuse, et ils sont souvent exclus du champ décisionnel. La géopolitique du chiisme en Arabie saoudite possède également des aspects sécuritaires, au-delà de la dimension purement religieuse, notamment concernant la localisation des communautés chiites. Elles se situent en majorité dans la Province de l’Est, dans les oasis de Qatif et Al-Hasa, où se trouvent les principaux gisements pétroliers du pays. Cette région en général est habitée par une importante population de chiites, dans le prolongement de l’Iran, l’Irak et Bahreïn. Les chiites sont victimes de restrictions de leurs libertés religieuses, de l’interdiction de construire des mosquées dans certains lieux, et de célébrer certaines de leurs fêtes comme Achoura. Ils sont également soumis à des restrictions politiques et sociales, avec par exemple une limitation de l’accès à la fonction publique. Un imaginaire anti-chiite existe depuis le Moyen Âge et il a été mis au service des acteurs politiques et religieux saoudiens et voisins pour fonder une idéologie nationale officielle. Une certaine partie des habitants chiites ont été employés pour l’ARAMCO, ce qui leur a donné une identité et une conscience de classe ouvrière, les rapprochant d’un idéal d’égalité et de justice en société et déclenchant un certain activisme gauchiste. Depuis 1975 et l’arrivée au pouvoir du Roi Khaled, le pouvoir s’est montré plus réceptif aux revendications de la communauté chiite, mais cette évolution cessera avec la montée de groupes comme Hezbollah notamment.
Les chiites saoudiens ont connu un processus de repli identitaire, et de politisation et de radicalisation, d’un côté, vers la gauche contestataire, et de l’autre, vers des courants islamistes chiites, beaucoup de religieux chiites ayant étudiés à Kerbala et Najaf où ils ont eu des contacts avec des chiites de l’étranger. Le mouvement Al-Shiraziyyin, issu d’une famille cléricale de Kerbala, représente le mouvement chiite en Arabie saoudite et dans d’autres pays du Golfe. Le représentant en Arabie saoudite s’appelle Shaykh Hassan Al-Saffar. Il a fondé avec d’autres militants l’Organisation de la Révolution Islamique en Péninsule Arabique en 1979 après la Révolution islamique en Iran. Ce grand mouvement de contestation interne et de remise en cause de la légitimité des autorités saoudiennes, soutenu par l’Iran, a déclenché une réponse sévère des autorités royales, affectant profondément les relations entre le pouvoir et les communautés chiites et provoquant des exils vers l’Iran et l’Occident. Les chiites saoudiens ont été soutenus par les groupes chiites de la région, notamment le Hezbollah et les Pasdarans iraniens pour former un Hezbollah Al Hidjaz. Après la mort de l’Ayatollah Khomeini, le mouvement chiite saoudien s’est désolidarisé de Téhéran, et les relations avec le pouvoir saoudien se sont améliorées quelque peu, les chiites renonçant aux actions violentes et le wahhabisme reconnaissant en échange l’existence du chiisme, notamment dans les programmes scolaires.
Les révolutions de 2011 dans la région du Golfe avec notamment les soulèvements à Bahreïn, la dimension sectaire qu’ont pris les conflits en Irak et en Syrie et le retour de l’Iran sur la scène internationale ont ramené la question chiite au centre des préoccupations de Riyad. De plus en plus, l’ordre régional est caractérisé par une sectarisation, la rivalité Arabie saoudite-Iran restant au cœur des tensions, dans une compétition pour l’hégémonie régionale. L’Iran continue à soutenir tout acteur étatique ou régional qui pourrait présenter un intérêt pour lui. C’est pourquoi il soutient la population chiite saoudienne, dans un but de faire pression sur le royaume saoudien. Le régime de Téhéran a notamment appelé les chiites à se soulever contre le pouvoir, suivant les révoltes à Bahreïn. Cette implication de Téhéran dans le Golfe et en Arabie saoudite sur la question chiite justifie le retour des politiques restrictives de Riyad après une période qui se voulait relativement apaisée. L’élément iranien, et les révoltes de 2011 en Arabie saoudite qui n’ont concerné quasiment que les régions chiites, ont entraîné une répression de la part du régime, et une radicalisation des deux camps sur la question. Le « Mouvement pour la Réforme » tente de faire pression sur le gouvernement pour une meilleure intégration des chiites dans la société, et les ulémas wahhabites adoptent un discours plus anti-chiite qu’auparavant. Une partie de la communauté chiite se radicalise et promeut une stratégie militante et proactive, comme le Shaykh Nimr al-Nimr qui souhaite la sécession de la province de l’Est. Son arrestation en mars 2012 a causé de nouveau de nombreuses contestations, souvent violentes dans le pays, mais il sera tout de même exécuté, en janvier 2016.
La question chiite en Arabie saoudite illustre bien les liens entre enjeux internes et influences externes spécifiques au Moyen-Orient. Dans la situation géopolitique actuelle, les acteurs régionaux et les communautés religieuses peuvent devenir des facteurs de déstructuration interne, surtout lorsqu’ils bénéficient d’un soutien externe. La présence, dans la région pétrolière de al-Hasa, de populations chiites qui sont un puissant élément de déstabilisation potentielle, explique les politiques répressives adoptées par Riyad. Mais à l’heure où les populations chiites connaissent une certaine renaissance dans la région, les chiites saoudiens supportent mal leur mauvaise intégration dans la société et le refus d’un pluralisme religieux dans le royaume. Les revendications mises en avant par ces populations, présentées par Riyad comme provenant d’une menace extérieure, relaient également des revendications internes qui touchent une plus grande partie de la population et qui concernent le chômage, les inégalités…

Le huitième article a été co-écrit par Sébastien Wesser, docteur en études anglophones et consultant en relations internationales, et Gaëlle Znaty, présidente du comité Moyen-Orient de l’Anaj-Ihedn. Ensemble, ils reviennent sur l’évolution de la relation américano-saoudienne depuis la présidence d’Obama. Depuis la rencontre entre Ibn Saoud et Roosevelt en 1945 sur le croiseur USS Quincy, l’Arabie saoudite est un allié incontournable et pérenne des États-Unis dans la région. Cette relation, qui ne semblait pas d’emblée naturelle, est basée sur des intérêts économiques de la part de Washington et militaires de la part de Riyad, et s’est imposée comme une relation « d’habitude », les élites des deux pays travaillant ensemble. Pourtant, depuis 2001, les relations sont un peu plus tendues et les intérêts des deux pays semblent diverger sur certains points, notamment depuis la signature de l’accord iranien qui fait craindre à Riyad sa marginalisation dans la politique moyen-orientale de Washington.
L’Arabie saoudite étant le premier producteur de pétrole avec une production représentant 13,1% de la production mondiale en 2013, elle joue un rôle majeur dans l’économie internationale, et les États-Unis veillent au bon acheminement du pétrole dans l’ensemble des marchés de la planète. Les deux pays ont passé un accord pour « lisser » les fluctuations des prix du pétrole afin que les chocs ne soient pas trop importants pour le marché, tout en conservant un prix intéressant pour les revenus de l’Arabie saoudite, et pour les consommateurs. L’accord avec l’Iran faisait craindre des conséquences sur les cours du pétrole, mais Riyad a choisi de poursuivre sa politique de baril à bas prix, avec même de nouvelles prédictions de baisse. Le pétrole reste donc l’élément clé de la puissance saoudienne, mais il pourrait aussi être son point faible en cas de déstabilisation régionale ou de changement du marché. En contrepartie de l’accord sur le pétrole, Washington doit apporter un soutien militaire au pays et à la région. En revanche, depuis l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, la stratégie américaine semble avoir changé, et la présence de forces américaines dans la région serait justifiée comme étant un outil structurant pour la sécurité de la région et non plus comme un élément de l’action américaine dans le Golfe persique. L’Arabie saoudite affirme en retour de plus en plus sa volonté de se défendre même dans le cas où Washington viendrait à manquer à sa promesse de sécurité. Pourtant, les États-Unis ont vendu à leur allié toujours plus d’équipements militaires. En 2014, l’Arabie saoudite a ainsi déboursé 80,7 milliards en dépenses militaires, et son budget militaire a augmenté de plus de 78% en seulement 5 ans. Cela en fait le premier marché mondial devant l’Inde et le Brésil, et la part de ce marché détenue par les États-Unis représente 87,5% sur la période 2008-2011. Cette situation excessive représente un risque pour la gestion budgétaire de l’État et ses capacités à financer une transition économique.
Même si les attentats de 2001 ont pu affecter les relations entre les deux pays, les élites travaillent ensemble depuis 70 ans, faisant de leur relation un lien stable entre les deux puissances. En période de crise économique, ces liens sont au cœur de la relation entre les deux alliés, Riyad attirant Washington par des contrats lucratifs, les États-Unis exportant toujours plus vers l’Arabie saoudite, notamment des produits manufacturés (automobiles, machines industrielles, aviation, matériel médical, produits chimiques…), mais aussi des produits agricoles et des services. En 2012, 450 entreprises américaines se sont implantées en Arabie saoudite, prouvant la volonté des États-Unis d’inscrire la relation commerciale bilatérale sur le long terme. À un moment important pour l’Arabie saoudite, où les enjeux démographiques conduisent le pays à effectuer des investissements nécessaires à la transition économique, les États-Unis sont pour elle un soutien actif. Même s’il existe des divergences politiques entre les deux pays, les relations commerciales semblent bien enracinées et le virage des États-Unis vers une politique plus iranienne semble pour l’instant peu probable. En revanche, il sera intéressant d’observer comment l’ouverture du marché iranien et de potentiels changements en Arabie saoudite vont affecter les relations entre les deux pays. Depuis 2001, et la révélation de la nationalité des terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre (Saoudiens et Égyptiens), les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite se sont quelque peu tendues, et l’opinion publique américaine est moins bien disposée envers le pouvoir de Riyad. Ce sentiment a été renforcé lorsque des rapports et publications ont annoncé le potentiel soutien financier des terroristes par des personnalités et instituions saoudiennes. Si ces liens étaient avérés, cela mettrait l’administration américaine dans une position délicate vis-à-vis de son allié historique. Même si l’Arabie saoudite a adopté une politique de lutte contre le terrorisme conforme à ce que les États-Unis pouvaient attendre pour perpétuer leur partenariat de longue date, les relations entre les deux pays pourraient être mises à l’épreuve. Les révolutions arabes de 2011 et les soulèvements dans la région ont également mis en évidence les différences de vision des deux pays. Riyad a soutenu notamment le pouvoir de Bahreïn, ne voulant pas un pouvoir chiite à sa porte, alors que l’administration Obama était favorable aux évolutions démocratiques demandées par les populations. De plus, avec l’abandon d’Hosni Moubarak par Washington, Riyad a réalisé que les États-Unis ne seraient pas un soutien fiable en cas de contestation interne. L’ouverture sur l’Iran et le refus de déclencher une opération militaire contre Bachar Al-Assad par les États-Unis a également persuadé l’Arabie saoudite que Washington était prêt à jouer la carte chiite. Avec l’enlisement du conflit syrien et la montée en puissance de l’État islamique, l’Arabie saoudite a promulgué des lois condamnant ses citoyens se rendant en Syrie pour combattre auprès du groupe Daesh. Mais la question du financement du terrorisme par certaines personnalités saoudiennes reste toujours un point qui pourrait envenimer les relations entre les deux pays.
À l’heure de l’accord sur la question du nucléaire iranien, la relation de confiance entre les deux pays s’est aussi altérée un peu plus. L’Arabie saoudite s’est notamment rapprochée d’autres pays, comme le Pakistan ou Israël, également déçus de la politique d’Obama envers l’Iran. Les États-Unis ont pourtant apporté leur soutien à l’Arabie saoudite dans son conflit avec le Yémen, pour rassurer leur allié sur leur position et leur engagement historique, et il est pour l’instant difficile de croire à la fin des relations américano-saoudiennes. Dans la période de changement qui voit l’accession au trône d’un nouveau souverain, l’Arabie saoudite souhaite réitérer la proximité de ses relations avec les États-Unis, le Roi Salmane ayant effectué sa première visite à l’étranger aux États-Unis. À ses côtés, on notait la présence de son fils Mohamad bin Salmane, peu connu à l’étranger, mais qui devient de plus en plus influent dans le pays. Une campagne de communication lancée par l’Arabie saoudite par l’intermédiaire de think tank influents notamment, permet au pays de relancer ses relations avec son allié américain de longue date en cette période politique et géopolitique complexe. L’arrivée du Roi Salmane marquera en effet probablement l’avènement d’une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays, maintenant ancrées dans l’histoire et le long terme, même si des retournements de situation ne sont pas impossibles, comme lorsque Washington a pris le monde de court en abandonnant Moubarak. Qu’adviendrait-il des relations américano-saoudiennes si des contestations internes au royaume venaient à surgir ? Les principales questions maintenant sont celles de la potentielle nucléarisation du pays suite à l’accord iranien, et la question du financement du terrorisme, qui n’est toujours pas complètement élucidée.

Le neuvième article porte de nouveau sur un travail d’archives diplomatiques réalisé par Ata Ayati sur la définition d’une politique française en Arabie Saoudite. Le document-support a été rédigé en 1955 et présente différentes propositions faites par des diplomates français en vue d’établir une ligne diplomatique en Arabie saoudite, traditionnellement plus proche des pays anglo-saxons. Le rapport avance que l’Arabie saoudite est un pays majeur de la région, au carrefour entre l’Afrique et l’Asie, grâce à son influence religieuse due à la présence des deux villes saintes La Mecque et Médine, et souligne qu’elle est restée trop longtemps en dehors des préoccupations françaises en termes de diplomatie et politique extérieure. Le rapport montre qu’à cette époque, la France pense qu’elle peut jouer un rôle dans le jeu des puissances, en prenant acte des témoignages de bonne entente entre les deux pays, notamment avec le soutien de l’Arabie saoudite à la politique menée par la France en Afrique du Nord. Le rapport mentionne trois sortes de mesures à prendre. La première est politique. Il s’agit de réserver le meilleur accueil au Prince Talal à Paris, et d’opérer un renforcement de la présence diplomatique française à Riyad et à Djeddah. Sur le plan économique, un plan d’accord financier était sur le point d’être signé au moment de la rédaction du rapport, notamment pour permettre de larges commandes saoudiennes à l’industrie française. La France souhaite également envoyer des industriels et commerçants en Arabie saoudite. Sur le plan culturel, le rapport note que la culture française est plus implantée en Arabie saoudite que la culture anglo-saxonne et il plaide pour des mesures visant à attirer des étudiants saoudiens en France et pour l’envoi de professeurs français en Arabie saoudite. Le but est la diffusion de la culture française et de la langue française via la mise en place d’un centre culturel et de diverses activités.

Le dixième article est un entretien avec Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’IFRI, qui aborde lui aussi le sujet des relations franco-saoudiennes. Historiquement, les relations entre les deux pays ont toujours été bonnes, et la France est pour l’Arabie saoudite un allié occidental qui lui permet d’avoir un autre appui que les États-Unis. La relation de confiance s’est notamment consolidée en 1979 avec l’envoi du GIGN par Valéry Giscard d’Estaing pour reprendre la Mosquée de La Mecque après une attaque terroriste. Les liens sont même de plus en plus étroits entre les deux pays depuis que les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite se sont quelque peu tendues. Les relations de la France avec l’Arabie saoudite semblent aussi montrer que la France adopte une politique plutôt pro-sunnite. Cela a également été confirmé par la politique sévère envers l’Iran menée par la France sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Dans tous les conflits qui opposent l’Arabie saoudite et l’Iran (Syrie, Irak, Liban, Yémen), la France s’est toujours rangée aux côtés de l’Arabie saoudite. La France apporte également son soutien au régime saoudien par le biais des échanges commerciaux entre les deux pays dans le domaine de l’armement, l’Arabie saoudite se dotant d’un arsenal militaire impressionnant. D’autres contrats signés entre la France et des pays arabes ont également été possibles grâce à des financements de Riyad. Par ailleurs, l’Arabie saoudite ne cache pas ses intentions dans le domaine nucléaire, même si elle assure que les recherches sont purement destinées au domaine civil. La France va jouer un rôle important dans ce projet, notamment avec l’intention saoudienne d’installer dix-sept centrales nucléaires pour subvenir à ses besoins en énergie. La question qui reste sans réponse est celle du nucléaire militaire, l’Arabie Saoudite n’ayant pas signé l’accord additionnel au Traité de Non-Prolifération. Elle représente également un marché potentiel pour la France dans d’autres secteurs, notamment les transports, les télécommunications et l’agro-alimentaire, au moment où le pays est en pleine restructuration économique. Sur le plan diplomatique, la France se doit de développer de bonnes relations avec à la fois le Prince héritier Mohamed Bin Nayef, et le fils du roi actuel, Mohamed Bin Salmane, nouvel homme fort du royaume, et elle ne peut qu’encourager une politique de réforme qui permettrait d’assurer la stabilité du pays. Pour ce qui est de la position des présidents français, Nicolas Sarkozy avait axé sa politique dans la région vers le Qatar, et François Hollande a quelque peu rétabli un équilibre dans les relations avec les pays du Golfe. La France doit cependant veiller à rester un acteur de dialogue afin de promouvoir au mieux une stabilisation de la région et une réconciliation des puissances sunnites et chiites.

Ce numéro d’Orients Stratégiques, en revenant sur des éléments historiques clés concernant l’Arabie saoudite et en abordant les grands enjeux et défis économiques, sociaux, stratégiques et géopolitiques auxquels le royaume est aujourd’hui confronté, montre bien à quel point cette puissance de la région moyen-orientale est à un moment clé de son histoire, et permet de replacer en contexte ses relations avec les autres puissances, régionales et occidentales.

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