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Bahreïn sous le règne de Salman bin Hamad al-Khalifa (1942-1961)

Par Ainhoa Tapia
Publié le 29/08/2012 • modifié le 27/02/2018 • Durée de lecture : 4 minutes

1942-1952 : augmenter les revenus pétroliers en vue de moderniser le pays

Une des premières décisions de Salman bin Hamad est de rendre visite à l’ancien conseiller britannique de son père, Charles Belgrave, en poste à Bahreïn depuis 1926, pour lui assurer qu’il honorera tous les accords signés par son père. En effet, sous le règne de Hamad bin Isa, l’aide britannique fut la bienvenue pour commencer à moderniser le pays, en particulier en 1932, moment de la découverte de champs pétrolifères majeurs dans le sous-sol de l’île. En effet, souhaitant poursuivre et améliorer la politique de modernisation du pays menée par son père, il lui est d’autant plus essentiel de conserver de bonnes relations avec les Britanniques. Quant à ceux-ci, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, conserver de bonnes relations avec un des pays les plus riches en pétrole est une question de survie : les pénuries de 1917 lors de la Première Guerre mondiale avaient failli leur coûter la victoire finale. Les Britanniques sont de ce fait moins exigeants avec le gouvernement bahreïni.

Sur les conseils de Belgrave, Salman bin Hamad entame une politique de rigueur budgétaire, refusant désormais de financer le mode de vie dispendieux de certains membres de la famille royale qui usaient du trésor national pour leurs propres besoins. Et, pour montrer l’exemple, il dit refuser, dans sa première déclaration publique, toute démonstration coûteuse ou événement ostentatoire célébrant son accession au pouvoir, considérant que, dans une période de guerre, les ressources du pays doivent servir à l’éducation et à la santé. Néanmoins, cette politique de rigueur ne suffit pas pour investir dans ces deux domaines et il est nécessaire d’augmenter les revenus du pays en se basant sur les richesses déjà présentes : les champs pétrolifères. En 1942 cependant, les Britanniques et les Américains envisagent de reboucher les puits de pétrole du Golfe et en particulier les puits saoudiens et bahreïnis, afin que ces ressources ne tombent pas aux mains des Allemands. En avril 1942, à la suite d’une réunion entre militaires et dirigeants des compagnies pétrolières du Golfe, il est décidé de priver le pays des revenus du pétrole, « pour le bien de Bahreïn ». Cette décision a pour conséquence de déclencher la méfiance de Salman à l’encontre des Britanniques. Il comprend alors que les Britanniques considèrent les besoins bahreïnis comme secondaires et que, pour réussir la modernisation du pays, il devra s’opposer à eux sur la question des revenus pétroliers. Il s’y emploie une fois la guerre terminée.

Entre 1945 et 1948, le prix du brut double mais pas les revenus bahreïnis. En effet, selon un accord signé en 1934, les Bahreïnis ne reçoivent pas de revenus lors de l’exportation du pétrole par les compagnies britanniques. Cet accord est contesté par Salman bin Hamad dès 1948. Il souhaite une augmentation des revenus bahreïnis mais sa demande est refusée par Londres, cela aurait également nécessité de modifier la situation en Iran où l’Anglo-Iranian Oil Company garde la quasi-totalité des profits. Dans le contexte de la nationalisation de l’Anglo-Iranian Oil Company par le Dr Mossadegh en Iran en mars 1951, il obtint le 22 février 1952 un nouvel accord écrit qui augmente les revenus bahreïnis et qui, en cas de signature d’un nouvel accord pétrolier plus avantageux entre les Britanniques et tout autre pays du Golfe, transfère ces mêmes avantages au Bahreïn.

1952-1961 : la modernisation au détriment des avancées politiques

Dans le même temps, Salman bin Hamad comprend que la mise en place de l’Etat-providence nécessite une autre aide, outre celle des Britanniques. C’est ainsi qu’il se rapproche des Américains en mettant le seul hôpital du pays ouvert en 1942 à disposition des soldats américains blessés. Il profite également du savoir-faire des médecins et infirmières américains pour améliorer la pratique de la médecine dans son pays. Puis, tout au long de son règne, il garde d’excellentes relations avec Washington ainsi qu’avec les compagnies pétrolières américaines.

Les relations se poursuivent parallèlement avec les Britanniques. En effet, en octobre 1953, est formé à Bahreïn le Haut Comité Exécutif (HCE), représentant les volontés du peuple bahreïni. Ses dirigeants demandent au cheik de mettre fin à la présence du nouveau conseiller britannique ayant remplacé Charles Belgrave en juillet, mais Salman bin Hamad ne donne pas suite à leur demande. Commence alors une série de grèves et de manifestations pilotées par le HCE, qui se transforme en 1954 en Comité d’Union Nationale (CUN). Le cheik ne réagit cependant pas, préférant laisser les Britanniques gérer la situation, qui répriment et exilent les membres du CUN. En 1956, certains d’entre eux rentrent d’exil. Dans le même temps, des émeutes éclatent pour protester contre l’opération israélo-franco-anglaise sur le canal de Suez récemment nationalisé par Nasser. Les manifestants sont alors plus virulents qu’en 1953, et exigent l’abdication de Salman bin Hamad. Il décide alors de soutenir les Britanniques pour mettre fin aux émeutes. Il s’occupe ensuite d’un autre conflit : le statut du territoire de Zubara en Arabie saoudite, terre d’origine de la famille al-Khalifa sur laquelle les dirigeants bahreïnis avaient toujours eu des ambitions. Il s’entend ainsi en 1958 avec le roi Saoud IV pour laisser le territoire à l’Arabie saoudite en échange d’un pourcentage des revenus du pétrole récemment découvert dans le sous-sol. Ces nouveaux revenus lui permettent alors de poursuivre la construction des hôpitaux et des écoles, tant pour garçons que pour filles, ainsi que de former du personnel compétent.

En politique intérieure, il lui reste à désigner son successeur : ce sera son fils aîné Isa bin Salman, nommé en 1959 à la suite d’un problème cardiaque. Le 2 novembre 1961, Isa bin Salman remplace ainsi son père sans que les Britanniques n’interviennent ni d’autres membres de la famille royale. Il poursuit alors la ligne directrice de modernisation de son père mais est amené à considérer avec attention les revendications grandissantes d’obtention des droits politiques d’une partie du peuple, sensible aux promesses et à la politique de Nasser.

Bibliographie :
- Article « Bahreïn » de l’Encyclopedia Universalis.
- Andrew Wheatcroft, The life and times and Shaik Salman bin Hamad Al-Khalifa, Londres, 1995.

Publié le 29/08/2012


Ainhoa Tapia est étudiante en master d’histoire contemporaine à l’Ecole doctorale de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Elle s’intéresse à l’histoire des Etats du Moyen-Orient au vingtième siècle, en particulier à la création des systèmes étatiques et aux relations diplomatiques que ces Etats entretiennent entre eux.


 


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