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Résumé
Ce 28 février 2026, Israël et les Etats-Unis ont pris l’initiative de frapper l’Iran à la fois pour abattre son appareil militaire, en particulier son stock de missiles ainsi que ses lanceurs sans oublier le programme nucléaire iranien. En revendiquant le 17 mars la liquidation d’Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de la Sécurité nationale, Israël confirme sa stratégie de décapitation du pouvoir iranien pour un changement de régime. Mais un objectif majeur en a bouleversé l’urgence : la possibilité d’éliminer le Guide Suprême et de décapiter son entourage. Au prix d’une longue préparation menée dans le secret absolu, une série de frappes conjointes a réussi à couper la tête du pouvoir iranien tout en portant des coups redoutables à son appareil militaire. A travers des déclarations contradictoires de Trump, de son entourage, un doute est apparu sur qui a pris la décision d’agir, dans quelles conditions, et pour quelles raisons. Au terme d’un examen attentif, il apparaît plausible de considérer que, certes, Trump s’est lancé dans d’importants préparatifs en coordination avec les services israéliens, mais qu’il n’avait pas abandonné l’espoir de conclure un accord partiel avec Téhéran. Bien que des progrès aient été accomplis dans ces négociations, et que l’Iran ait consenti à des concessions, elles se sont enlisées sur des points de blocage (dont l’exigence américaine inspirée par Israël du zéro enrichissement et le refus iranien de négocier sur les missiles balistiques considérés par Téhéran comme une assurance-vie).
Cet enlisement a créé un terrain favorable pour permettre à Netanyahu de persuader Trump de lancer des frappes. Percevant l’indécision de ce dernier, le Premier ministre israélien a mis Trump devant le fait accompli en lui notifiant qu’il attaquera de toute façon. Une imprudente réunion des dirigeants iraniens lui en a donné l’occasion inespérée : Trump n’avait pas d’autre choix que de s’y joindre. Ali Khamenei mort, l’effondrement du régime n’a pas eu lieu. Les Gardiens de la Révolution ont « organisé » la désignation de Mojtaba Khamenei, son fils (médiocre religieux mais redoutablement influent car exerçant une position clé dans le Bureau du Guide, organe de contrôle du pouvoir). Mojtaba, par sa relation intime avec les Gardiens de la Révolution, en particulier l’ancien chef des services de renseignement, Hossein Taeb, était le candidat destiné à succéder à son père. Ainsi, les Gardiens ont parfait leur emprise sur le pays sous l’apparence de la continuité dynastique. C’est un message clair de stabilité du régime malgré la crise. Un défi pour Trump déçu de ne pas pouvoir répéter l’expérience vénézuélienne.
Israël et l’Iran se sont lancés dans une surenchère de frappes conjointement avec Washington. Cette séquence présente une évolution particulièrement déstabilisante pour la région. Alors que Washington poursuit la destruction de l’appareil militaire iranien, Netanyahu amplifie les siennes vers des objectifs civils : infrastructures, en particulier. Il veut faire chuter le régime, contrairement à Trump. Il se produit un basculement du côté iranien. Abandonnant la ligne de baisse des tensions avec ses voisins, initiée par l’accord saoudo- iranien de mars 2023, Téhéran a lancé une campagne de frappes sur les bases américaines des pays du Golfe (mettant en œuvre des menaces déjà proférées) et surtout a procédé à des tirs de missiles et de drones sur les installations pétrolières et d’autres objectifs économiques des monarchies du Golfe. Bien plus, les Gardiens de la Révolution ont prononcé l’interdiction de navigation des navires dans le détroit d’Ormuz. Le but revendiqué est de créer une panique chez ces pays pour les obliger à faire pression sur Israël et Washington afin d’obtenir un arrêt de leurs frappes. Les Gardiens de la Révolution ont interdit tout trafic maritime dans le détroit, il est à présent presque nul. La réouverture du détroit par des navires de guerre est envisagée mais s’avère complexe et risquée au vu des risques posés par les petites unités iraniennes et peut-être les mines. Pékin par faveur peut faire circuler quelques tankers. Le cours du baril explose, les marchés s’inquiètent, la suite est imprévisible.
Cette régionalisation du conflit par Téhéran a un côté suicidaire car on n’en voit pas l’issue. En plus, l’Iran a commis une erreur stratégique en anéantissant sa seule carte diplomatique, la détente avec le royaume saoudien et ses voisins. La cassure est gravissime même si on peut penser que les protagonistes ne retourneront pas à la posture d’hostilité permanente. En tout cas l’Iran a perdu quelque chose de difficilement réparable : la confiance. Au plan intérieur, ces développements ne facilitent pas le sort d’une population éprouvée. L’œil fixé sur les sondages, le prix du baril, les cours de bourse, et son compte en banque, le locataire de la Maison-Blanche n’en a cure. Poutine et Xi comptent les points, l’Europe essaie d’exister politiquement, Zelensky essaie de se faire de nouveaux appuis au Moyen-Orient auprès des monarchies inquiètes et séduites par le savoir-faire ukrainien en matière de drones.
Ce 28 février 2026, Israël a pris l’initiative [1] de frappes ‘préventives’ contre l’Iran auxquelles Washington s’est associé (tout en revendiquant la paternité et les mérites de cette offensive). Trump aurait sans doute préféré un deal mais s’est déclaré déçu (« unhappy » [2]) par les négociations. Tout en menaçant l’Iran de frappes prochaines redoutables, il a jusqu’au dernier moment laissé la porte ouverte à la diplomatie. On pouvait donc s’interroger sur l’opportunité de ces frappes alors que les diplomates faisaient état de progrès dans les négociations. Immédiatement, Téhéran a riposté en frappant non seulement des cibles israéliennes, mais également des bases américaines ainsi que des sites civils dans des monarchies du Golfe. Au premier abord, le déclenchement inopiné de cette phase d’affrontements [3] nous a interrogés car contredisait ce que l’on comprenait de l’option choisie par le locataire de la Maison- Blanche, à savoir obtenir un compromis en exerçant de lourdes menaces et pressions, fidèle à sa doctrine connue. Nous gardions le souvenir d’une réticence à engager un affrontement armé de longue durée dans une zone qui ne ferait pas partie de son « Hémisphère ». Le Moyen-Orient n’est pas la priorité absolue inscrite dans la National Security Strategy. Nous avons donc dans un premier temps examiné les mobiles plausibles de cette intervention, évaluation qui ne nous a pas permis d’en tirer une conclusion convaincante en raison d’un nœud de contradictions insoluble. Une dimension essentielle nous échappait.
Ce n’est que dans un second temps qu’une partie du voile s’est déchiré, qui appelle un regard nouveau sur ses conséquences tant pour les belligérants que pour le rapport de forces régional qui s’en trouvera bouleversé. En effet, le chaos ainsi généré anéantit le début de recomposition régionale née à l’issue de l’accord saoudo-iranien du 10 mars 2023. Une nouvelle ère s’ouvre, car les chocs en cours produiront inévitablement des effets non seulement au-delà du Moyen-Orient, mais aussi à plus long terme à l’image des répliques séismiques. A un moment donné, nombre de pays devront réviser leur doctrine de défense, le cas échéant nucléaire. Outre la nécessaire adaptation des économies affectées (notamment au niveau des supply chains), une certaine redistribution des cartes stratégiques pourrait apparaître dans plusieurs zones au vu de l’impact de ces épisodes sur la sécurité de ces dernières.
Faute d’éléments précis, nous avons été initialement réduits à formuler des hypothèses, et contraints à la plus grande prudence. La soudaineté de la décision du président américain a surpris bien qu’il ait été à plusieurs reprises explicite quant à ses menaces. Le déploiement de deux imposantes armadas et d’autres moyens associés provenant d’autres sites ne pouvait en effet passer pour du bluff car un retrait sans résultat visible produirait le pire effet dans la perspective des midterms de novembre prochain. Néanmoins des arguments solides et bien connus permettaient de penser que Trump ne se lancerait pas dans pareille aventure. Celle-ci est à haut risques. Au premier chef, n’oublions pas que l’électorat américain n’est pas favorable aux interventions militaires extérieures. Pour lui, la satisfaction de ses besoins économiques est prioritaire. Il n’est pas enthousiaste à risquer la vie des boys à l’étranger. Or, notons tout de suite que Trump a essayé de prévenir cette réticence en annonçant qu’il est possible que cette offensive cause des pertes chez le personnel militaire américain. Ce qui signifie donc la perspective d’affrontements prolongés (donc incertains) à la différence non seulement des frappes précédentes, mais aussi de l’épisode vénézuélien toutefois marqué par la présence de troupes au sol. Ceci s’éloigne de la tactique américaine classique ‘ Hit and run’ (on frappe et on se retire vite).
Dès son ouverture, cette nouvelle phase conflictuelle, que ce soit par l’importance des moyens déployés par l’Amérique, les objectifs annoncés par Trump (sur lesquels nous reviendrons plus loin), et surtout (un vrai tournant) l’élargissement des cibles de la riposte iranienne (plusieurs monarchies du Golfe), montre qu’il ne s’agit pas d’un épisode d’attaques et ripostes graduées, limitées notamment dans le temps, codifiées, mais d’un champ d’affrontements d’échelle au moins régionale. Un changement de paradigme. Ce changement de paradigme avait été rendu public par Téhéran qui avait prévenu qu’en cas d’attaque, la riposte serait régionale [4]. C’était un tournant. Il a sans doute été négligé car contredisait la volonté iranienne de diminuer la tension avec ses voisins. En frappant des cibles situées dans les monarchies du Golfe (Bahreïn, Emirats arabes unis, Qatar et, étonnamment, Arabie saoudite [5]) Téhéran affiche que les règles du ‘jeu’ ont changé. Ceci présente des conséquences stratégiques potentiellement très significatives que nous évoquerons infra. Toujours est-il que nous ne sommes pas en présence d’une séquence « à un coup » mais devant un affrontement qui risque fort de ne pas être bref, donc entraînera des victimes et coûts. Surtout, ceux qui l’ont lancé en ont-ils la maîtrise ? Ceci dépend des objectifs, dont nous allons parler, mais aussi des perceptions réciproques.
Il n’est pas certain que ceci enchante l’Amérique profonde tout comme l’aile fanatiquement MAGA du Parti Républicain [6]. Nous avons le sentiment que Trump a opéré une volte-face. Certes, l’homme aime créer la surprise façon ‘bloody nose’ (le méchant coup qui éclate le nez) mais l’explication est trop courte. L’entourage du locataire de la Maison-Blanche nous a semblé divisé : d’un côté Steve Witkoff et Jared Kushner paraissaient tentés de poursuivre la négociation, quitte à accepter un deal partiel. De l’autre Rubio, qui pourrait avoir une ligne plus dure. Mais d’autres voix (notamment de puissants relais d’Israël) ont lourdement pesé sur le locataire de la Maison-Blanche pour le convaincre d’agir maintenant pour ‘tuer la menace’. En particulier le puissant sénateur Lindsay Graham, de retour d’Israël, a adjuré [7] ce dernier de ne pas écouter ceux qui plaident pour la retenue.
Ceci nous renforce dans la conviction qu’une partie de la réponse est du côté d’Israël : il est permis de penser que Netanyahu ne voulait à aucun prix d’un accord partiel sur le nucléaire avec l’Iran et qu’il redoutait l’imminence d’un tel deal. Il avait prévenu que si Washington concluait un accord avec l’Iran qui ne soit pas une capitulation, c’est-à-dire la satisfaction de toutes les exigences israéliennes, dont le zéro enrichissement, l’épuisement drastique du stock de missiles balistiques, Israël déclencherait unilatéralement des frappes sur l’Iran [8]. Et bien entendu s’ajoute à cela l’espoir non dissimulé d’un changement de régime à Téhéran (d’où l’appui lourdement visible au prince Pahlavi). Il ne faut surtout pas négliger le fait que, de son côté, le Premier ministre israélien est obligé d’adopter une posture maximaliste (que ce soit pour éradiquer la présence palestinienne tout comme ‘finir le travail’ en Iran) par les extrémistes de sa coalition qui le menacent de faire exploser celle-ci, ce qui entraînerait l’incarcération de Netanyahu et de sa femme pour faits de corruption [9]. Ceci explique les démarches appuyées de Trump dans son discours à la Knesset, puis dans une lettre au président israélien Herzog pour convaincre ce dernier de faire amnistier ‘Bibi’. Or, Herzog a déclaré que cette amnistie ne va pas de soi et qu’Israël doit respecter ses propres lois [10]. Les extrémistes de la coalition en ont sans doute profité pour accentuer leur chantage. L’annonce de progrès vers un accord a probablement décidé Netanyahu de lancer ces frappes et Trump n’avait aucun autre choix que de s’y joindre.
Pour sa part, Trump a voulu se justifier dans une déclaration de 8 minutes diffusée sur son support Truth Social où il révèle que des frappes viennent d’être lancées par les Etats-Unis et Israël sur l’Iran [11]. Il avance plusieurs motifs dans un plaidoyer dramatisé. Le premier serait d’éliminer des ‘menaces imminentes’ mettant « directement en danger les Etats-Unis, nos troupes, nos bases à l’étranger et nos alliés à travers le monde ». Il s’agit d’un renversement audacieux des responsabilités. En effet, si Téhéran a menacé de dommages terrifiants l’Amérique, ses bases, ses alliés, il s’agirait d’une riposte violente en cas de frappe ou d’agression de la part de Washington. Il poursuit par ce qu’il présente comme le bilan accablant des morts et dommages que l’Iran aurait infligés aux Etats-Unis. Il débute par la prise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, qualifiée d’« élément structurant des relations entre la République islamique et les Etats-Unis depuis 47 ans ». Trump en fait pointe du doigt une humiliation définitive de l’Amérique, jamais purgée, qu’il entend laver. Il énumère ensuite l’attentat de 1983 contre une caserne des Marines à Beyrouth, puis prétend que ‘ les forces iraniennes ont tué et mutilé des centaines de militaires américains en Irak’, et que les proxys de Téhéran ont multiplié les attaques contre les forces américaines au Moyen-Orient. De l’attaque du Hamas « mandataire de l’Iran », il retient 46 américains ont été massacrés parmi ‘les plus de 1000 innocents’ sans oublier les 12 otages américains.
Puis, dans un parfait désordre, il liste ce qu’il présente comme ses objectifs prioritaires tout en accusant l’Iran d’être « le premier Etat au monde à soutenir le terrorisme » (étrange affirmation) et en lui reprochant d’avoir « récemment tué des dizaines de milliers de ses propres citoyens dans la rue alors qu’ils manifestaient » (en l’espèce, des pertes massives sont en effet avérées). Le premier objectif affiché est clair, une constante dans les exigences américaines : « Je le répète : ils ne pourront jamais se doter de l’arme nucléaire ». Or il revendique avoir détruit le programme nucléaire à Fordow, Natanz et Ispahan (rappelons que des doutes subsistent quant à sa destruction totale) et affirme avoir « cherché à plusieurs reprises à conclure un accord » et dénonce face à cela l’inconstance iranienne qui tantôt voulait y parvenir tantôt s’y refusait. C’est une relecture de l’Histoire par quelqu’un qui a unilatéralement quitté le 8 mai 2018 le JCPOA en dépit de la conformité de l’Iran à ce dernier, attestée par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) dans ses rapports, y compris pendant 12 mois après la rupture illicite de Trump. Il prétend que finalement l’Iran a refusé l’accord, a ‘rejeté toutes les occasions de renoncer à leurs ambitions nucléaires’. Vient alors le double grief qui justifie les frappes américaines : « Ils ont tenté de reconstruire leur programme nucléaire et de continuer à développer des missiles à longue portée qui peuvent désormais menacer nos très bons amis et alliés en Europe, nos troupes stationnées à l’étranger, et qui pourraient bientôt atteindre le territoire américain ». Des activités ont, certes, été observées sur un site à Ispahan, selon un rapport non publié de l’AIEA qui presse l’Iran de l’autoriser à procéder à des inspections [12] mais à ce stade, il est impossible d’en tirer une quelconque conclusion. Par ailleurs, Téhéran a non seulement réaffirmé ne pas vouloir se doter d’une bombe et veut donner des assurances en ce sens, mais a repris à Genève des discussions avec l’Agence. S’agissant des missiles, Trump affirme : « Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles ». En fait, au-delà du stock de missiles, la priorité pour Israël (reprise par Trump) est non seulement de détruire ces derniers mais aussi et surtout les lanceurs de missiles indispensables à la défense iranienne. Or il ne faut pas oublier que les missiles balistiques sont présentés par Israël comme la plus grave menace pour sa sécurité. Netanyahu a tenté de persuader Trump d’exiger dans tout accord avec l’Iran une réduction drastique de sa quantité et de sa portée [13]. In fine, Trump prévient : « Nous allons anéantir leur marine ». Ce détail n’est pas anodin. En effet, les deux impressionnantes armadas américaines sont vulnérables. Certes, elles sont dotées d’un armement ultra moderne, elles sont protégées par une aviation de pointe, et sans doute par un sous-marin, il reste qu’elle est exposée non seulement à des tirs de missiles, des attaques de drones et de torpilles, mais aussi à des petites unités rapides et des sous-marins de poche [14]. Les grosses unités de la marine iranienne sont hors d’âge et très fragiles (un certain nombre d’entre elles ont été coulées sans difficulté [15]) mais les moyens précités difficiles à éliminer en totalité peuvent être très dangereux.
On aura compris que les hypothèses que nous venons de discuter n’épuisent pas les interrogations sur cette brusque décision. Aussi, dans la dernière partie de sa déclaration, Trump avance un autre mobile qui donne à cette action un jour radicalement nouveau, lourd de conséquences. Accent de sincérité ? Ce n’est pas son genre, mais plutôt la nécessité d’assumer une option prioritaire qu’il ne sera pas possible de dissimuler plus longtemps. Ainsi, après avoir invité les Gardiens de la Révolution, les forces armées, et la police à déposer les armes, Trump annonce : « Enfin, au grand peuple fier d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche. » Il ajoute qu’après les bombardements à venir, « lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il sera à vous ». Il proclame que « les Etats-Unis vous soutiennent avec une puissance écrasante et une force dévastatrice ». Il ajoute : « le moment est venu de prendre le contrôle de votre destin et de libérer l’avenir prospère et glorieux qui est à votre portée. C’est le moment d’agir. Ne le laissez pas tomber ». Cette déclaration est un tournant, car Trump revendique pleinement que l’objectif de l’opération militaire est la chute du régime. Ce point est clair, car ceci va bien au-delà de la lutte contre les menaces nucléaires ou balistiques. C’est un objectif d’une autre nature [16]. Ce changement de champ reflète un alignement sur un objectif prioritaire de Netanyahu qui ambitionne, et maintenant priorise sous la pression de ses ministres extrémistes un changement de régime. Ce tournant, cet alignement, posent question. Pourquoi cet alignement ? Il nous semble que, comme nous l’avons indiqué plus haut, Netanyahu aurait menacé de déclencher unilatéralement des frappes contre l’Iran, entraînant obligatoirement l’engagement américain [17]. Washington n’a pas eu d’autre choix que de se coordonner avec Benyamin Netanyahu.
La volonté d’un changement de régime par la voie militaire est une constante chez ce dernier [18]. Rappelons qu’en juin 2025, comme l’ont montré les judicieuses observations des experts du Grand Continent, le Premier ministre israélien avait mis Washington devant le fait accompli. De plus, il avait non seulement justifié son initiative par l’élimination de la menace nucléaire de Téhéran mais il avait invité le peuple iranien à se soulever pour sa « libération » (un vocable qui rappelle le vocabulaire trumpien ‘Liberation Day’) [19]. Dans le cadre de la nouvelle campagne contre l’Iran, un scénario voisin a fait surface peu avant le déclenchement des frappes : dans l’entourage de Trump, des conseillers auraient poussé Israël à intervenir en premier pour éviter que l’Amérique apparaisse comme à l’initiative de l’opération militaire mais soit obligée de venir au secours de l’Etat hébreu qui subirait d’inévitables ripostes iraniennes. En outre, des analystes ont souligné qu’une intervention militaire américaine est loin d’être sans risques [20]. L’option de changement de régime retenue par le locataire de la Maison-Blanche repose-t-elle sur une évaluation stratégique rigoureuse quant à ses chances d’aboutir et ses conséquences ? C’est la question centrale qui se pose à présent. En tout cas, le fait que la première vague d’attaques se caractérise par une décapitation de hauts responsables iraniens [21] confirme parfaitement cet objectif [22].
Un article très documenté du New York Times, complété par des analyses de Reuters et du media israélien i24 News, apporte d’importantes précisions sur la prise de décision des frappes israéliennes et américaines [23]. Il apparaît selon le New York Times que la CIA surveillait le Guide Suprême Iranien depuis plusieurs mois et a progressivement affiné sa traque. L’Agence américaine a travaillé en étroite collaboration pour parvenir à localiser Khamenei, et, selon le Wall Street Journal, aurait utilisé un système d’intelligence artificielle Claude produit par la société Anthropic. Selon le media israélien i24 News, ce logiciel serait employé par différents états-majors dans le monde, y compris le Commandement Central américain pour le Moyen-Orient (Centcom) « pour le recueil de renseignements, l’identification de cibles, et les simulations de scénarios de batailles ». Or, il se trouve que la CIA a appris qu’une réunion de hauts responsables iraniens (dont Ali Shamkhani, Mohammad Pakpour) se tiendrait en présence du Guide Suprême en plein centre de Téhéran, « avenue Pasteur, siège à la fois de la résidence du Guide et des bureaux du Conseil national de sécurité, où se tenait une réunion prévue de longue date en plein jour et en surface, sans grande précaution » [24]. Selon Reuters, Khamenei a rencontré dans un lieu sûr Shamkhani et Ali Larijani (qui dirige le Conseil Suprême de la Sécurité Nationale) peu avant les frappes. Ce dernier n’a pas été tué dans celles-ci. Or, dès que les services de renseignements israéliens acquirent la certitude du lieu et de l’heure finale de cette réunion, la décision de frapper Khamenei immédiatement fut prise, et le dispositif naval et aérien fut mis en action car il fallait éviter qu’il ne prenne la fuite. Il y a eu un partage des tâches entre services américains et israéliens. Selon le New York Times, les premiers ont fourni des éléments décisifs aux seconds ce qui a permis à Israël de compléter ses propres renseignements, et « d’exécuter une opération planifiée depuis des mois : l’assassinat ciblé des principaux dirigeants iraniens ». Selon Axios, Israël s’est chargé de l’élimination des dirigeants tandis que Washington frappait les sites de missiles balistiques et leurs lanceurs.
En clair, Israéliens et services américains ont présenté à Trump une fenêtre d’opportunité exceptionnelle, inédite, avec un niveau très élevé de confiance, une occasion qui risquait très probablement de ne pas se représenter. Ceci explique largement pourquoi le président américain, malgré les négociations en vue, a promptement donné son feu vert sans, peut-être, avoir pris le temps de peser minutieusement, au-delà de l’espoir de porter un coup fatal au régime, les conséquences de cette action. Quitte à anéantir les perspectives de négociations et à provoquer un chaos non seulement en Iran mais dans la région. Pour reprendre une expression connue, le locataire de la Maison-Blanche a-t-il évalué des scénarios pour le ‘jour d’après’ ? Son ‘ dogme’ « La paix par la force » est-il sa seule boussole ? La question reste posée. Toujours est-il qu’il rejoint complètement Netanyahu qui ne manque pas d’en tirer gloire pour sa survie politique ; il espère que ce ‘succès’ à très court terme dont il n’a pas tardé à se vanter permettra de redorer son crédit en Amérique en vue des midterms avec un titre de gloire permettant d’oublier provisoirement ses compromissions dans le très embarrassant dossier Epstein [25] et un bilan économique mitigé. Une question plus troublante ne peut être évitée. Pourquoi le Guide, se sachant étroitement surveillé et menacé de mort, a-t-il pris le risque de quitter son abri ultra protégé hors de Téhéran pour se joindre à plusieurs hauts responsables dans ce centre (‘compound’) dont la localisation et l’usage étaient largement connus ? Ce conciliabule n’avait guère chance de passer inaperçu.
Trump et son administration ont été peu à peu contraints de communiquer de plus amples détails sur cette opération et ses objectifs qui demeurent confus. Celle-ci a semé, notamment au Congrès (surtout chez les Démocrates), sidération et inquiétude [26], d’autant que le locataire de la Maison-Blanche pourrait se voir reprocher d’avoir outrepassé ses prérogatives (écueil qui ne risque guère de l’embarrasser). Ainsi, plusieurs contributions vont fournir aux observateurs perplexes devant les contradictions du discours de Trump [27] des éléments de clarification bienvenus. Certains confirment l’une des hypothèses quant au rôle principal d’Israël dans cette crise, d’autres laissent apparaître des inflexions importantes dans les objectifs poursuivis par Trump, de nature à modifier les scénarios sur la poursuite des opérations militaires. Le 2 mars (2026) le New York Times publie une enquête très détaillée et multisourcée qui rétablit les responsabilités respectives dans le déclenchement des frappes [28]. Parmi les points élucidés, cette analyse décrit les démarches pressantes de Netanyahu pendant plusieurs mois pour pousser le président américain à frapper l’Iran. Au passage Trump est cité pour son souhait d’un changement de régime en Iran. Malgré les réserves de certains, il apparaît qu’il s’est laissé convaincre par le Premier ministre israélien et a accéléré les préparatifs de frappes après avoir laissé un délai supplémentaire à celui-ci pour reconstituer ses stocks de missiles. Ce dernier avait plaidé pour l’autorisation de lancer des frappes, « il a obtenu quelque chose d’encore plus favorable : un partenaire complet pour abattre la direction Iranienne ».
Finalement, c’est Marco Rubio, le Secrétaire d’Etat, qui apporte l’éclairage décisif. Dans un point de presse du 2 mars, il révèle que son administration savait qu’Israël allait attaquer. Dès lors, il lui apparaissait inévitable que l’Iran riposterait illico contre les forces américaines, et que si les Etats-Unis ne lançaient pas une action « préventive », il y aurait plus de pertes à subir et que dès lors on lui demanderait pourquoi ne pas être intervenu alors que cette initiative était connue [29]. C’est donc l’aveu que Netanyahu plaçait son allié et protecteur devant le fait accompli. Rubio le confirme en répondant à un journaliste : « Il y avait absolument une menace imminente » de riposte iranienne dévastatrice dès que l’Iran subirait une attaque, d’où la nécessité absolue de lancer une action. Il ne peut cacher son embarras quand un journaliste lui demande si les Etats-Unis ont été contraints de frapper du fait d’une action imminente d’Israël. Il évite de répondre directement en prétendant que peu importe le responsable. Il apporte une seconde précision intéressante quant aux objectifs des frappes. Pour lui, il s’agit d’anéantir la menace que font peser les missiles balistiques et la marine iranienne sans oublier de veiller à ce qu’il n’y ait pas de programme nucléaire caché. S’agissant d’un changement de régime, Rubio se borne à indiquer qu’il serait ravi que l’Iran ne soit pas régi par des religieux. Il précise que les Etats-Unis seraient disposés à aider les Iraniens en ce sens, « mais ce n’est pas notre objectif ». Il martèle : « L’objectif de cette mission est la destruction de leur potentiel de missiles balistiques ». Il va jusqu’à prévenir : « La ligne de base est peu importe qui gouverne ce pays d’ici un an, « ce qui importe, c’est qu’il n’y ait plus de missile balistique ni de drone ».
Cette déclaration est lourde de sens à plusieurs égards : outre l’aveu qu’Israël a obligé Washington à intervenir, il y a un agenda différent entre les deux alliés : Netanyahu veut la chute du pouvoir iranien, l’administration y est indifférente pour peu que missiles balistiques et drones soient anéantis et que le programme nucléaire iranien soit bloqué. Cette différence d’agenda peut avoir des conséquences pour la suite. En effet, si Trump partage ce point de vue, c’est-à-dire l’abandon d’une recherche active d’un changement de régime, ceci constitue un revirement lourd de sens pour la population iranienne qui lutte pour la chute du pouvoir actuel. En ce cas se profilerait un scénario à la vénézuélienne qui ruinerait leurs espoirs de démocratie. Les déclarations du secrétaire d’Etat sont embarrassantes car contredisent les ambitions présidentielles en ce sens. D’une façon un peu plus ambiguë, Peter Hegseth, chef du Pentagone, affirme : « Ce n’est pas une soi-disant guerre de changement de régime, mais assurément le régime a changé, et le monde s’en porte mieux » [30]. Comme Rubio, il répète que la priorité est de détruire les missiles et leurs sites de production, la marine, d’autres infrastructures liées à leur sécurité et de faire en sorte que l’Iran n’aura jamais la bombe atomique. Quant à la population, il espère qu’elle profitera de cette « incroyable opportunité ». Il ajoute que les exercices de construction d’un pays ou de la démocratie n’intéressent pas les Etats-Unis… Le mot d’ordre trumpien : « la paix par la force ».
Ces propos dissonants illustrent un trait connu de la présidence américaine : pas de vision stratégique sérieuse quant aux conséquences des actions, alternance de perméabilité et de fermeture à des influences contradictoires, court-termisme avéré. Il n’est pas étonnant que Trump se soit senti inconfortable devant ces positions différentes, au fur et à mesure qu’il réalise qu’il ne maîtrise pas le déroulement de cette crise. Les pertes humaines dans les forces armées, pour modiques qu’elles soient, deviendront un handicap au vu des objectifs de plus en plus confus. La déclaration de Rubio a visiblement embarrassé Trump dont elle contredit les affirmations. De plus, elle est humiliante pour un président connu pour imposer ses choix à autrui et non l’inverse. Ceci va produire un mauvais effet au Congrès et aussi au sein de sa base électorale. De surcroît, elle atteste à la fois l’incohérence du locataire de la Maison-Blanche et confirme les divisions et les flottements au sein de son entourage [31]. Aussi Trump saisit la première occasion pour rétablir SA version et un peu de crédibilité. A l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier Merz en visite le 3 mars à Washington, Trump proclame : « Non, je lui ai peut-être forcé la main » mais il ajoute de façon contradictoire que les Israéliens « allaient attaquer ni nous ne le faisions pas ». En fait, Rubio n’a pas dit autre chose, à savoir que c’est bien Israël qui orientait obligatoirement la décision… L’embarras de Trump est flagrant puisqu’il revient sur le sujet : « J’ai peut-être forcé la main d’Israël, mais Israël était prêt et nous étions prêts » [32]. Assurément, c’est l’exercice le plus délicat pour les analystes au vu des multiples incertitudes qui en découlent. D’autant que l’opération n’est pas terminée. Trump s’est empressé de menacer l’Iran de représailles apocalyptiques si Téhéran se lançait dans des ripostes [33]. Or il s’avère que l’impréparation de l’administration, singulièrement le Pentagone, face à la décision de lancer les frappes a été mise en lumière par la précipitation dans laquelle il a fallu déployer en catastrophe des plans d’évacuation de personnels américains dans des bases ou locaux diplomatiques de plusieurs pays de la région [34]. Ce qui explique à la fois l’impréparation de leur protection et les premières victimes quand l’Iran a commencé à frapper ces cibles.
C’est LA question que se posent tous les analystes, les chancelleries, les états-majors, les journalistes après l’élimination de Khamenei. Il est évidemment impossible de répondre catégoriquement à cette question tant les incertitudes sont grandes. Pour autant, plusieurs indications nous permettent de penser qu’il ne s’est pas effondré mais qu’il s’emploie à gérer une survie qui pourrait emprunter des voies diverses.
La mort du Guide le 28 février ne signifie pas celle du régime en dépit du choc énorme qu’elle a suscité. Les décideurs survivants de la frappe qui l’a en partie décapité ont immédiatement mis en place le Conseil Intérimaire de Direction, dispositif prévu par l’article 411 de la Constitution [35] pour assurer la conduite de l’Etat jusqu’à la désignation d’un nouveau Guide par l’Assemblée des Experts, succession dont il supervise l’organisation. Il comprend le président Mazoud Pezechkian, le chef de la Justice Gholam-Hossein Mohseni Ejei et l’Ayatollah Alireza Arafi. Ce dernier retient l’attention. En effet, ce clerc a été désigné par le Conseil du Discernement pour siéger dans ce Conseil intérimaire et il a été en même temps nommé Guide intérimaire jusqu’à la prise de fonctions du nouveau Guide. Cette nomination n’a rien d’anodin et livre quelques messages significatifs, comme l’ont relevé des observateurs lucides [36]. Le premier est que le régime veut projeter l’image d’une normalité et d’une stabilité [37]. Mais, selon cette analyse, il faut aller plus loin : la nomination d’Arafi reflèterait une étape de plus dans la prise de contrôle du pouvoir par les pasdarans : « Ce que nous voyons ici n’est pas un simple changement dans le pouvoir mais une métamorphose dans la structure du pouvoir lui-même. Le Corps des Gardiens de la Révolution est en train d’évoluer d’un organe qui protège le régime vers un (organe) qui le construit, en se servant de religieux comme Arafi pour conférer un mince vernis de religiosité à un gouvernement de facto militaire, un Etat militaire, pour conduire une politique extérieure encore plus agressive et intransigeante ».
Nous souscrivons volontiers à ce diagnostic, car nous sommes depuis longtemps convaincu que le clergé est le maillon faible du régime, structurellement en déclin depuis longtemps, politiquement ‘mort’. Outre les démonstrations extérieures du rejet de celui-ci (comme du Guide) par la société civile, ce divorce est acté depuis les élections législatives de 2016 où il enregistra une défaite historique avec 16 élus, score sans précédent depuis la Révolution. Pire humiliation, il compta alors un élu de moins que les femmes (17). Le choc fut tel qu’une élue fut d’office démise de son siège. Mais cela n’enraya pas la chute du clergé : aux législatives suivantes (2020) une ‘main divine ‘ ajouta 15 sièges supplémentaires, ce qui lui permit de prétendre à une trentaine de députés, score qui ne trompa personne. L’effondrement est donc structurel. La nature ayant horreur du vide, les Gardiens de la Révolution accentuent leur emprise en toute occasion. L’Iran se dirige vers un système adapté du modèle pakistanais ou égyptien. Les Gardiens ne veulent pas faire disparaître un régime religieux de façade, mais comme dans ces pays un régime où « le pouvoir politique, soit clérical, soit civil, est relégué dans une position symbolique, où le véritable pouvoir est détenu par les généraux » [38]. Nous avions déjà identifié un scénario identique avec le président précédent Ebrahim Raïssi, qui faisait déjà office de candidat potentiel à cette fonction, parfait pantin entre les mains des pasdarans. Beysa Nur Er, dont nous suivons les judicieuses remarques, entrevoit que le futur régime passera d’une approche ‘panislamique’ à une posture « qui combine le nationalisme iranien à une approche plus pragmatique et agressive des enjeux de sécurité régionale ». Nous constatons que cette tendance est déjà inscrite dans les faits, comme on l’a vu dans la fin du règne de Khamenei où la coloration nationaliste a visiblement pris le pas sur le messianisme religieux. C’est une raison supplémentaire pour, selon le même expert, ne pas perdre de vue la trajectoire de Mojtaba Khamenei, fils du Guide défunt, qui a construit un réseau puissant le Habib Circle (« Halq-ye Habib ») connecté avec les appareils sécuritaires « comme Hossein Taeb [39] et Alireza Panahian ». Celui dont le nom est de longue date cité [40] comme candidat favori à la fonction suprême a occupé une place stratégique au sein du Bureau du Guide, structure majeure de contrôle du pouvoir iranien.
Cette montée en puissance des Gardiens s’est reflétée immédiatement dans les faits, se traduisant en particulier par des fissures au sommet du pouvoir [41], et un durcissement des positions de l’Iran comme nous le verrons plus loin en examinant la régionalisation de la crise (fermeture du détroit d’Ormuz, frappes iraniennes sur des installations américaines mais aussi sur des sites pétroliers et civils chez ses voisins du Golfe, refus de négocier avec Washington). Le président Pezeshkian s’était excusé auprès de ces derniers pour les frappes iraniennes, en prétendant qu’elles ne visaient pas ces pays amis mais les installations américaines. Ceci a profondément irrité les pasdarans et lui a valu de violentes critiques de la part des conservateurs durs. Bien plus, ces frappes, malgré la promesse du chef de l’Etat, n’ont pas cessé. C’est un signe clair de sa marginalisation. Notons aussi le virage de fermeté affiché par Ali Larijani, Secrétaire du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale (organe majeur qui définit la politique extérieure du pays), et qui était considéré comme un pragmatique défenseur de la diplomatie tout en étant conservateur sévère pour la scène intérieure [42]. Le 1er mars, il prononce une déclaration incendiaire, promettant une « leçon inoubliable aux diaboliques oppresseurs internationaux » et de faire regretter leur action aux « criminels sionistes et aux américains éhontés » [43]. Pareil langage n’était pas habituel chez un homme qui négociait avec les puissances régionales et que l’on disait mener des discussions indirectes avec l’Amérique. On peut se demander si ces inflexions maximalistes ne reflètent pas cette montée en puissance des durs chez les Gardiens, la perte d’influence des pragmatiques au profit des plus idéologisés. A cet égard, l’élimination de l’influent Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil de Défense, et artisan de l’accord et du rapprochement saoudo-iranien, tué en même temps que le Guide, a sans doute contribué à ce durcissement. A côté du Conseil intérimaire de direction, Ali Larijani conservera un rôle important pour la sécurité et la politique extérieure de la République islamique. Dans l’exercice de cette responsabilité, il dispose déjà d’outils pour la défense du pays en cas d’attaque massive, qui ne doivent rien à l’improvisation. En effet, le régime dispose d’une stratégie de défense ‘en mosaïque’ [44] basée sur une décentralisation de 31 centres de commandement dotés d’une large autonomie et préparés à agir seuls. Selon le New York Times, Le Guide lui avait confié la tâche de préparer les plans de survie du pays en cas d’attaques américaines et israéliennes, mais aussi face aux actions d’élimination des dirigeants du pays. Parmi les consignes que lui avait transmis Khamenei, figure une liste de 4 niveaux de remplacement pour chaque responsable militaire et gouvernemental dont la nomination dépend de son autorité. Il a pareillement enjoint à tous les responsables exerçant une autorité de désigner pareillement jusqu’à 4 niveaux de remplacement et a délégué à un cercle étroit d’hommes de confiance la responsabilité de prendre des décisions au cas où les communications seraient rompues avec lui [45]. La même source indique que Khamenei, pendant la Guerre des 12 jours, avait établi une liste de 3 candidats potentiels à sa succession, mais qu’il est probable que Larijani n’en faisait pas partie, n’étant pas un religieux chiite expérimenté. En cas de décapitation du pouvoir, il est envisagé que ce dernier (ancien président du Majlis, le Parlement iranien, sous Rohani) puisse être l’équivalent de la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez pour diriger le pays. Les noms de Mohammad Qalibaf (ancien général et actuel président de Majlis) et de l’ancien président modéré Hassan Rohani auraient également été cités comme autre alternative.
Les observateurs ont tenté d’évaluer les différentes candidatures potentielles à la succession du Guide, un exercice complexe. Plusieurs retenaient l’attention : le religieux Alireza Arafi (le Guide intérimaire), Mohammad Mahdi Mir Bagheri et Hassan Khomeini, le petit-fils du célèbre Ayatollah. Le nom de Mojtaba Khamenei est le plus souvent cité [46] avec une insistance croissante comme « candidat naturel » en raison de son poids au sein de l’appareil décisionnaire (en particulier au sein du Bureau du Guide) comme indiqué plus haut et de sa très grande proximité avec son père. Cela étant, il est loin d’être favorablement perçu [47] dans les différents séminaires de Qom où il « n’est pas considéré comme un dignitaire religieux du niveau de ceux qui ont jusqu’à présent dirigé l’Iran » [48]. Le même commentateur relève que cette lacune lui avait déjà été reprochée en 2024, et que deux ans plus tôt « une agence de presse avait annoncé son élévation au rang d’ayatollah, sans que l’information soit confirmée par le clergé chiite iranien ». Mais un propos attribué à Ali Khamenei a pu faire croire qu’il ne voulait pas que son fils lui succède, s’opposant à l’installation d’une autorité « dynastique » : la République islamique ne doit pas devenir une monarchie [49]. Or, fidèle à son ambiguïté légendaire, il avait ajouté… qu’il ne l’excluait pas. Une autre dimension importante caractérise ce clerc discret (cette discrétion s’est accentuée depuis son élection, pour des raisons de sécurité mais aussi parce qu’il aurait été blessé au début des frappes. Son état réel est inconnu) et puissant : comme l’ont révélé des enquêtes de plusieurs media internationaux (dont Bloomberg), celui-ci est à la tête d’une imposante fortune à l’abri à l’étranger grâce à des sociétés-écrans, malgré les sanctions [50].
Les réformateurs se sont inquiétés d’une désignation expéditive destinée à favoriser la désignation d’un Guide poussé par les Gardiens [51]. Le nom de l’ancien président modéré Rohani est parfois cité [52] mais il est certain que les conservateurs et les Gardiens se sont assurés de ce que sa candidature soit bloquée. Il est également apparu que ces derniers ont exercé des pressions considérables, d’une vigueur croissante, pour imposer la désignation de Mojtaba Khamenei, notamment en propageant des échos présentant sa nomination comme déjà décidée et en exploitant les déclarations de Masoud Pezeshkian s’excusant auprès des pays du Golfe pour les frappes qui les ont touchés : des propos décrits comme aveu de faiblesse [53]. L’annonce officielle du ‘gagnant ‘ a été différée, malgré l’annonce par Ahmad Alamolhoda (un membre de l’Assemblée des Experts) que celle-ci avait sélectionné le successeur du Guide. Ceci reflète à la fois des difficultés liées à l’extrême insécurité (risque d’élimination de l’élu comme des Experts par Israël qui n’a pas hésité à la bombarder [54]), mais aussi un malaise persistant chez ceux qui redoutent (à juste titre) un Guide imposé par les Gardiens. Alors que le nom du futur Guide commençait à filtrer, Abbas Araqchi, ministre des Affaires étrangères, déclare le 8 mars sur NBC qu’il y a des rumeurs et qu’il faut « attendre que l’Assemblée des Experts se réunisse et vote pour le futur Guide ». Il semble que les Gardiens aient profité de cette insécurité pour maximiser pressions et manœuvres pour assurer le résultat (y compris par les conditions de vote en ligne) qu’ils veulent imposer.
Cela étant, Israël a menacé de tuer tout successeur du Guide, quel qu’il soit [55], ce qui signifie la volonté d’instaurer un chaos durable en Iran. Il n’est pas certain que ceci corresponde à l’agenda de Trump. Ce dernier examine différents scénarios et hypothèses. Il n’a aucune solution vraiment satisfaisante en vue, ce qui reflète une absence de réelle préparation pour ‘le jour d’après’. Une tendance semble se dégager, qui risque fort de contrarier aussi bien Israël que les nombreux opposants au régime, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Il pourrait se satisfaire d’un pouvoir détenu par des survivants du régime à condition que ceux-ci acceptent les principales demandes américaines sur le dossier nucléaire, les missiles balistiques, l’action régionale de l’Iran. Il s’agirait d’un changement de comportement plus que d’un changement de régime [56].
En effet, Trump n’a pas hésité à s’immiscer dans le choix de la direction politique de l’Iran et prétend dicter ses préférences et conditions répétées au travers de plusieurs déclarations. Il y a présenté les options qui lui paraissent inacceptables et celles qui auraient sa préférence. On y perçoit des contradictions - habituelles chez le locataire de la Maison-Blanche - mais aussi une intéressante continuité. Le 5 mars, il déclare au site d’Axios [57] qu’il veut être personnellement impliqué dans la sélection du futur Guide (cette proclamation d’un genre inédit ne semble pas avoir ému outre-mesure une communauté internationale sidérée et anesthésiée). Il commence par énoncer clairement qu’il ne veut pas de Mojtaba Khamenei, qu’il a identifié comme risquant d’être désigné comme Guide : « Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un léger. Je dois être impliqué dans la désignation, comme avec Delcy (Rodriguez) au Venezuela » ; il refuse d’avoir un Guide qui continuera la même politique que son père, ce qui obligera l’Amérique de reprendre la guerre « dans cinq ans ». Il ajoute : « Le fils de Khamenei est inacceptable pour moi. Nous voulons quelqu’un qui apportera harmonie et paix en Iran ». Il est hautement significatif que le président américain vante le précédent vénézuélien, qui pourrait révéler qu’il ne favoriserait pas l’effondrement complet du régime mais une forme de capitulation par un changement de comportement, assorti de l’ouverture du pays aux entreprises américaines… Le 6 mars il menace sur Truth Social : « Pas de deal avec l’Iran sauf CAPITULATION INCONDITIONNELLE ! Après cela, et la sélection d’un GRAND & ACCEPTABLE Guide(s), nous pourrons avec nos alliés bâtir un avenir économiquement plus fort et meilleur etc : « MAKE IRAN GREAT AGAIN (MIGA !) » ».
Peu avant, le 3 mars, il indique qu’il a une idée sur cette succession : il aimerait que ce soit « quelqu’un de l’intérieur du régime » mais que « la plupart des personnes que nous avions en tête sont mortes ». Il ajoute que le groupe qui leur a succédé pourrait également l’être décédé et avoue : « Aussi, vous avez une troisième vague qui arrive. Très bientôt nous ne connaîtrons plus personne ». Les observateurs remarquent avec perplexité que « Le Président, qui avait quatre jours auparavant solennellement appelé les Iraniens à ‘ se saisir de votre gouvernement’ une fois le bombardement américain et israélien terminé, est apparu s’écarter de l’idée que la guerre présente une opportunité d’en finir avec le système théocratique » [58]. Bien plus, selon les mêmes sources, il précise que son administration ne considère pas sérieusement le prince Pahlavi comme quelqu’un pouvant prendre la direction du pays. Cet aveu est hautement significatif. D’une part il douche l’espoir d’une partie de la population iranienne qui clamait le nom de Pahlavi comme recours (au moins provisoire ou facilitateur) comme d’une partie de l’opposition iranienne extérieure (en réalité très divisée entre démocrates, partisans des Moudjahidines du Peuple de Marjam Rajavi, et partisans du prince) [59], mais aussi cette position va à l’encontre du choix de Netanyahu qui veut la disparition du régime actuel en espérant provoquer un soulèvement populaire [60] et soutient activement Pahlavi. On mesure ici qu’une fois de plus les agendas du locataire de la Maison-Blanche et du premier ministre israélien diffèrent. Ces propos ont sans doute affecté le moral des iraniens de l’intérieur qui attendent un soutien plus marqué à l’effondrement du régime.
Dans un communiqué daté du 8 mars, le secrétariat de l’Assemblée des Experts officialise [61] ce qui n’est plus une surprise : Mojtaba Khamenei a été désigné par un vote « massif » (le décompte des voix n’a pas été publié) le 3ème Guide de la République islamique. Les Gardiens de la Révolution et les dignitaires du régime (ainsi qu’ils y avaient été invités) ont promptement proclamé leur allégeance. Immédiatement, de même que le régime avait organisé d’importantes manifestations de militants pour tenter de montrer qu’il bénéficie encore d’un soutien, les media proches du pouvoir et de ses alliés ont prestement affiché les images de vastes cortèges organisés, chantant leur satisfaction et leur loyauté au nouveau Guide [62]. Malgré la répression, les réseaux sociaux ont fait état de slogans hostiles à celui-ci [63]. La déception et l’inquiétude des militants luttant pour la démocratie sont assurément profondes, l’horizon paraissant bouché. Les premières observations des réactions de la population montrent que les Iraniens sont très divisés [64] entre supporteurs du régime, se félicitant de ce qu’il affiche sa résilience face aux frappes, attaques, menaces américaines et israéliennes, et soulagés par la perspective d’une continuité par rapport à Ali Khamenei qui préserve leurs intérêts et leur épargne un saut vers l’inconnu. Les déçus voient dans ce résultat l’absence de possibilité de changement et craignent que Mojtaba soit encore plus répressif que son père. Surtout, ils s’inquiètent de la perspective de la poursuite de la guerre avec son cortège de dévastations et pertes humaines, d’existences sinistrées. Poutine a rapidement félicité le nouveau Guide et assuré celui-ci de ce que la Russie serait toujours le « partenaire fiable de l’Iran ». Sans surprise, les Houthis (dont on remarque une certaine retenue dans leurs activités sur la période récente) et le Hezbollah ont clamé leur allégeance au nouvel élu en signe d’unité.
Certains commentaires soulignent qu’en dehors de responsables des appareils sécuritaires, en particulier les Gardiens de la Révolution, Mojtaba Khamenei serait également proche de Mohammad Baqer Qalibaf ( le président du Majlis) et d’Ali Larijani. Notons que le premier ne fait pas partie des ultras contre lesquels il a été élu à la tête du Parlement et que le second, bien que conservateur (et répressif à l’intérieur) est considéré comme pragmatique (il était un des deux piliers de la majorité parlementaire du président modéré Rohani). Il a mené une intense activité diplomatique depuis sa nomination comme secrétaire du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale. Un des amis politiques de Mojtaba Khamenei, Abdolreza Davari, le décrit dans une interview au New York Times comme « extrêmement progressiste » et comme quelqu’un qui pourrait « marginaliser les ultras » [65]. On accueillera ces qualificatifs avec prudence, mais il est vrai que les personnalités citées sont pragmatiques. En tout cas, les réformateurs sont assurés de voir perdurer leur sort malheureux. Les libertés publiques continueront d’être limitées. Resté muet après son élection, ce n’est que jeudi 12 mars que l’Agence Tasnim diffuse ce qui est présenté comme son premier discours retransmis à la télévision [66].
Plus fondamentalement, si quelques constats évidents s’imposent : volonté d’assurer et d’exposer une continuité et résilience du régime, de défier les Occidentaux et Israël, d’éviter la fragmentation du pays mais de montrer une image plus que de résilience, mais d’unité, il faut aller plus loin dans le diagnostic. En effet, le fait que le nouveau Guide se soit affranchi de l’interdiction (ambiguë) prêtée à son père d’établir une dynastie, le fait que des pressions considérables aient été exercées par les Gardiens de la Révolution pour cette nomination, révèlent que cet épisode n’est pas une simple succession dans la continuité. Il s’agit de la matérialisation de l’emprise sans frein des Gardiens de la Révolution sur le pouvoir qu’ils contrôlaient déjà en partie. Ce scénario était déjà prévu avec le précédent président Ebrahim Raïssi décédé d’un accident d’hélicoptère, et visiblement candidat des Gardiens comme futur Guide. L’ambition des pasdarans est de détenir la réalité du pouvoir en se dotant d’un Guide qui soit une marionnette entre leurs mains. Mohsen Sazegara [67], ancien fondateur des Gardiens, a révélé qu’Ali Khamenei avait passé 15 ans à préparer l’accession de son fils. Il a placé des éléments sûrs au sein des Gardiens, des services des renseignements, des religieux chefs de la prière du vendredi. Selon lui, Mojtaba contrôlait le Bureau du Guide dont il était le numéro 2. Mais il estime que ce successeur est affaibli, car non seulement il n’a pas la stature de son géniteur, mais aussi car le bureau du Guide a lui aussi été endommagé, car « des figures clés qui soutenaient la structure du Guide, dont Asghar Hejazi et le Général Mohammad Shirazi, ont été tuées ». Sazegara estime que le nouveau Guide est en position inconfortable entre deux options : « S’il choisit la paix, il a un problème, et s’il ne choisit pas la paix, le pays se dirige quelque part dont l’issue n’est pas claire ». Il conclut : « Depuis la mort d’Ali Khamenei, le Corps des Gardiens de la Révolution a pris le contrôle du pouvoir de décision ». Un groupe de dignitaires : Qalibaf, l’ancien ministre de la Défense Ahmad Vahidi, Hossein Taeb soutiennent le fils Khamenei, mais c’est, selon Sazegara, une faction d’officiers des pasdarans, qui détient la véritable autorité. Si ce passage en force pour un héritage dynastique imprévu et irrégulier devrait permettre de conserver le pouvoir unitaire à court terme (vu l’appui des Gardiens et de l’ensemble de l’appareil sécuritaire et répressif), cette rupture est susceptible de créer des fractures et divisions, en particulier au sein du clergé à plus long terme [68].
La réaction du président américain était attendue. Elle n’a pas déçu. Lors d’une conférence de presse le 9 mars [69], il a assené de longues litanies sur les succès militaires [70], les démonstrations de force obtenues grâce aux armements et matériels américains, les meilleurs du monde, et aux combattants invincibles. D’après lui, les opérations ont été accomplies avec une célérité extraordinaire, les résultats obtenus en avance par rapport aux prévisions. Les forces iraniennes ont été anéanties, selon lui, quasi complètement. Il ajoute : l’essentiel de la marine a été coulé, les missiles et leurs sites de production massivement détruits tout comme les lanceurs de drones. S’agissant des sites de production d’électricité, il laisse entendre que leur destruction n’est pas à l’ordre du jour mais n’est pas écartée. S’agissant du régime iranien, il dit : « Nous ne voulons pas d’un autre président qui peut-être ne voudrait pas faire ce que nous voulons qu’il fasse ». Confusément, il ajoute que les Iraniens « devraient mettre en place un président ou la tête du pays en sorte qu’il soit capable de faire quelque chose pacifiquement pour un changement ». Comprenne qui voudra…. Interrogé sur une possible élimination du nouveau Guide, il expose son embarras : il dit qu’il ne veut pas dire une telle chose, qu’il a été déçu de ce choix qui va causer les mêmes problèmes à l’Iran. Il répète qu’il refuse de dire s’il y a ‘un contrat sur le dos ‘ du nouveau Guide et il prétend avoir lui-même fait l’objet d’une tentative d’assassinat (on voit qu’il crée une confusion avec un tir raté dont l’auteur n’avait aucun lien avec l’Iran [71]). A une question sur sa préférence pour un dirigeant, il répète qu’il favorise un choix interne (= par les Iraniens) et à propos du fils du shah, il laisse percer son peu d’enthousiasme : les Iraniens en parlent, et parlent d’autres personnes, mais a-t-il été dans le pays depuis de nombreuses années ? Il vante le succès de son opération au Vénézuéla. C’est une façon claire de faire comprendre qu’un véritable renversement du régime (qui impliquerait sans doute une intervention militaire de grande ampleur - peut-être au sol -) n’a pas sa préférence. Bien plus, quand un journaliste lui demande s’il est prêt à respecter sa promesse d’aider le peuple iranien, alors qu’il donne l’impression de vouloir en rester là une fois atteints les objectifs militaires, il répond qu’il aimerait bien les aider « s’ils se comportent (NDLR : correctement) mais ils ont été très menaçants ». Il déplace ainsi la focale vers les dirigeants en ignorant le sort de la population. En cela Trump confirme une fois de plus qu’il n’a pas le même agenda que Netanyahu [72].
Il répète ensuite que l’intervention américaine Midnight Hammer a permis d’empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique [73] car il était en train de reconstituer son programme nucléaire dans divers sites. Téhéran voulait utiliser son énorme stock de missiles balistiques qui auraient rendu impossible d’interdire la constitution d’un arsenal nucléaire ! Selon Trump, la fin des opérations qualifiées d’« excursion » « est proche », et même « très proche ». A un journaliste qui rappelle que Pete Hegseth (le patron du Pentagone) a dit que cette guerre n’en est qu’à son début, il répond par une pirouette : c’est en fait les deux.
Par ailleurs, il promet que le Détroit d’Ormuz sera en sécurité grâce à la marine américaine sur place, notamment contre les mines. Or les Iraniens ont commencé à poser des mines (en très petit nombre), dont certaines ont été détruites [74]. Mais sera-ce suffisant [75] ? Selon Trump, l’US Navy mettra un terme aux attaques contre les navires qu’elle pourrait escorter en cas de besoin [76]. Ils bénéficieront par ailleurs d’une assurance contre les risques politiques.
Nombre d’observateurs (dont l’auteur de ces lignes) ont été surpris par l’étrange décision de la République islamique de frapper ses voisins du Golfe avec lesquels elle entretenait un modus vivendi. Téhéran comme les autres monarchies avaient inscrit comme priorité la diminution de la tension régionale tant pour leur sécurité que pour le développement de leurs économies. Cette posture était devenue une variable stratégique. Elle ne supprimait pas une méfiance historique mais au nom d’un réalisme partagé et suivant une réévaluation des rapports de force (notamment les incertitudes quant au parapluie américain), cette relation s’est confortée. Bien plus, Israël, à la suite d’un bombardement sur Doha, était apparu comme une menace plus aiguë que l’Iran. Ce virage radical a stupéfait les pays de la région qui se trouvent en plein désarroi. Bien plus, il faut tenter d’identifier les ressorts de ce tournant avant d’essayer d’en évaluer les conséquences.
Le 28 février, jour même de l’attaque américano israélienne, Téhéran prend l’initiative de lancer une première salve de frappes (qui se poursuivent depuis sans discontinuer) sur plusieurs pays du Golfe (Emirats arabes unis, Arabie saoudite, Oman, Bahreïn, Koweït et Qatar) qui n’avaient pas pris officiellement parti aux côtés des Américains et Israéliens. C’est sans précédent [77]. Entre le début de cette nouvelle phase et le 6 mars 2026, le Conseil de Coopération du Golfe évalue que 2 150 drones, missiles, voire avions, ont été interceptés [78]. Un quart de cet ensemble serait des missiles balistiques iraniens, et pratiquement tout le reste consisterait en drones. En revanche, moins de 20 missiles de croisière (ils sont plus précis) auraient été abattus. Il est à noter que selon la même source, plus de la moitié des interceptions auraient été effectuées aux Emirats arabes unis, un quart au Koweït. Le Qatar et Bahreïn représenteraient moins de 10% des interceptions. A cette date, l’Arabie saoudite et Oman n’ont subi qu’un nombre minime de frappes. Cette répartition n’est pas anodine et reflète des choix délibérés. Les taux d’interception se sont avérés en général très élevés, surtout aux Emirats arabes unis (93% des missiles balistiques et des drones, tous les missiles de croisière). Le Qatar a réussi à neutraliser 89% des frappes dont 97% des missiles et plus modestement 72% des drones. Bahreïn performe globalement moins (76%) mais 86% des missiles, pour 71% des drones. Ces chiffres ne présentent pas une fiabilité absolue mais donnent des ordres de grandeur.
Au premier chef, des sites militaires (bases, centres, voire lieux de réunion, sans oublier des locaux diplomatiques) ont été touchés. En soi, ce choix est explicable par la présence américaine active. Jusqu’au 11 mars, au moins 17 sites américains (dont au moins 11 bases ou installations militaires) ont été frappés, certains à plusieurs reprises [79]. Parmi d’autres, sont citées la Base Aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite, la base aérienne Ali Al Salem et la Base Camp Buehring au Koweït, et surtout la Base Aérienne Al Udeid au Qatar, la plus grande base militaire américaine de la région. D’autres sites sont concernés : le camp Ariflan au Koweït, le port de Shuaiba au Koweït, le QG de la 5ème Flotte à Bahreïn, le site d’Al Dhafra et le port de Jebel Ali aux Emirats arabes unis, le site de Muwaffaq Salti en Jordanie, et l’aéroport d’Erbil en Irak. Les analystes du New York Times qui ont établi ce bilan reconnaissent qu’il est difficile d’évaluer l’ampleur des dommages ainsi causés. Ils notent malgré tout que le Pentagone a chiffré à environ $200 millions le coût de la simple frappe sur le QG de la Vème flotte à Bahreïn. Ils rappellent aussi qu’un drone a tué le 1er mars les 6 premières victimes américaines (il y en aura d’autres) en frappant un local militaire au Koweït ; une autre victime est à déplorer le même jour en Arabie saoudite.
Les dommages causés aux infrastructures militaires ne sont pas négligeables : les systèmes de défense anti-aérienne qui protègent les bases américaines ont été touchés. Les Iraniens ont systématiquement ciblés les radars, moyens de communications, notamment appar tenant à des systèmes THAAD ainsi qu’un radar AN/FPS-132 sur la base d’Umm Dahal au Qatar. Ces dommages ne sont toutefois pas de nature à dégrader fortement les capacités américaines de surveillance/guidage. Pour mémoire, des sites non militaires américains ont été également touchés : consulat à Dubaï, ambassades à Koweït City, Kuwait et Riyad.
Plus significatif encore, le 4 mars, les défenses de l’Otan ont intercepté un missile iranien en provenance de Syrie, qui ciblait la base américaine d’Incirlik. Le message s’adressait aussi bien à Washington qu’à Erdogan. Téhéran a démenti (sans convaincre) en être à l’origine. Ceci pourrait troubler davantage les relations entre Ankara et l’Iran au moment où Erdogan avait proposé sa médiation entre Téhéran et Washington. Selon les analystes d’Al Monitor, il semble malgré tout qu’à ce stade, les relations turco-iraniennes ne devraient pas être dégradées [80]. La Turquie inquiète des risques que pose la régionalisation du conflit pour sa sécurité conserve une attitude prudente et privilégie les canaux diplomatiques [81]. L’état-major iranien a pareillement démenti, selon les mêmes sources, avoir lancé 4 drones le 5 mars vers l’enclave de Nakhchivan ; elles n’excluent pas que la véritable cible pourrait être un oléoduc qui traverse l’Azerbaïdjan pour rejoindre des terminaux pétroliers turcs. « Là, le pétrole y est chargé dans des tankers principalement destinés à Israël ». Si l’Iran parvenait à couper ce flot, ce serait un coup sévère porté à l’Etat hébreu. On sait que la relation privilégiée de Bakou avec Israël exaspère au plus haut point la République islamique qui accuse l’Azerbaïdjan de servir de base arrière à des actions de sabotage et de liquidation menées pour le compte d’Israël par des moudjahidines du Peuple iraniens armés et entraînés. En sus, ce voisin abrite une usine de fabrication de drones sous licence israélienne. Par ailleurs, un sérieux différend a opposé Téhéran et Bakou d’une part lors de l’invasion azérie du Haut Karabakh et d’autre part à propos de la construction d’un corridor Zangezur entre l’enclave de Nakhchivan et le reste de l’Azerbaïdjan, qui a été repris en mains par Trump sous le vocable de TRIPP à l’occasion de la réconciliation entre Bakou et l’Arménie. Ce projet contrarie l’Iran car il accentue la présence américaine, risque de lui bloquer l’accès à l’Arménie et contrarie ses grandes ambitions de connectivité [82]. Les frappes et actions iraniennes perturbent le trafic de marchandises turques dans Ormuz, en même temps que le conflit russo-ukrainien paralyse le corridor Nord. Du coup, Ankara encourage le Middle Corridor qui relie la Turquie, d’autres pays du Caucase et d’Asie Centrale à la Chine et entend accélérer le très important projet turco-irakien Development Road corridor soutenu par le Qatar et les Emirats arabes unis. Cette future voie terrestre prend encore plus d’importance dans le contexte actuel [83].
Pourquoi les pays du Golfe, qui n’ont pas participé activement à cette phase d’affrontements entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran, sont-ils devenus la cible de frappes iraniennes, alors que certains comme Oman et le Qatar [84], et même l’Arabie saoudite, ont été activement engagés dans des médiations pour faire baisser la tension ? C’est la question qui se pose ; la réponse est complexe. En effet, non seulement des bases et locaux américains ont été touchés, mais aussi des ports, des hôtels, des aéroports, autant de cibles civiles. Comme le souligne Kristian Coates Ulrichsen, Téhéran, par ce tournant, veut élargir le conflit en cours aux pays qui coopèrent avec Washington. Il explique que la République islamique, qui lutte pour sa survie face à un péril existentiel, se sent contrainte d’abandonner sa posture de retenue relative qu’elle a affichée pendant la Guerre des 12 jours en 2025. Le régime aux abois est obligé de porter le chaos chez ses voisins. Le but est de leur infliger des coûts tels qu’ils devront faire pression sur l’Amérique pour qu’elle cesse d’attaquer l’Iran. Le même expert met aussi en avant que leur proximité géographique facilite la tâche des missiles iraniens dont la portée permet d’atteindre les bases américaines de la région. Notre expert ajoute que l’impact psychologique de ces frappes, sur une place économique et financière comme Dubaï peut être considérable si investisseurs, touristes, partenaires, sont effrayés. En frappant aéroports (Bahreïn, Dubaï, Abu Dhabi, Koweït), hôtels à Bahreïn et Dubaï, il s’agit de casser l’image de sécurité des métropoles du Golfe. Les perturbations sont déjà visibles. Les Hubs qui y sont établis sont des artères vitales pour leur économie. Téhéran espère que ces coûts et dommages pousseront ces acteurs à persuader Trump de cesser les hostilités. Nous suivons volontiers Coates Ulrichsen quand il avertit : « Mais en attaquant des capitales à travers la région, l’Iran risque peut-être de faire l’inverse : couper toute chance d’améliorer ses relations avec les rivaux de la région et au contraire les pousser davantage dans l’orbite de Washington après une période de distance » [85]. Ali Larijani, Secrétaire du Conseil Suprême de la Sécurité Nationale, a tenté de les rassurer le 1er mars dans un message sur X : « Nous ne cherchons pas à vous attaquer », tout en précisant : « Mais, lorsque des bases situées dans vos pays sont utilisées contre nous, nous ciblons ces bases » [86]. Notons que la base française situé aux Emirats, comme la base Britannique à Chypre [87], ont été aussi visées pour les mêmes raisons.
En fait, avec le recul, il apparaît que la propagation du conflit en une guerre régionale avait été envisagée depuis longtemps et préparée en conséquence. Ali Khamenei avait déjà prévenu en janvier 2026 : toute attaque contre l’Iran déclenchera une guerre régionale [88]. En plus, les responsables militaires iraniens, vu l’enlisement des négociations nucléaires qu’ils soupçonnent de ne pas aboutir du fait des Américains, et voyant le renforcement des moyens militaires américains dans la région, se sont probablement convaincus de ce que la guerre est inévitable et qu’il faut passer d’une posture défensive à une posture offensive régionale pour élargir les fronts, y entraîner les Américains de la sorte piégés [89]. C’est pourquoi, selon Najmeh Bozorgmehr et Andrew England (Financial Times), les forces iraniennes ont bénéficié d’un plan préparé par l’ayatollah Khamenei et les principaux chefs militaires pour répandre le chaos au Moyen-Orient. Ce plan a été concocté après la Guerre des 12 jours [90].
Lundi 2 mars, des drones iraniens attaquent la raffinerie saoudienne Ras Tanura. Ils ont été interceptés mais des débris ont provoqué quelques dégâts. Son activité a été un moment suspendue par précaution. Pareillement, la raffinerie Ahmadi au Koweït a subi une attaque de drones le même jour qui ont également été interceptés mais leurs débris ont causé deux blessés parmi les travailleurs. Les observateurs considèrent que les attaques sur des infrastructures énergétiques critiques sont une étape majeure qui change la dimension de ce conflit car ciblant directement des éléments vitaux de l’économie régionale. Il convient de s’interroger sur les raisons de ce saut. Plusieurs experts identifient ces objectifs : pour Sascha Bruchmann (International Institute for Strategic Studies, Bahreïn), c’est la volonté de « causer un choc global et d’imposer des coûts », pour Torbjorn Soltvedt (Verisk Maplecroft), « L’infrastructure énergétique du Golfe est maintenant clairement dans la mire de l’Iran » [91]. Il ajoute qu’une période d’incertitude se présente avec la perspective que le conflit dure longtemps, sachant que l’Iran cherche à imposer des coûts élevés en mettant en danger les tankers, les infrastructures régionales, les routes commerciales et les partenaires régionaux des Etats-Unis. D’autres observateurs soulignent que les marchés pourront supporter une interruption des livraisons d’hydrocarbures pendant une durée assez courte mais si la crise s’inscrit dans la durée, les prix du baril atteindront des sommets stratosphériques. Au Qatar, un exportateur majeur de gaz liquéfié, Qatar Energy a suspendu sa production, selon les mêmes sources, après deux attaques contre des sites des Cités Industrielles Ras Laffan et Messaieed. De son côté, le 9 mars, BABCO Energies a invoqué la Force Majeure pour interrompre ses expéditions de pétrole après que sa raffinerie Al-Ma’ameer ait été incendiée. Le 10 mars, c’est la raffinerie émiratie de Ruwais, opérée par le groupe national Adnoc, la plus importante du Moyen-Orient, qui est frappée par des drones. Le 12 mars un drone a été intercepté près du champ pétrolier saoudien de Shaybah.
Le 7 mars, outre une attaque israélienne sur l’aéroport de Mehrabad où l’Etat hébreu dit avoir frappé des avions « utilisés par l’Iran pour acheminer de l’argent et des armes pour ses alliés », c’est au tour de sites d’hydrocarbures d’être la cible de frappes israéliennes et américaines. Celles-ci se sont poursuivies le lendemain. Deux entrepôts d’hydrocarbures, l’un à Aghdasieh près du nord de Téhéran, la raffinerie de Téhéran au sud de la ville, le dépôt de Sharan à l’ouest de la capitale, et un dépôt près de la ville de Karaj ont été touchés [92]. Ces tirs ont causé de très importants incendies et surtout une pollution d’une gravité exceptionnelle à Téhéran, avec notamment une pluie noire d’hydrocarbures et d’éléments toxiques - qui mettent la population en danger [93]. L’ampleur de l’attaque et des dégâts est sans précédent même si des dépôts avaient été touchés en juin lors de la Guerre des 12 jours, selon Al-Jazeera qui estime que ces destructions font partie d’une guerre psychologique et ont pour but d’effrayer les Iraniens, et de leur faire croire « que ça va vraiment être la fin pour eux ». Il s’agirait aussi de perturber la circulation des forces armées iraniennes. Selon la même source « Les israéliens planifient probablement de causer une situation de crise en termes de carburants en Iran, et les Iraniens considéreront ceci comme un acte d’agression et de terrorisme ». L’armée israélienne prétend que ces installations étaient utilisées par ces dernières et qu’il s’agit « d’une ‘frappe significative’ destinée à démanteler les infrastructures militaires du gouvernement » [94]. Ceci confirme à notre sens qu’Israël a également décidé d’élever le conflit à un niveau supérieur qui inclut probablement le militaire mais le dépasse certainement : c’est une crise existentielle, sachant que l’Etat hébreu veut la chute du régime. Il est intéressant de noter qu’une fois de plus se confirment des divergences entre Israël et Trump. Ce dernier, qui a dépêché Kushner et Witkoff en Israël, a fait savoir qu’il n’est pas d’accord avec le ciblage de sites pétroliers [95]. Trois raisons sont mises en avant : 1) il estime que ceci est une « mauvaise idée » car renforce au contraire le soutien populaire au régime alors que les Israéliens prétendent que c’est une pression sur l’Iran pour qu’il cesse de frapper des cibles civiles en Israël. Selon AXIOS, 2) des officiels américains indiquent que Trump souhaite coopérer avec le secteur pétrolier iranien après la guerre, une approche similaire à celle suivie pour le Vénézuéla (encore le ‘modèle vénézuélien’ !). 3) Ils mentionnent aussi le risque que les Iraniens pourraient déclencher des attaques massives sur des infrastructures pétrolières dans le Golfe. Pour notre part, ces 3 raisons nous semblent pertinentes au vu des comportements israéliens. Nous ne nous prononcerons pas sur le scénario ‘vénézuélien’ qui séduit Trump de façon obsédante. Au-delà, nous ajouterons une autre raison : le président américain est très ennuyé par la flambée des cours [96] du baril (plus de $100 le baril le 12 mars) [97]. C’est aussi pour cette raison que Trump clame que le conflit est pratiquement terminé, pour bientôt, et qu’il ne reste plus grand-chose à détruire, alors qu’Israël clame que celui-ci n’est pas fini, autre sujet de désaccord [98].
Ce caractère de ‘lutte à mort’ entre Israël et l’Iran ne cesse de s’accentuer : le commandement iranien a annoncé qu’il va commencer à attaquer des banques et institutions financières [99] au Moyen-Orient. Ceci pourrait causer un dommage considérable à Dubaï, à l’Arabie saoudite et à Bahreïn, qui sont des places financières majeures dans la région, d’importance mondiale. Des changements de types de cibles confirment cette tactique de ‘dommages maximaux’, voire existentiels. D’abord, des tirs ont frappé en Iran et dans le Golfe des unités de désalinisation. Le 7 mars, Abbas Araqchi a accusé les Etats-Unis d’avoir attaqué une usine de désalinisation sur l’Île de Qeshm qui alimente 30 villages ; un porte-parole du Centcom a démenti que l’armée américaine en soit responsable. Le lendemain (8 mars), le ministère bahreïni de l’intérieur a affirmé qu’un drone iranien a endommagé une unité de désalinisation. L’Iran traverse une crise hydrique majeure et toute perte supplémentaire serait d’une gravité critique. De même, un expert souligne que « cibler une usine de désalinisation à Bahreïn, franchit un seuil important et représente une sérieuse escalade » [100]. Il en situe les enjeux [101] et dimensions : « Dans le Golfe, les installations de désalinisation ne sont pas seulement des infrastructures ». Il ajoute : « Ce sont des canaux vitaux qui fournissent de l’eau potable à des millions (de personnes). Les frapper risque de transformer une confrontation militaire en une menace directe pour la survie de la population civile ». Les risques qui pèsent sur ces unités dans une zone en manque d’eau a été perçu de longue date et des projets de construction visent à y remédier.
Un autre type de cible vient de faire son apparition dans ce champ de bataille : les data centers. L’Iran a commencé à en frapper aux Emirats et à Bahreïn. Ces installations représentent des milliards de dollars d’investissements et leur destruction pourrait causer des dommages considérables aux économies concernées. Si le conflit se poursuit et que de telles installations étaient anéanties, ceci amènerait en outre les investisseurs à localiser ailleurs (Europe du Nord, Inde ou Asie du Sud-Est) leurs projets colossaux, dont l’impact est de première importance [102]. C’est un risque géopolitique qui a été probablement sous-estimé. On peut même ajouter que le déficit en eau dans cette région par ailleurs riche de l’indispensable énergie, a probablement été insuffisamment pris en compte pour le fonctionne ment de ces sites bien que l’eau qu’ils utilisent soit majoritairement recyclée. Surtout si des usines de désalinisation sont touchées. Pour les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite où des investissements majeurs en IA ont été promis par Trump, la sécurité de ces sites est d’une importance stratégique. Ces pays devront s’y adapter. Certains projets pourraient être ralentis.
Le 28 février, les Gardiens de la Révolution annoncent qu’ils interdisent aux navires la circulation dans le détroit d’Ormuz. Les moyens de pression iraniens ne se limitent pas à leur marine, mais aussi aux bases qu’ils possèdent à proximité. Ainsi semble se matérialiser un cauchemar qui hante la communauté internationale [103] depuis plusieurs décennies [104]. De longue date, les durs du régime iranien ont brandi cette menace qui par nature aurait des effets dévastateurs non seulement sur les économies régionales tributaires majoritairement des routes maritimes, mais aussi des économies européennes, et encore plus asiatiques. Très vite, 97% des pétroliers cessent de pénétrer ce détroit. Des centaines de navires sont bloqués à l’entrée des détroits, tandis que d’autres ont été déroutés [105]. Les risques de pollution pétrolière en cas d’attaque sur un tanker contribuent aussi à dissuader armateurs et assureurs à faire circuler ces navires [106].
Les enjeux économiques sont connus [107] : en 2025 environ 20 millions de barils, soit 20% du pétrole mondial, sont passés par lui. Les grands pays exportateurs de la région (Arabie saoudite, Emirats, Irak, Koweït et Qatar) dépendent de lui pour leurs exportations en grande majorité (75%) destinées vers l’Asie. Pour ces économies, une fermeture prolongée serait un choc économique sévère. Le côté absurde d’un blocage du détroit saute aux yeux puisqu’il est indispensable à l’Iran à 100% pour exporter son pétrole vers son principal client, la Chine. Donc Téhéran se punit deux fois : l’une en se privant de ses indispensables ressources, l’autre en pénalisant la Chine dont il a besoin pour sa survie économique. Outre le pétrole, 20% du gaz liquéfié provenant du Golfe, dont le gaz qatari, mais aussi de très importantes cargaisons d’engrais et produits chimiques utilisent cette route [108]. En cas de blocage prolongé [109], l’Arabie saoudite dispose d’un pipe line et les Emirats ont une liaison avec le port de Fujairah dans le golfe d’Oman. Parmi les pays importateurs, ce sont les pays d’Asie du Sud-Est, notamment ceux qui utilisent du gaz liquéfié, qui seront les plus impactés, notamment le Pakistan, l’Inde, le Bengladesh selon les données de Kpler. La Chine est également largement exposée, mais elle dispose d’importants stockages et d’un certain nombre d’alternatives. Le Japon [110] et la Corée sont aussi significativement vulnérables. La pression est donc forte sur les Occidentaux. Pour leur part, les Européens étudient un dispositif comparable au dispositif Aspides où les marines américaines et européennes protègent en mer Rouge les navires des attaques des Houthis yéménites [111]. Le 12 mars dans son premier discours depuis sa désignation comme nouveau Guide Suprême, Mojtaba Khamenei a déclaré que la fermeture du détroit d’Ormuz doit se poursuivre [112]. La Chine fait pression sur Téhéran pour obtenir de pouvoir continuer à faire passer ses navires par le détroit dont dépendent 45% de ses importations de pétrole [113]. Pékin n’a pas fait preuve d’un grand soutien dans cette crise, comme en témoigne l’absence de la marine chinoise dans un récent exercice naval conjoint avec l’Iran et la Russie [114]. La solidarité de Moscou est très relative, la Russie profite de la crise pour augmenter ses recettes en vendant plus de pétrole à plusieurs pays [115]. A noter : les Etats-Unis ont accordé à l’Inde un waiver de 30 jours pour lui permettre d’acheter du pétrole russe [116]. Par ailleurs, des échos indiquent que Moscou aurait fourni des informations pour guider des frappes iraniennes sur des cibles américaines [117].
Les monarchies du Golfe sont très contrariées [118]. L’Arabie saoudite a vigoureusement protesté contre « l’odieuse agression » contre les pays du Golfe et la Jordanie et déclaré soutenir les ‘mesures’ qu’ils adopteraient. Le Qatar a exprimé son indignation, et annoncé qu’il se réserve « tous ses droits de réagir à cette attaque ». Le ministère saoudien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur iranien pour lui confirmer que le royaume « prendra toutes les mesures nécessaires à la défense de son pays ». Le célèbre commentateur saoudien Hisham Al-Ghannam a clamé sur X : « Toute attaque contre tout état du CCG est une attaque contre tous ». Oman, lié de longue date à l’Iran, a simplement fait part de sa ‘déception’. L’attitude saoudienne, reflétant un profond embarras, est émaillée de contradictions. Alors que AXIOS avait révélé que le prince Khalid ben Salman, ministre saoudien de la Défense (contrairement à la position de l’Arabie saoudite d’éviter de créer de la tension dans la région) [119], s’était joint à Israël pour conseiller à Trump d’attaquer l’Iran, Riyad aurait contacté récemment Téhéran pour essayer de trouver une ‘porte de sortie’ à la crise. De même aux Emirats arabes unis, des voix (inquiètes) s’élèvent pour critiquer la poursuite des opérations armées par Trump. Celui-ci avait un moment été tenté (comme Israël dont l’ambition de créer un chaos complet, voire une désintégration ethnique) de s’appuyer sur les milices kurdes pour provoquer la chute du régime, y a finalement renoncé, notamment car ce groupe est en réalité divisé, et que même si certains avaient subi un entraînement militaire, ceci était insuffisant (faute d’appui conséquent au sol) pour obtenir un tel effondrement [120]. Les analystes considéraient ce scénario irréaliste [121].
Au terme provisoire des présentes réflexions, nous retenons quelques repères. D’abord le constat que le régime ne s’est pas effondré malgré les secousses qui l’ont ébranlé. Du moins provisoirement. Avant même le décès d’Ali Khamenei, les ingrédients nécessaires à une sorte de révolution populaire n’étaient pas réunis. Le divorce massif entre la société civile et le régime est entier. Le rejet massif du Guide et plus généralement du clergé est évident. Mais l’efficacité de l’appareil répressif qui n’hésite pas, à l’aide de milices afghanes, irakiennes et autres, à tirer sur la foule, le recours massif aux bassiji, voire à des nervis repris de justice, assure la maîtrise de la rue. La terreur pénitentiaire, la surveillance électronique complétée par les mouchards, la censure et surtout la coupure d’internet, font que la répression est efficace. A cela il faut ajouter un bazaar qui, malgré ses tentatives de grève, n’est pas prêt à bloquer une part de l’économie. Soyons clair : la révolte est entière, mais le moral est affecté. Il manque aussi une organisation politique (pas de vrais partis, des factions aux contours flous), et un syndicalisme puissant (les syndicats de chauffeurs de bus, d’enseignants dans les grandes villes, et quelques militants insuffisamment puissants pour paralyser les raffineries). Certes, la jeunesse étudiante est toujours mobilisée avec courage. Au-delà du court terme, s’imposera au nouveau Guide de faire face aux réalités économiques, mais aussi à la fracture sociale, et très certainement (en fonction du cours de la guerre), des divisions au sein des Gardiens, de l’appareil sécuritaire et de l’aspiration majeure de la population à arrêter la guerre insupportable au plus vite. Les marges de manœuvre sont étroites face à un Trump mouvant et un Netanyahu jusqu’auboutiste.
Les frappes israéliennes et américaines n’ont pas paralysé l’opposition intérieure pas plus qu’elles ne l’ont dynamisée. Les oppositions extérieures divisés sont perplexes quant à la stratégie à adopter au vu des incohérences de Trump. Les bombardements ont terrorisé et accablé la population (un certain nombre d’Iraniens ont commencé à fuir le pays, ce qui fait craindre un afflux de réfugiés chez les pays voisins). La pluie d’hydrocarbures polluants et toxiques qui s’est abattue sur Téhéran après des frappes israéliennes sur des dépôts de carburants (malgré l’avis défavorable de Trump, elles ne sont pas de nature à provoquer un soulèvement). Pire, quand Trump fait savoir qu’il ne croit pas en l’avenir du prince Pahlavi, dont le nom a soulevé un enthousiasme croissant (comme un SOS lancé à un improbable sauveur) et qu’il vante son expérience vénézuélienne où il maintient le régime en place pour y favoriser les intérêts américains une fois le président exfiltré, chacun comprend que le changement de régime n’est pas à l’ordre du jour.
La désignation de Mojtaba Khamenei sous la pression déterminée des Gardiens de la Révolution est l’illustration. Un clergé (détesté) structurellement affaibli a avalisé non seulement la résilience du régime mais surtout une étape vers le contrôle encore plus étroit des pasdarans sur le pouvoir. Mojtaba Khamenei est un instrument docile des Gardiens. Il ne faut pas totalement négliger le fait que bien que les soutiens du régime soient fort diminués, il subsiste une base que celui-ci peut encore mobiliser. Trump est embarrassé par un choix qui ne lui convient pas.
En sus à travers maints exemples, il apparaît que le calendrier de Trump et de Netanyahu ne coïncide pas. Le premier ministre israélien qui priorise une survie politique menacée, est contraint de poursuivre l’anéantissement des Palestiniens et celui de l’Iran quitte à y installer le chaos permanent. Ce qui contrarie Trump qui n’avait pas abandonné l’idée d’un deal. D’autant que le prolongement des affrontements fait monter les cours du baril (mauvais pour l’économie américaine, donc pour les midterms de novembre 2026). Le Plan Trump pour la Palestine (club étrange sans vision politique) risque de ne pas être accéléré dans le contexte actuel.
Du côté iranien, un renversement des priorités stratégiques est en train de relancer la décomposition régionale. Sous l’influence des ‘durs’ chez les Gardiens et leurs alliés (facilitée par la disparition d’Ali Shamkhani signataire de l’accord saoudo iranien de mars 2023), le régime s’est lancé dans une fuite en avant par ses frappes sur ses voisins du Golfe. Il a ainsi porté un coup fatal à la patiente baisse de tensions construite avec l’Arabie saoudite puis les autres monarchies. Le choc provoqué a porté un coup fatal au modus vivendi et aussi à toute perspective de sécurité régionale. Au moins à horizon visible. Les pays du Golfe seront contraints de verrouiller leur sécurité avec l’Amérique tout en cherchant à diversifier leurs appuis.
La période qui s’ouvre est par nature incertaine. Pékin et Moscou pèsent peu sur l’évolution des événements si ce n’est pour tenter de tirer profit de la situation et de sécuriser leurs approvisionnements. L’interdiction d’accès des navires au détroit d’Ormuz peut-elle durer ? L’Amérique et d’autres tenteront-ils d’en imposer la réouverture ? C’est une question majeure. Ce n’est pas la seule. Notamment, le scénario de guerre courte contre celui de guerre longue. Parmi diverses interrogations, celle de la possibilité d’opérations-chocs limitées au sol visant notamment le stock d’uranium hautement enrichi [122]. Mais les incertitudes considérables pèsent sur cette hypothèse. Alternativement, la question d’un retour à la diplomatie et des médiateurs reste posée. Comme nous le disions, une boite de pandore est ouverte. D’aucuns y voient la perspective d’un changement de régime en Iran. Rien n’est moins sûr, rien n’est exclu. L’absence de vision stratégique chez de nombreux dirigeants ne facilite pas la prise de décisions sages et la conduite d’une diplomatie rationnelle. Le locataire de la Maison-Blanche n’en a cure ; Poutine et Xi Jingpin essaient d’en tirer profit. La perspective d’une déflagration généralisée au Moyen-Orient n’est pas à écarter même si pas évidente. En tout cas, le désordre installé par une clique d’ingénieurs du chaos (pour reprendre le titre de l’ouvrage visionnaire de Giuliano da Empoli) prospère. Le 17 mars, Israël Katz, ministre israélien de la Défense, a annoncé avoir appris de ses services qu’Ali Larijani aurait été tué (ainsi que le chef des bassiji, Gholamreza Soleimani) lors d’un bombardement dans la nuit du 16 au 17 mars. En ciblant le secrétaire du Conseil Suprême de la Sécurité nationale, pilier central du régime iranien, l’Etat hébreu poursuit méthodiquement son anéantissement pour terrasser ce pouvoir. Cette décapitation systématique vise à susciter un chaos fatal. Fatal à la seule direction du pays ? Trump risque, si ce processus se poursuit, de se trouver face à un vide d’interlocuteurs pour un quelconque deal. C’est peut-être un des buts recherchés par Netanyahu. Mais, comme une bombe larguée de haut, on ignore jusqu’où l’onde de choc va sévir et quelles réactions, quelles répliques sismiques ceci va susciter .
Michel Makinsky
Outre une carrière juridique de 30 ans dans l’industrie, Michel Makinsky est chercheur associé à l’Institut de Prospective et de Sécurité en Europe (IPSE), et à l’Institut d’Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA), collaborateur scientifique auprès de l’université de Liège (Belgique) et directeur général de la société AGEROMYS international (société de conseils sur l’Iran et le Moyen-Orient). Il conduit depuis plus de 20 ans des recherches sur l’Iran (politique, économie, stratégie) et sa région, après avoir étudié pendant 10 ans la stratégie soviétique. Il a publié de nombreux articles et études dans des revues françaises et étrangères. Il a dirigé deux ouvrages collectifs : « L’Iran et les Grands Acteurs Régionaux et Globaux », (L’Harmattan, 2012) et « L’Economie réelle de l’Iran » (L’Harmattan, 2014) et a rédigé des chapitres d’ouvrages collectifs sur l’Iran, la rente pétrolière, la politique française à l’égard de l’Iran, les entreprises et les sanctions. Membre du groupe d’experts sur le Moyen-Orient Gulf 2000 (Université de Columbia), il est consulté par les entreprises comme par les administrations françaises sur l’Iran et son environnement régional, les sanctions, les mécanismes d’échanges commerciaux et financiers avec l’Iran et sa région. Il intervient régulièrement dans les media écrits et audio visuels (L’Opinion, Le Figaro, la Tribune, France 24….).
Notes
[1] La chronologie des frappes est éloquente mais celle des premières ripostes iraniennes non limitées à Israël également : https://www.lefigaro.fr/international/en-direct-iran-israel-lance-une-attaque-preventive-plusieurs-explosions-recensees-a-teheran-20260228. Si cette chronologie est exacte (à vérifier) il semble que les premiers tirs iraniens vers des cibles dans les monarchies du Golfe aient précédé de (très) peu ceux d’Israël. Si tel est le cas, serait-ce l’application de la nouvelle doctrine iranienne ouvrant la possibilité de frappes préventives ? https://www.aspistrategist.org.au/iran-is-rewriting-its-rules-of-war-and-raising-the-stakes-for-everyone/ . https://mecouncil.org/blog_posts/is-iran-changing-its-defense-doctrine/
[2] https://www.gpb.org/news/2026/02/28/trump-says-he-not-happy-the-iran-nuclear-talks-indicates-hell-give-them-more-time
[3] Chronologie mise à jour : https://en.wikipedia.org/wiki/2026_Iran_war
[4] https://www.bbc.com/news/articles/cx20z5nv9jxo ; avertissement réitéré : https://www.france24.com/en/live-news/20260223-iran-says-would-respond-ferociously-to-any-us-attack-even-limited-strikes
[5] Le royaume a vigoureusement protesté contre ces frappes, se réservant le droit d’y répondre de façon appropriée : https://english.alarabiya.net/News/saudi-arabia/2026/02/28/saudi-arabia-says-reserves-right-of-response-after-iran-attacks-riyadh-east
[6] Pour l’heure, la ‘base MAGA’ continue d’approuver l’intervention américaine. Voir : Pourquoi la base MAGA soutient-elle la guerre de Trump contre l’Iran ? Le Grand Continent, 13 mars 2026. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/03/13/pourquoi-la-base-maga-soutient-elle-la-guerre-de-trump-contre-liran/ Ce soutien est-il durable ?
[9] https://www.aljazeera.com/news/2025/12/1/what-does-netanyahu-want-to-be-pardoned-for-and-is-it-possible
[10] https://www.thenationalnews.com/news/mena/2026/02/13/trump-says-israels-herzog-disgraceful-for-not-pardoning-netanyahu/
[11] Voir la vidéo du message et sa transcription en français sur le site du Grand Continent : Iran : La déclaration de guerre de Donald Trump, Le Grand Continent, 28 février 2026. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/28/iran-la-declaration-de-guerre-de-donald-trump/
[12] https://www.aljazeera.com/news/2026/2/27/iaea-eyes-isfahan-nuclear-complex-as-it-urges-iran-to-allow
[13] https://www.nytimes.com/2026/02/11/us/politics/irans-missile-program-tops-israels-concerns-as-netanyahu-meets-trump.html. https://english.alarabiya.net/ News/middle-east/2026/02/10/netanyahu-says-will-discuss-first-and-foremost-iran-with-Trump-on-us-visit. Selon le New York Times, il semble que Netanyahu ait réussi à persuader Trump de se préparer à frapper l’Iran lors de sa visite le 11 février dans le bureau Ovale, ou du moins à ne pas écarter cette éventualité. Ce dernier a commencé à afficher des doutes sur les négociations en cours.
[14] Sur le risque posé par les petites unités navales iraniennes dans le Golfe Persique, voir l’analyse documentée du Centre d’Etudes de la Marine : EV1 Thibault Richard, La stratégie navale asymétrique iranienne, ou la jeune école iranienne : https://www. defense.gouv.fr/sites/default/files/cesm/cargo2012-15jeune-ecole-iranienne.pdf Voir aussi plusieurs analyses concordantes : https://www.linkedin.com/pulse/irans-asymmetric-warfare-sea-reto-zogg-osxhe/
[15] Le Centcom avait au début des opérations annoncé la destruction de 11 navires iraniens, présentés comme la totalité des navires présents dans le Golfe d’Oman (à l’évidence il ne peut s’agir que des grosses unités) https://x.com/CENTCOM/status/ 2028553001 644736808 ? s=20 . Le 4 mars un sous-marin américain coule la frégate Iris Dena au large du Sri Lanka, un acte sans précédent depuis la IIème Guerre mondiale (laissant 32 survivants sur 180 marins). Un second navire, Iris Bushehr, victime d’une avarie, a obtenu d’accoster à Ceylan. Au 10 mars, une cinquantaine de bâtiments iraniens auraient été détruits depuis le début de cette crise : Qassim Nauman, Trump Says He Wants to Destroy Iran’s Navy. Here’s What to know, The New York Times, 10 mars 2026.Voir aussi : https://www.fw-mag.com/shownews/955/iran-the-maritime-front
[16] Une étude précise de la stratégie américaine à la base de la politique de ‘pressions maximales’ à l’encontre de l’Iran rappelle qu’en 2019 Trump avait déclaré qu’il était contre la politique de changement de régime mais que sa priorité était : pas de bombe atomique pour l’Iran. Nous constations que sur ce dernier point le président américain est resté constant ; mais il a opéré un virage majeur en assignant à son opération « Epic Fury » un objectif de chute du régime iranien ; voir : Gabriel Noronha, The Future of Maximum Pressure, Lessons Learned and a Path Forward, The Alexander Hamilton Society, 8 avril 2022. https://alexanderhamiltonsociety.org/security-strategy/ issue-one/the-future-of-maximum-pressure-lessons-learned-and-a-path-forward/
[17] Il a par ailleurs fait pression sur Trump pour qu’il prenne l’initiative d’une attaque pour provoquer ce changement de régime selon l’expert israélien Danny Citrinowicz : Israel eyes regime change in Iran-and is counting on Trump to make it happen, BBC 31 Janvier 2026.
[18] https://www.c-span.org/clip/house-committee/user-clip-netanyahu-demands-iran-regime-change-with-cultural-attack/4501266 ; https://www.politico.eu/article/ benjamin-netanyahu-iran-regime-change-video-israel-hezbollah-war/
[20] Pour une analyse lucide de ce scénario, voir : https://www.politico.com/ news/2026/02/25/white-house-politics-israel-strikes-iran-00799456
[21] Le bilan complet de ces éliminations n’est pas encore disponible. Outre le Guide, Ali Shamkhani (chef du Conseil National de Défense), Amir Nasirzadeh (ministre de la Défense), Syed Abdolrahim Mousavi (chef d’état-major des armées), Mohammad Pakpour (chef des Gardiens de la Révolution), Mohammad Shirazi, (chef du bureau militaire du Guide), ont été tués. Depuis lors, une quarantaine de responsables auraient été éliminés, la série n’est pas terminée. En outre Mojtaba Khamenei a perdu sa femme et un de ses fils. Lui-même a été blessé (peut-être aux jambes, mais son état réel est inconnu) : https://www.rfi.fr/en/middle-east/20260311-iran-s-new-supreme-leader-injured-but-safe-says-president-s-son. https://iranwire.com/ en/news/150251-pezeshkians-son-says-mojtaba-khamenei-is-safe-despite-injury-rumors/
[22] Hamidreza Azizi, The War of Regime Change Has begun, Iran Analytica, 28 février 2026.
[23] Voir : Julian Barnes, Ronen Bergman, Eric Schmitt, and Tyler Pager, The C.I.A. Helped Pinpoint a Gathering of iranian Leaders. Then Israel Struck. The New York Times, 1er mars 2026. Voir aussi : Israel and US used AI tools, CIA intelligence, in timing Iran strike-reports, i24News,1er mars 2026 ; Israel, US launched strikes as Iranian leader met with inner circle, sources say, Reuters, 1er mars 2026.
[24] Précisions apportées par une reconstitution dans une enquête détaillée d’un autre media : Tanguy Berthemet, Ces deux décennies de traque qui ont permis l’élimination du guide suprême Ali Khamenei, Le Figaro, 5 mars 2025.
[25] C’est un pari risqué. Voir : Frédérique Sandretto, Frappes en Iran : le risque politique de Trump à quelques mois des midterms, The Conversation, 2 mars 2026.
[27] Les experts du Grand Continent ont passé en revue les déclarations successives de Trump émaillées de contradictions et se demandent s’il ne change pas d’objectifs : En Iran, Donald Trump est-il en train de revoir ses buts de guerre à la baisse ? Une analyse de l’intégralité de ses prises de position, Le Grand Continent, 2 mars 2026 ; https://legrandcontinent.eu/fr/2026/03/02/iran-guerre-trump-discours/
[28] Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Tyler Pager, Edward Wong, Eric Schmitt and Ronen Bergman, How Trump Decided to Go to War, The New York Times, 2 mars 2026 ; https://www.nytimes.com/2026/03/02/us/politics/trump-war-iran-israel.html
[29] https://www.state.gov/releases/office-of-the-spokesperson/2026/03/secretary-of-state-marco-rubio-remarks-to-press-6/
[30] https://www.war.gov/News/Transcripts/Transcript/Article/4418959/secretary-of-war-pete-hegseth-and-chairman-of-the-joint-chiefs-of-staff-gen-dan/
[31] La discrétion du vice-président Vance est symptomatique de sa situation politique très inconfortable. Il est connu au sein de la mouvance MAGA pour son hostilité aux interventions militaires et ses prises de position pèseront sur l’avenir politique de celui qui se positionne en successeur de Trump https://www.politico.com/news/ magazine/2026/03/02/vance-trump-iran-war-00806812 ?nid=00000180-3e78-de92-addf-fe7ff2220000&nname=politico-weekend&nrid=00000162-0134-da4d-a9e3-6d37722c0000
[36] Voir l’analyse de Beyza Nur Er, The Roar of the Lion and the Silence of the Clergy : Iran’s Transition into a Garrison State, Modern Diplomacy, 7 mars 2026. https://moderndiplomacy.eu/2026/03/07/the-roar-of-the-lion-and-the-silence-of-the-clergy-irans-transition-into-a-garrison-state/
[37] Alex Vatanka, After Khamenei : Iran enters its most uncertain transition since 1979, The Middle East Institute, 2 mars 2026.
[38] Beyza Nur Er, op.cit.
[39] https://x.com/RKOTOfficial/status/2028164577913884833 ; https://fr.wikipedia.org/ wiki/Hossein_Taeb
[41] Cracks emerge in Iran’s leadership as it reels under bombardment, ALARABIA, 8 mars 2026.
[42] Pour un portrait de cette importante personnalité, voir : Qui est Ali Larijani ? L’Homme de la transition que Donald Trump pourrait préférer à Pahlavi, Le Grand Continent, 1er mars 2026 ; https://legrandcontinent.eu/fr/2026/03/01/ali-larijani-trump-portrait/
[43] Who is Ali Larijani, the Iranian official promising a ‘lesson’ to the US ? Al Jazeera, 3 mars 2026.
[44] https://thesoufancenter.org/intelbrief-2026-march-9a/ ; https://www.rferl.org/a/iran-irgc-israel-us-war/33697690.html ; https://commandeleven.com/wp-content/uploads /2026/03/ Irans-Mosaic-Defense.pdf ; file :///D :/T%C3%A9l%C3% A9chargements/ Basij_-Iranian_Militia_As_An_Element_Of_Mosaic_De.pdf . https://www.aljazeera.com/ features/2026/3/10/the-fourth-successor-how-iran-planned-to-fight-a-long-war-with-the-us-and-israel. La direction du pays a donné ordre aux commandants régionaux d’appliquer et utiliser cette liberté d’action décentralisée : https://www.facebook.com/ ahmed.t.ramalan/posts/iran-war-military-strategyin-a-major-shift-in-command-structure-iran-has-reporte/10243300431034355/
[45] Farnaz Fassihi, Inside Iran’s Preparations for War and Plans for Survival, The New York Times, 22 février 2026, mis à jour le 1er mars 2026. https://www.nytimes. com/2026/02/22/world/middleeast/iran-larijani-khamenei-pezeshkian.html.
[46] https://www.middleeasteye.net/news/who-mojtaba-khamenei-possibly-successor-father-iran-supreme-leader
[48] Cyrille Louis, Mojtaba Khamenei, un « dur » proche des gardiens de la révolution pour succéder à son père, Le Figaro, 5 mars 2026. Ce même commentateur cite également, outre Rohani, Alireza Arafi (membre du Conseil provisoire de direction), Mohammed Mahdi Mir Bagheri, ou Hassan Khomeini (petit-fils du fondateur de la République islamique) considéré comme proche des modérés/réformateurs.
[49] Iran : Supreme Leader Khamenei says his son won’t replace him. But don’t rule it out, Middle East Eye,15 mars 2024. https://www.middleeasteye.net/news/iran-supreme-leader-khamenei-son-replace-rule-out
[50] Pour une synthèse, voir : https://www.lefigaro.fr/international/manoirs-a-londres-hotels-de-luxe-comptes-en-suisse-l-opaque-empire-financier-du-nouveau-guide-supreme-mojtaba-khamenei-a-l-etranger-20260310. Ali Ansari est l’homme au centre de ses montages financiers : https://financialpost.com/real-estate/how-irans-supreme-leader-built-global-property-empire
[51] https://iranwire.com/en/politics/149972-irans-reformist-front-pushes-for-new-leader-warns-against-single-faction-rule/
[52] https://www.aljazeera.com/features/2026/3/5/irans-succession-question-rouhanis-name-resurfaces-amid-leadership-void
[53] Voir l’analyse des experts d’Amwaj.media : Deep Dive : The selection of Iran’s third supreme Leader, Amwaj.media, 9 mars 2026.
[54] https://www.axios.com/2026/03/03/iran-supreme-leader-council-israel-strike . https://www.iranintl.com/en/202603031369
[55] Israel threatens to target Khamenei’s successor as Iran says new leader chosen, Politico, 8 mars 2026 ; https://www.politico.eu/article/israel-target-iran-supreme-leader-ayatollah-ali-khamenei-war/ Sur son site X en farsi, l’armée israélienne a prévenu : « Nous voulons vous dire que la Main de l’Etat d’Israël continuera à pourchasser tout successeur et toute personne qui cherche à désigner un successeur. Nous avertissons tous ceux qui entendent participer à la réunion de sélection du successeur que nous n’hésiterons pas à vous cibler également » cité par : Danielle Greyman-Kennard, Watch : Khamenei’s son Mojtaba named as new supreme leader of Iran, state media announces, Jerusalem Post, Reuters, 8 mars 2026.
[56] Une évolution relevée par Nahal Toosi, Forget Regime change. How About Behavior Change ? Politico, 3 mars 2026.
[57] Barak Ravid, Zachary Basu, Exclusive : Trump says he must be involved in picking Iran’s next leader, Axios, 5 mars 2026 ; https://www.axios.com/2026/03/05/iran-leader-trump-khamenei
[58] Aamer Madhani, Seung Min Kim,Trump says ‘someone from within’ Iranian regime might be best choice to lead once war ends, AP, 3 mars 2026.
[59] Georges Malbrunot, La succession aux mollahs, actuellement introuvable, Le Figaro, 4 mars 2026.
[60] Dès le 28 février Netanyahu martelait : « Nous créerons les conditions pour que le courageux peuple iranien se libère des chaînes de la tyrannie », Stanislas Poyet, Israël frappe l’appareil répressif de la République islamique et parie sur un soulèvement populaire, Le Figaro, 3 mars 2026.
[62] https://x.com/PressTV/status/ 2030768549359223158 ?ref_src=twsrc%5Etfw%7 Ctwcamp%5 Etweetembed %7Ctwterm%5E2030768549359223158% 7Ctwgr % 5E284bd057b0389c9ded933464d923264b194c5d8a%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.presstv.ir%2FDetail%2F2026%2F03%2F10%2F765208%2Fworld-reacts-ayatollah-mojtaba-khamenei-election-new-leader-islamic-revolution.
[63] https://www.facebook.com/rferl/videos/chanting-against-irans-newly-appointed-supreme-leader-mojtaba-khamenei-could-be-/2444448186312579/
[64] Iranians deeply divided over Mojtaba Khamenei’s rise to power, BBC, 9 mars 2026.
[65] Leela Jacinto, Khamenei replaces Khamenei : Iran defies Trump, signals continuity, France 24 , 9 mars 2026.
[66] https://www.youtube.com/watch?v=frNhmz0z-5c ; des doutes subsistent sur l’authenticité des images diffusées qui pourraient être de l’intelligence artificielle. Il commence par énoncer qu’il ne faut pas chercher à venger les ‘martyrs’ ; il a prévenu que les bases américaines dans la région doivent fermer sinon elles seront attaquées. https://www.tasnimnews.ir/ en/news/ 2026/03/12/3538940/iran-not-to-forgo-vengeance-for-blood-of-martyrs-leader ; https://www.weeklytimesnow.com.au/news/world/leaked-audio-reveals-irans-new-leader-mojtaba-khamenei-narrowly-evaded-death-by-seconds/video/5687e17ae020904d8b3df1b0bde2dce7
[67] Propos recueillis par Babak Kamiar dans Euronews : Mojtaba Khamenei cannot replace his father as IRGC hols all the cards, insider says Euronews, 9 mars 2026.
[68] Sina Toosi, Iran’s new supreme leader is a figure of mystery, but the symbolism is clear : the regime fights on, The Guardian, 10 mars 2026.
[69] Donald Trump, Full Transcript White House Press Releases, Press Conference : Donald Trump Addresses the Media at Trump National Doral Miami, March 9 2026 ; https://rollcall.com/factbase/trump/transcript/donald-trump-press-conference-trump-national-doral-miami-march-9-2026/
[70] Il avoue cependant dans son intervention que J.D. Vance n’était pas aussi enthousiaste devant cette opération : « Il était - Je dirais philosophiquement un peu moins enthousiaste pour y aller, mais il était vraiment enthousiaste » mais il nie tout désaccord entre eux.
[72] Israël et Washington ne cachent pas qu’ils sont en désaccord sur la durée des opérations militaires, ce qui accroît l’incertitude. Trump aimerait en principe y mettre assez vite un terme, mais son ‘allié’ affirme, comme le ministre de la Défense Israel Katz récemment, qu’elles prendront fin quand les objectifs seront atteints : https://www. aljazeera.com/news/2026/3/11/trump-says-iran-war-to-end-soon-as-israel-claims-no-time-limit.
[73] Les experts de l’Arms Control Association ont démontré que les affirmations péremptoires de Trump qui prétend que le programme nucléaire iranien pose une menace imminente sont dépourvues de tout fondement : https://www.armscontrol. org/issue-briefs/2026-03/did-irans-nuclear-and-missile-programs-pose-imminent-threat-no. Ils ont également exposé qu’envisager une opération de ‘récupération’ d’uranium, ou de centrifugeuses, serait non seulement contre-productive, mais dangereuse : https://www.armscontrol.org/issue-briefs/2026-03/us-war-iran-new-and-lingering-nuclear-risks
[74] Trump a sommé l’Iran de retirer ces mines sous peine de terrible châtiment, mais a ajouté que si ces mines sont retirées, « ce sera un pas dans la bonne direction » https://edition.cnn.com/2026/03/10/politics/iran-begins-laying-mines-in-strait-of-hormuz ; https://www.cnbc.com/2026/03/11/us-strikes-iran-mine-ships-strait-of-hormuz-war-oil.html ; https://www.axios.com/2026/03/10/hormuz-strait-mines-war-trump
[75] Le manque de chasseurs de mines de la marine américaine a été souligné depuis longtemps. D’autres alliés disposent de tels bâtiments mais en nombre insuffisant pour une vraie campagne : https://warontherocks.com/2023/08/lessons-learned-of-lessons-observed-the-u-s-navys-relationship-with-mine-warfare/ . Sur les dangers potentiels liés aux mines iraniennes (sachant que l’Iran a un besoin vital du détroit d’Hormuz pour exporter son pétrole vers la Chine), voir : Amaury Coutansais-Pervinquière et Victor Mérat, Dans le détroit d’Ormuz, les Etats-Unis au défi de la guerre des mines, Le Figaro International,11 mars 2026.
[76] Un scénario à haut risque car les navires escorteurs seront des cibles faciles. D’où la réserve de la marine américaine : https://www.maritimeprofessional.com/news/navy-says-escorts-possible-destroys-416744
[77] A l’exception des frappes de missiles iraniens (combinées à des attaques de drones provenant sans doute des Houthis yéménites) contre un site pétrolier saoudien en septembre 2019 https://en.wikipedia.org/wiki/Abqaiq%E2%80%93Khurais_attack
[78] Source : Albert Vidal and Jasim Murad, Cumulative confirmed missile, UAV and fighter jet interceptions by the GCC states, International Institute for Strategic Studies, 6 mars 2026.
[79] New York Times, liste tenue à jour avec photos satellites : Bora Erden and Leanne Abraham, At Least 17 U.S. Sites Damaged in War with Iran,Analysis Shows, The New York Times, 11 mars 2026 : https://www.nytimes.com/interactive/2026/03/11/ world/middleeast/iran-us-military-bases-strikes-map.html
[80] Amberin Zaman, Al-Monitor Turkey, 6 mars 2026.
[81] Analyse de la posture turque : https://www.atlanticcouncil.org/ blogs/turkeysource/ turkey-has-weathered-regional-instability-before-but-the-war-in-iran-poses-greater-risks-to-ankara-than-past-conflicts/ ?utm_campaign=20364194-AC-Intel-Daily-Newsletter&utm_ medium= email&_hsenc=p2ANqtz—Q0p7pBGGbmIL91-m4r6KQYbErQfpS4g4CDKVm6z RLcRJa_A9kaEH7a7bgHH7LOa_eG5NIzIfKXNErwCA6gjbOML7Hd5CCUtwJSIn9LOf31xAOX8Q&_hsmi=408558307&utm_content=408558307&utm_source=hs_email
[82] https://cermam.org/fr/du-corridor-de-zangezur-a-la-route-de-la-prosperite-trump-une-perspective-iranienne-sur-la-reconfiguration-de-la-geopolitique-du-sud-caucase/
[83] Turkiye’s Middle Corridor gains strategic importance as Ira conflict disrupts global shipping, Yenisafak,5 mars 2026.
[84] L’analyste Anna L. jacobs se demande si les attaques iraniennes au Qatar n’ont pas porté un coup fatal aux relations bilatérales et, par là même anéanti le rapprochement avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe ; le Qatar, médiateur infatigable, abandonnera-t-il ce rôle ? Il a été très choqué de cette punition : Iran War Tests Qatari Mediation and Diplomacy, Arab Gulf Institute, 6 mars 2026.
[85] Kristian Coates Ulrichsen, Iran’s targeting of airports, ports and hotels in reaction to US strikes has forces Gulf nations onto front lines of a war they want no part in, The Conversation, 3 mars 2026.
[86] Cité par Guillaume de Dieuleveut, Frappé au cœur, le régime iranien met le feu au Moyen-Orient, Le Figaro, 3 mars 2026.
[87] La base de Chypre a été visée le 2 mars par un drone Shahed 2 tiré du Liban par le Hezbollah. Depuis longtemps le groupe libanais menace cette base opérée par les Britanniques mais qui abrite des avions américains qui lui sont hostiles. La France a réagi en annonçant l’envoi de navires pour protéger Chypre et sa base : Europe rallies around Cyprus after Iranian drone hits island, PBS News, 9 mars 2026.
[88] Iran’s supreme Leader warns of regional war if US attacks, BBC, 1er février 2026 ; et Iran warns of regional conflict if US attacks, designates EU armies ‘terrorists’, Reuters, 1er février 2026.
[89] Ata Mohamed Tabriz, Why warm ay no longer be the worst outcome for Tehran, Iran International, 21 février 2026.
[90] Iran EXECUTES Khamenei’s plan to spread regional war, The Financial Times, 3 mars 2026.
[91] Cités par : As Iran targets oil infrastucture, Middle East war threatens global economy, France 24, 2 mars 2026.
[92] Iran oil facilities hit for first time as war with US-Israel enters day 9, Al Jazeera, 8 mars 2026.
[93] https://www.bbc.com/news/articles/cqxd1nv3re2o ; https://www.aljazeera.com/news/ 2026/3/9/who-chief-raises-alarm-after-israeli-attacks-on-iranian-oil-facilities
[94] Israel Srikes Oil Facilities in Iran, The New York Times, 7 mars 2026.
[96] C’est pourquoi (fait exceptionnel pour Trump qui déteste les organisations multilatérales) ce dernier a obtenu de l’Agence Internationale pour l’Energie l’autorisation de libérer 400 millions de barils de pétrole et de produits raffinés des stocks stratégiques américains : Trump will tap poil reserves as Iran war drives up gas prices, AXIOS, 12 mars 2026.
[97] https://www.timesofisrael.com/liveblog_entry/report-witkoff-kushner-coming-to-israel-as-us-irked-over-scope-of-strikes-on-irans-oil-depots/
[98] Practically nothing left to target in Iran tells Trump to AXIOS, Iran International, 11 mars 2026.
[99] A la suite d’une frappe sur une banque à Téhéran, les Gardiens annoncent avoir établi des listes de banques et organismes financiers liés aux USA et à Israël dans la région : Iran declares US- Israeli banking interests in region are targets, Al Jazeera, 11 mars 2026 ; https://www.aljazeera.com/news/2026/3/11/iran-declares-us-israeli-economic-banking-interests-in-region-as-targets
[100] Vital Desalinisation Plants IN Iran and Bahrein Are Attacked, The New York Times, 8 mars 2026.
[101] Voir également l’analyse de Peter Gleick : Desalinisation, water and war, Bulletin of the Atomist Scientists, 9 mars 2026.
[102] Kai Nicol-Schwartz, How the Iran war could impact hyperscaler’s massive AI buildout in the Middle East, CBC, 11 mars 2026. https://www.cnbc.com/2026/03/11/iran-war-hyperscalers-huge-middle-east-ai-data-center-plans.html.
[103] https://theconversation.com/blocage-du-detroit-dormuz-le-risque-dun-choc-industriel-pour-leurope-277628
[104] Le détroit a déjà connu des crises entravant le libre passage : https://fr.wikipedia.org/ wiki/Crise_du_d%C3%A9troit_d%27Ormuz_(2011)
[105] La difficile adaptation du commerce aux tensions dans le Golfe et le détroit d’Ormuz, Le Figaro, 5 mars 2026.
[106] https://www.cnbc.com/2026/03/09/one-big-reason-ships-and-insurers-are-unwilling-to-risk-strait-of-hormuz.html
[107] https://www.iris-france.org/le-conflit-en-iran-fait-ressurgir-la-peur-des-consequences-dun-blocage-du-detroit-dormuz-sur-leconomie-mondiale/
[108] https://www.kpler.com/blog/how-the-strait-of-hormuz-shutdown-is-disrupting-dry-bulk-lng-freight-and-trade-compliance
[109] Voir : The Straits of Hormuz is facing a blockade. These countries will be most impact, CNBC, 3 mars 2026 https://www.cnbc.com/2026/03/03/strait-of-hormuz-closure-which-countries-will-be-hit-the-most.html
[110] Voir : https://www.frstrategie.org/publications/notes/consequences-guerre-iran-pour-japon-questions-valerie-niquet-2026
[111] Sécuriser le détroit d’Ormuz, une ambition américaine et européenne « complexe », Connaissance des Energies avec AFP, 6 mars 2026.
[112] https://www.aljazeera.com/news/2026/3/11/iran-declares-us-israeli-economic-banking-interests-in-region-as-targets.
[113] Pékin veut négocier un droit de passage dans le détroit d’Ormuz, Le Figaro, 11 mars 2026.
[115] La guerre en Iran, une aubaine pour Moscou, en manque de liquidités, Le Figaro, 6 mars 2026.
[116] https://www.bbc.com/news/articles/cy031d1ny7jo. https://www.instituteforenergyresearch.org/international-issues/u-s-allows-russia-a-30-day-waiver-to-sell-sanctioned-oil/;https://www.thompsonhinesmartrade.com/2026/03/ofac-issues-russia-general-license-allowing-delivery-and-sale-of-russian-crude-oil-and-petroleum/;https://www.clearytradewatch.com/2026/03/ofac-issues-temporary-reprieve-for-certain-russian-origin-crude-oil-shipments/ ; https://www.enerdata.net/publications/daily-energy-news/us-expands-waiver-allowing-sales-russian-oil-cargoes-already-sea.html ; Certains pays (Chine, Inde, Turquie, Pakistan… exceptions considérées comme ‘non hostiles’) négocient avec Téhéran des autorisations de navigation de tankers https://www.aljazeera.com/economy/2026/3/16/strait-of-hormuz-which-countriess-ships-has-iran-allowed-safe-passage-to ; https://mepei.com/why-iran-is-allowing-bangladeshi-tankers-through-the-strait-of-hormuz/ ; La Chine sollicitée https://www.lloydslist.com/LL1156628/China-linked-Hormuz-transits-retreat-to-shipping%E2%80%99s-opaque-fringes ; https://www.scmp.com/economy/china-economy/article/3346617/does-iran-have-yuan-hormuz-oil-trade-plan-why-analysts-china-are-urging-caution
[117] https://www.washingtonpost.com/national-security/2026/03/06/russia-iran-intelligence-us-targets/ https://apnews.com/article/trump-iran-russia-intelligence-35afae34198408d670941f971d383378 Voir aussi : Comment l’Iran cible les sites militaires américains grâce au renseignement russe, Le Figaro, 9 mars 2026.
[118] ]Pour un panorama des réactions, voir : Iran lashes out across region after renewed Israeli-US attack, Amwaj.media, 1 er mars 2026.] par ce qu’elles considèrent non seulement comme un chantage, mais comme une punition injuste de la part de l’Iran. L’amertume est d’autant plus grande que ces pays se sont abstenus de participer aux hostilités, et, pour certains, ont même interdit leur espace aérien aux aéronefs israéliens et américains. Bien plus, le Qatar, Oman et l’Arabie saoudite ont agi en médiateurs pour éviter des frappes contre l’Iran et favoriser un accord sur le nucléaire, sans parler des négociations pour libérer des otages. L’amertume et la colère sont très vives. Les Emirats arabes unis, malgré les très importants échanges commerciaux avec l’Iran, paie sans doute le prix de sa proximité avec Israël, d’être signataire des Accord d’Abraham, et d’abriter une base militaire française. Les frappes iraniennes ont suscité de vives protestations émiraties contre la régionalisation du conflit par l’Iran qui se sert des pays de la région pour régler ses désaccords et étendre ses conflits. Alors que la monarchie souhaite consolider ses relations avec la République islamique, ces épisodes la contraignent à se rapprocher davantage des positions américaines et israéliennes. Les autorités ont affirmé « l’entier droit du pays à réagir » et prendre toutes mesures (non précisées) pour dissuader toute agression pour protéger son territoire [[The United Arab Emirates : Closer to the US-Israeli position than it want to be, The Atlantic Council, 1 er mars 2026 ; Selon le Wall Street Journal les Autorités émiraties envisageraient de geler des milliards de dollars d’avoirs iraniens, dont certains appartiennent aux Gardiens de la Révolution. UAE considering multibillion dollar Iranian asset freeze following attacks -WSJ, The Jerusalem Post, 6 mars 2026. Voir aussi : Georges Malbrunot, Les Etats du Golfe en quête de ripostes financières contre Téhéran, Le Figaro, 9 mars 2026.
Rappelons que Washington traque les finances iraniennes abritées aux Emirats malgré les sanctions.
[119] Scoop : Saudi defense minister says Trump not bombing Iran would embolden, AXIOS, 30 janvier 2026.
[120] Trump tenté de mise sur la mosaïque ethnique pour faire tomber les mollahs, Le Figaro, 6 mars 2026. Et : Barak Ravid, Marc Caputo, Under threat, Iraqi Kurds resist pressure to join Iran war, AXIOS, 7 mars 2026.
[122] Une action commando des forces spéciales était envisagée : https://www.theguardian.com/world/2026/mar/10/us-weighs-sending-forces-into-iran-to-secure-nuclear-stockpile-reports-say
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