Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
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Histoire

  • Des Achéménides aux Kadjars : la référence à l’Antiquité perse dans la politique culturelle de Fath Ali Shah - 22/05/18

    Le règne de Fath Ali Shah (1797-1834) marque le renforcement de l’État perse au sortir d’un siècle de guerre civile. Mais si son père lui a légué un empire pacifié où les familles les plus influentes ont été matées par les armes, les guerres désastreuses contre la Russie (1804-1813 et 1826-1828), dans le cadre du Grand Jeu, fragilisent son pouvoir de l’extérieur. Issu d’une dynastie récente en mal de légitimité, Fath Ali Shah ne peut pas vraiment compter sur son armée pour asseoir sa stature impériale. C’est probablement pour ces raisons (en plus d’un goût personnel très prononcé pour les arts) qu’il se livre durant tout son règne à une vraie politique de propagande artistique. En témoigne la série de ses portraits en majesté, amplement diffusés sous forme de cadeaux d’apparat, ou encore les exemplaires richement illustrés de son Shahinshanameh. Cet ouvrage se veut la suite du célèbre Shanameh de Ferdowsi en continuant son récit jusqu’aux exploits du souverain Kadjar.

  • Le voyage du frère jésuite Bazin dans la Perse de Nader Shah (1/2) - 17/05/18

    « En 1741 j’étais à Derbent, ancienne ville située sur les bords de la mer Caspienne, lorsqu’il y arriva couvert de gloire, et chargé de toutes les richesses de l’Inde ; c’est là que je l’ai vu pour la première fois » (1) écrit le frère Bazin pour relater sa rencontre initiale avec celui qui allait devenir pendant les dernières années de son règne, son maitre et patient, Nader Shah. Nader Kouli (1688-1747) est un roturier du Khorasan devenu Shah de Perse en 1736 sous le titre de Nader Shah. Il est de son vivant connu en Europe pour ses exploits militaires, notamment en Hindoustan, son usurpation du trône et sa cruauté légendaire. Il incarne pour de nombreux auteurs contemporains l’archétype du despote oriental. Le frère Bazin quant à lui est un membre de la compagnie de Jésus qui se rend en Orient, à l’instar de nombreux missionnaires, avec pour objectif, selon ses propres mots de « servir utilement la Religion dans un pays où elle est sans cesse exposée à des insultes et à des persécutions » (2). Lors de son séjour de six ans en Perse, le frère jésuite accompagne l’empereur de Perse dans tous ses déplacements et devient même son premier médecin en 1746.

  • Mirza Fatali Akhundov : de l’universalisme des Lumières au nationalisme persan - 11/05/18

    Figure intellectuelle du XIXe siècle dans l’Empire russe et dans le monde persan, Mirza Fatali Akhundov (1812-1872) est un personnage singulier à étudier. Apprécié des milieux intellectuels comme du gouvernement impérial qu’il a servi avec ardeur toute sa vie, il a été présenté durant toute la période soviétique comme le premier penseur matérialiste du monde musulman, et donc à ce titre comme le pionnier du communisme en terre d’Islam. L’historiographie iranienne en fait aussi le premier artisan du discours nationaliste persan. Il apparaît pourtant en Azerbaïdjan comme le père fondateur de la littérature azérie, et donc à cet égard comme un héros national de premier plan.
    Comment un même individu aurait-il pu être à la fois tsariste, communiste et nationaliste, qui plus est garant de deux identités nationales différentes ?

  • La Perse dans la pensée française du XVIIIème : de l’exotisme magique au royaume de la violence orientale - 09/05/18

    Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, l’Iran est de nouveau un objet d’étude privilégié de l’analyse géopolitique. Le cadre théocratique dans lequel s’inscrit l’Etat iranien interroge sur de nombreux points les chercheurs occidentaux. En dépit des nombreuses sanctions internationales mises en place par les Etats-Unis en 1995 face au programme nucléaire iranien, le nouvel essor du tourisme en Iran n’a pas attendu l’accord de Vienne signé en Juillet 2015 pour se manifester. En effet, les chiffres du tourisme ont explosé en Iran passant de 1 546 millions de visiteurs en 2003 à plus de 3 300 millions en 2011 en raison de la richesse culturelle extraordinaire du pays (1). Les sites touristiques tels que Persépolis, capitale des Achéménides rassemblant des merveilles architecturales construites en plus de deux siècles ou encore la splendide mosquée Rose de Shirâs, témoignent en effet de la profondeur historique de l’Iran. Une telle fascination pour la Perse n’est pas chose nouvelle puisque dès la seconde partie du XVIIème siècle, les voyageurs et auteurs français s’y intéressent.

  • Le rôle des medersas coloniales de l’Algérie française dans l’orientalisme du début du XIXème siècle - 02/05/18

    Dans son article L’état intellectuel et moral de l’Algérie en 1830, Marcel Emerit souligne « la distance morale considérable » qui sépare les colons des Algériens lors de l’expansion coloniale française sous le règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848) (1). L’historien français utilise le concept de « distance morale » comme une notion neutre et objective de différence culturelle, qui n’implique donc aucun jugement ni hiérarchie. L’historien français affirme que la date de 1848 est une rupture après laquelle on voit se développer une plus grande proximité entre les colonisateurs européens et les Algériens. Cette temporalité correspond à celle du décret du 30 septembre 1850, acte fondateur de la politique d’éducation française en Algérie. L’action publique à volonté pédagogique se déroule en premier lieu au sein les medersas ; des universités théologiques musulmanes qui offrent cependant des formations plus profanes comme celles des sciences. Ces structures d’éducation anciennes ont notamment joué un grand rôle dans le renouvellement des sciences islamiques depuis le Xème siècle. Pendant la colonisation française, des professeurs d’arabe formés en métropole sont chargés d’instaurer une éducation plus européenne. Outre leur rôle au sein de l’administration coloniale qui relève de d’enseignement, nous pouvons nous demander comment ces figures intermédiaires entre Algériens et Français ont pu contribué largement au mouvement scientifique qu’est l’orientalisme.

  • La crise irano-soviétique de 1945-1946 - 26/04/18

    En dépit de son importance historique en Asie centrale et géopolitique au début de la Guerre Froide, la crise irano-soviétique de 1945-1946 est relativement méconnue. Son impact politique en Iran est en effet conséquent puisque la province de l’Azerbaïdjan iranien se proclame indépendante de Téhéran. Au niveau mondial, le conflit irano-soviétique constitue la première crise de la Guerre Froide et mobilise des acteurs extérieurs au Grand Jeu, comme les Etats-Unis. Cette crise trouve d’abord son origine dans la Seconde Guerre mondiale qui déstabilise le pouvoir central en Iran, critiqué par les Alliés en raison de ses liens économiques avec l’Allemagne. Cependant, les échanges économiques entre Téhéran et Berlin sont déjà anciens et ne traduisent aucunement de rapprochements idéologiques. Bien que le pays se déclare neutre pour éviter toute invasion, l’Iran est envahi militairement par les deux puissances du Grand Jeu : les Soviétiques au Nord et les Britanniques à l’Ouest (1). Devant cette perte de souveraineté de l’Iran, Reza Shah, fondateur de la dynastie Pahlavi (1925-1979), abdique le 16 septembre 1941 provoquant un vide de pouvoir criant en Iran. Soviétiques et Britanniques profitent de cette situation pour faire voter au Majlis, le Parlement iranien, l’accord tripartite du 29 janvier 1942 qui légitime la présence des troupes étrangères sur le sol iranien en cas de troubles.

  • Compte rendu de la conférence inaugurale de Ali Benmakhlouf, tenue à la Semaine arabe de l’ENS 2018 : « La philosophie arabe médiévale : quelle transmission ? quelle actualité ? » - 18/04/18

    Professeur à l’Université Paris Est Créteil, membre senior de l’Institut Universitaire de France et membre de l’Académie Nationale de Pharmacie, le philosophe Ali Benmakhlouf est de ces penseurs dont la trajectoire intellectuelle paraît sinueuse lorsqu’on la résume en quelques dates et limpide pour peu qu’on tende l’oreille au propos qu’il développe. Spécialiste de logique au cours de ses études, il a d’abord consacré des ouvrages à Russell (1996) et à Frege (1997), avant d’entamer un travail au long cours sur la philosophie arabe dont témoignent Averroès (2000), Al Farabi : philosopher à Bagdad au Xe siècle (2007) et plus récemment Pourquoi lire les philosophes arabes ? (2015). Son dernier ouvrage, La conversation comme manière de vivre (2016), donne l’occasion de découvrir ses passions littéraires (Lewis Carroll, Flaubert) ainsi que l’influence décisive de Montaigne sur sa pensée.

  • Sinan Antoon, Seul le grenadier - 13/04/18

    Le Prix de la littérature arabe décerné par l’Institut du Monde Arabe a récompensé en 2017 Seul le grenadier (2010), publié aux éditions indbad/Actes Sud, et son auteur, l’Irakien Sinan Antoon, à la tête d’une œuvre déjà riche de quatre romans et quatre recueils de poésie. Professeur à la New York University, traducteur reconnu de poésie arabe moderne vers l’anglais (Mahmoud Darwich, Sargon Boulus, Badr Chakir Al-Sayyab), Sinan Antoon s’est également essayé au cinéma documentaire avec About Baghdad (2004), carnet d’un retour au pays natal en pleine seconde guerre du Golfe pour celui qui l’avait quitté au commencement de la première, en 1991. Il anime enfin la revue en ligne Jadaliyya, véritable vivier intellectuel pour les arabisants des États-Unis et d’ailleurs.

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