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Sultanat d’Oman de 1956 à 1977
Article publié le 08/08/2012

Par Ainhoa Tapia

La crise de Suez en 1956 ainsi que les difficultés financières du gouvernement britannique amènent celui-ci à repenser sa politique au Moyen-Orient à la fin des années 1950. Cependant, l’importance financière des champs pétroliers omanis et l’incapacité du sultan Said à gérer les différentes crises que traverse son pays rendent le départ des troupes britanniques, souhaité par Londres, compliqué. En effet, les Britanniques doivent s’assurer qu’une fois les troupes parties, le gouvernement du sultan sera en mesure de protéger les intérêts financiers de la Grande-Bretagne. Cette nécessité provoque l’abdication forcée de Said et la montée sur le trône de son fils, Qabus, désireux de faire de son pays un Etat moderne et intégré sur le plan international.

1956-1967 : les dernières années de la coopération entre les Britanniques et le sultan Said

Après l’échec de l’expédition de Suez en 1956, les Britanniques repensent leur politique au Moyen-Orient et en particulier l’orientation militaire de celle-ci. Ainsi, dès 1957, le Sandys White Paper qui définit la nouvelle ligne directrice concernant l’armement britannique, donne priorité au nucléaire et à des forces conventionnelles. La suppression du service militaire obligatoire est également envisagée, dans une optique de restriction budgétaire. Cependant, malgré cette décision de réduire les dépenses militaires, il n’est pas envisagé d’abandonner militairement le sultan omani car le contrôle des ressources pétrolières du pays est en jeu.

Par conséquent, lorsque cette même année 1957, les rebelles de Nizwa, fidèles à l’imam déposé en 1955 suite aux événements de l’oasis Buraimi se soulèvent à nouveau, les Britanniques aident le sultan à mettre fin à cette révolte. Si les Américains acceptent cette intervention comme une ultime conséquence des événements de l’oasis Buraimi, ils refusent néanmoins de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU afin de ne pas devoir choisir entre les Britanniques et les pays arabes hostiles à la Grande-Bretagne depuis l’affaire de Suez.

Ce soulèvement contraint également les Britanniques à poursuivre leur soutien militaire au sultan et à augmenter leur présence militaire sur place. Cependant, afin de suivre le Sandys White Paper, la présence militaire nécessaire pour sécuriser les investissements britanniques à Oman ne doit pas être payée par le contribuable anglais. Ainsi, lorsqu’en 1957, Galib bin Ali, un des frères de l’ancien imam exilé en Arabie saoudite, décide de reprendre la ville de Bilat Sait (proche de la frontière avec l’Arabie saoudite) à l’aide de l’armée du Mouvement Révolutionnaire Omani (MRO) créé en 1955 par son autre frère Talib bin Ali, il est rapidement assiégé par le Muscat and Oman Fiel Force (MOFF). Talib vient alors à son aide, avec des armes d’origines américaine et saoudienne, et parvient à briser le siège installé par le MOFF. Le drapeau de l’imamat est ensuite dressé sur Nizwa. Les Britanniques, sollicités par le sultan, acceptent de l’aider. Une fois la situation sous contrôle, l’armée de l’air est chargée de surveiller la région. En 1959, un raid aérien est mené contre les grottes dans lesquelles la résistance se cache, et les rescapés s’enfuient en Arabie saoudite. Outre leur surveillance aérienne, les Britanniques souhaitent renforcer l’armée du sultan afin qu’il soit autonome sur le plan militaire. C’est ainsi qu’en 1958, à la suite d’un échange de lettres entre Londres et le sultan, des officiers britanniques sont envoyés à Oman pour former les Forces Armées du Sultan (FAS). Par cet échange de lettres également, le Civil Air Aviation Agreement de 1934 est renouvelé. Parallèlement, le projet d’une aide financière pour le développement du pays dans les domaines des infrastructures (construction de routes), de l’éducation, de la santé et de l’agriculture est également convenu. En effet, le sultan estimant qu’il n’a pas les moyens de financer ces projets (malgré la somme reçue par le Trésor royal en 1958 pour la vente d’une enclave au gouvernement du Pakistan), il revient donc aux Britanniques de le faire. Cependant, les projets prennent du retard. Ce manque d’infrastructures provoque un exode vers les pays pétroliers de la région et, dès la fin des années 1960, plus de 50 000 Omanis ont quitté le pays.

La région du Dhofar souffre également du désintérêt du sultan. En effet, dans cette zone appartenant à la famille du sultan, la population n’a pas de droits politiques. En 1962, des tribus de la montagne se révoltent, souhaitant devenir indépendantes. Pour cela, elles s’attaquent tout d’abord aux aéroports utilisés par la Royal Air Force (RAF) dans la région puis, en avril 1963, aux voitures appartenant à des compagnies pétrolières étrangères. Le but est de provoquer l’intervention des Britanniques et de les sensibiliser à la pauvreté de la population. Cependant, Londres se désintéressant du problème, le Front de Libération du Dhofar (FLD) est créé en 1964. Il tient sa première réunion en 1965, durant laquelle un exécutif de dix-huit membres est élu, rédige un manifeste exigeant la fin de l’influence du sultan et décide d’organiser des attaques contre les patrouilles du sultan. En 1966, une tentative d’assassinat du sultan Said a lieu, provoquant son enfermement dans son palais jusqu’à son abdication en 1970. A partir de 1967, les Dhofaris se tournent vers le marxisme et ont le soutien du Front de Libération Nationale (FLN), parti marxiste qui dirige la République Démocratique Populaire du Yémen (RDPY). L’absence de réaction du sultan à la crise du Dhofar provoque son remplacement par Said.

1967-1972 : le départ des Britanniques, la guerre du Dhofar et l’abdication forcée de Said

En 1967, un événement extérieur à la politique omanie va jouer un rôle essentiel dans les futures décisions des Britanniques dans la région : la livre est fortement dévaluée. Par conséquent, pour éviter l’inflation, de nouvelles restrictions budgétaires sont nécessaires. Il est ainsi décidé du retrait définitif des troupes britanniques de tous les Etats de la côte du golfe arabo-persique avant la fin de l’année 1971. Cependant, cette décision n’est pas appréciée par les Américains, qui refusent de laisser un vide de pouvoir dans une zone pétrolière aussi stratégique. Ils ont en effet déjà mis en place la politique des « piliers jumeaux » en soutenant l’Iran et l’Arabie saoudite, mais ils ne souhaitent pas qu’Oman, dont les eaux territoriales sur le détroit d’Ormuz voient passer deux-tiers du trafic mondial d’hydrocarbures, soit privé de toute influence occidentale. Etant au même moment en guerre au Vietnam, ils ne peuvent envoyer d’hommes sur place prendre le relais des Britanniques. De plus, ils sont inquiets du rapprochement du Front de Libération de Dhofar avec le marxisme-léninisme en 1968. Avec le soutien du FLN d’Aden, le Front de Libération de Dhofar devient le Front de Libération Populaire du Golfe Arabique Occupé (FLPGAO).

Le FLPGAO reçoit des armes du FLN d’Aden et de la Chine communiste (qui envoie aussi des officiers et des ouvrages de politique), empêchant les Britanniques de quitter le pays dans le calme comme dans les autres pays de la côte arabique. En effet, le conflit entre le sultan Said et ses ennemis s’envenime à la fin des années 1960, les champs pétroliers de la Petroleum Development Oman étant même menacés en juin 1970. Les Britanniques décident alors de remplacer Said par un sultan apte à gérer le conflit sans mettre en danger les investissements britanniques. Ils placent ainsi son fils Qabus sur le trône, Said étant envoyé à l’étranger en exil où il meurt en 1972. La première priorité de Qabus est de régler le conflit à Dhofar. Pour cela, il bénéficie de l’aide des Special Air Service (SAS) britanniques, qui arrivent après le départ des troupes conventionnelles.

1972-1977 : fin de la guerre et volonté de redresser le pays

Le 19 juillet 1972, l’arrêt du FLPGAO à Mirbat est le tournant de la guerre [1]. A partir de ce moment, les Forces Armées du Sultan gagnent du terrain et les combats se terminent le 11 décembre 1975. En juillet 1976, les Britanniques rendent le contrôle des aéroports aux FAS.

Gagner la guerre au Dhofar n’est cependant pas le seul objectif du nouveau sultan. En effet, contrairement à son père, il s’intéresse au redressement de son pays ainsi qu’à la construction de relations extérieures fortes avec ses voisins. Il s’implique ainsi personnellement dans la mise en œuvre de cette politique. En 1971, il dépose son oncle Tariq, jusqu’alors Premier ministre et prend son poste. Il cumule également les postes de ministre des Finances, de la Défense et des Affaires étrangères. Un autre changement est sa volonté d’« omaniser » l’administration en installant à tous les postes importants des personnes originaires d’Oman et non plus de Zanzibar comme c’était auparavant le cas. En outre, grâce aux revenus du pétrole, il lance des programmes de développement de l’armée, de l’éducation, de la santé et des infrastructures. Pour cela, il organise des partenariats public-privé avec des sociétés étrangères. Cependant, sur le plan social, une inégalité croissante se fait sentir dans la population entre les diwans, proches du sultan vivant des revenus du pétrole et travaillant dans les sociétés étrangères, et le reste de la population qui ne profite pas de la manne pétrolière. Sur le plan régional et international, Oman intègre la Ligue arabe en septembre 1971 et l’ONU le 7 octobre.

LIRE EGALEMENT SUR LES CLES DU MOYEN-ORIENT :

- Sultanat d’Oman de 1798 à 1920 : la progressive implantation britannique

- Sultanat d’Oman dans les années 1920 : l’empire informel

- Sultanat d’Oman de 1932 à 1955 : la progressive unification du pays

Bibliographie

- 
Article « Oman » de l’Encyclopedia Universalis.
- 
Francis Owtram, A modern history of Oman : formation of the state since 1920, Cambridge, Londres, 2004. 

- Rabi Uzi, The emergence of states in a tribal society : Oman under Saʿid bin Taymur, 1932-1970, Portland, 2006.

[1Les FAS seules ne sont pas assez puissantes pour faire face aux Dhofaris armés par la RPDY et la Chine. Elles ont donc besoin de l’aide étrangère, donnée par les milliers de soldats iraniens (5 000 en 1975) munis d’armes américaines dans le cadre de la politique des « piliers jumeaux ». Puis, à partir de 1975, lorsque le conflit vietnamien commence à se résorber, les Américains envoient des missiles antitanks. D’autres pays aident également sous forme financière : l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Quant à la Jordanie, elle envoie des officiers spécialisés dans le renseignement.

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