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Christian Destremau, Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale

Par Lisa Romeo
Publié le 12/03/2012 • modifié le 29/04/2020 • Durée de lecture : 4 minutes

L’ouvrage débute sur la place de l’Egypte durant les premières années du conflit et plonge directement le lecteur dans les incertitudes de la guerre et les campagnes d’espionnage et d’intoxication des différents camps. Le pays, qui affirme sa neutralité, reste lié à la Grande-Bretagne par le traité de 1936 et est directement menacé par les troupes italiennes stationnées en Libye voisine, colonisée par la puissance européenne depuis les années 1911-1912. L’armée du Duce pénètre en territoire égyptien en septembre 1940 mais finit par reculer face aux troupes du général britannique Wavell qui poursuivent leur avancée au-delà de Bengazi au début de l’année 1941. Face à cette débâcle, le Reich décide d’envoyer des renforts. Les opérations menées par le général allemand Rommel changent alors largement la donne et permettent aux forces de l’Axe de reconquérir la Cyrénaïque et d’entrer en Egypte. La puissance affichée par Rommel fascine alors de nombreux arabes.

La Grande-Bretagne doit, par ailleurs, stabiliser une autre zone essentielle au maintien de son Empire « informel » : l’Irak où un coup d’Etat vient de porter au pouvoir quatre officiers nationalistes. Malgré la neutralité affichée de l’Irak, l’attitude ambivalente de ces nouveaux dirigeants envers l’Axe qui semble alors proche de la victoire, ne manque pas d’inquiéter et d’attiser la méfiance des Britanniques quant à la fiabilité du pays. Quelle est alors la nature véritable des relations entre l’Axe et Bagdad ? Un nouveau front s’ouvre finalement opposant le gouvernement putschiste Irakien et le Reich à la Grande-Bretagne.

Le chapitre suivant est consacré au Levant. L’intervention allemande en Irak pour soutenir le gouvernement nationaliste et la volonté de l’Axe d’utiliser les aérodromes syriens agace les Britanniques qui cherchent à protéger le flanc nord de leur Empire. Les nationalistes syriens et libanais espèrent quant à eux pouvoir obtenir du conflit leur indépendance toujours retardée par la France. La défaite française et sa capitulation, interprétée comme un signe de faiblesse, les rendent d’autant plus impatients de retrouver leur souveraineté. Le Levant devient alors le théâtre d’affrontements entre le régime de Vichy et les Britanniques, le Commonwealth et les Français libres entre juin et juillet 1941.

Christian Destremau se penche ensuite sur la Palestine sous mandat britannique. Pour les Britanniques, cette zone est primordiale à la sécurité de l’Est du canal de Suez et donc à la consolidation de l’Empire. L’auteur revient, dans un premier temps, sur la complexité du pays et sur l’inquiétude des Arabes palestiniens face à la montée en puissance du sionisme. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la situation semble cependant être relativement apaisée. Les populations arabes semblent peu réceptives à la propagande de l’Axe, à part peut-être le mufti de Jérusalem Amin al-Husseini qui, réfugié en Allemagne, rencontre le Führer le 28 novembre 1941. Il s’interroge alors sur sa perception du nazisme, ses relations avec le Reich ainsi que sur son rôle réel dans le conflit.

On retourne ensuite en Egypte où Churchill remplace le général Wavell par le général Auchinleck qui tente de dégager Tobrouk et de récupérer la Cyrénaïque des troupes allemandes et italiennes. Après d’âpres combats, l’armée de Rommel se réimpose à Tobrouk. Les Etats-Unis acceptent alors d’envoyer des armements en Afrique du Nord. L’auteur relate également les relations difficiles entre la monarchie égyptienne et la Grande-Bretagne qui tente de faire abdiquer le roi Farouk ainsi que l’impact des campagnes de propagande allemande sur la population. Il est, par exemple, affirmé que Hitler était en fait musulman. Les avancées de Rommel sont finalement stoppées et la Grande-Bretagne tente de reprendre l’offensive.

Le chapitre suivant traite de l’importance, souvent oubliée, de l’Iran dans la logistique des Alliés. Le pays est en effet occupé par la Grande-Bretagne au sud et par l’URSS au nord et est rapidement utilisé pour faire transiter le matériel américain vers l’URSS en difficulté alors même que l’Iran considère Moscou comme son ennemi traditionnel. Avec l’arrivée massive du personnel américain sur le sol iranien, les Etats-Unis et l’Iran semblent se découvrir pour la première fois. Le regard américain envers l’Iran change alors progressivement jusqu’à ce qu’il soit décidé de faire de ce pays un exemple de nation building et un modèle de stabilité et de prospérité.

Christian Destremau consacre par ailleurs un chapitre au pétrole, essentiel dans l’économie de guerre. La région du Moyen-Orient offre en effet l’immense avantage de l’exploitation directe et de l’autonomie des capacités de transport. C’est finalement le manque d’approvisionnement en pétrole des forces allemandes qui permettra aux Alliés de triompher. L’auteur revient alors sur la politique pétrolière du Reich, inadaptée pour une guerre de longue durée.

La question de l’implication des Etats-Unis dans la guerre au Moyen-Orient est également analysée. Les Américains ne souhaitent pas, dans un premier temps, participer au front dans la région et préfèrent affronter l’Axe sur le continent européen. La chute de Tobrouk change finalement la donne et les troupes américaines débarquent le 8 novembre 1942 en Afrique du Nord. L’auteur revient par ailleurs sur les positions américaines sur le colonialisme.

L’organisation des « sommets » interalliés réunissant les différents dirigeants et leurs principaux adjoints est également évoqué : celui de Casablanca, les conférences du Caire et surtout la conférence de Téhéran. La capitale iranienne accueille en effet Churchill, le président américain Roosevelt et le dirigeant de l’URSS Staline. C’est la première fois que les chefs d’Etat soviétique et américain se rencontrent.

Christian Destremau consacre un dernier chapitre à la rencontre entre le monarque saoudien Abd al-Aziz ibn Saoud et le président américain à bord du croiseur américain USS Quincy en février 1945. Il éclaire sur les positions saoudiennes face à la guerre ainsi que sur les relations diplomatiques entre les deux pays, établies en 1939. Au cours des rencontres, Ibn Saoud fait part de son hostilité envers le sionisme et cherche des assurances auprès du président américain ; la question du pétrole est également largement évoquée. Une puissante alliance se met alors en place entre les deux pays. Quelques jours plus tard, le roi rencontre également le Premier ministre britannique.

Christian Destremau décortique ainsi minutieusement un conflit dans lequel les Arabes sont restés prudents. Il redonne alors, dans un récit fluide et ponctué de savoureux détails, l’importance stratégique qui revient à cette région.

Christian Destremau, Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Perrin, 2011.

Publié le 12/03/2012


Lisa Romeo est titulaire d’un Master 2 de l’université Paris IV-Sorbonne. Elle travaille sur la politique arabe française en 1956 vue par les pays arabes. Elle a vécu aux Emirats Arabes Unis.


 


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