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Mouvements migratoires et migrants au Moyen-Orient pendant la Première Guerre mondiale
Article publié le 15/11/2016

Par Delphine Froment

L’émigration que connaît le Moyen-Orient depuis plusieurs décennies, et encore récemment amplifié avec la crise syrienne, n’est en aucun cas un phénomène inédit. Il y a un siècle, en plein conflit mondial, la région était déjà largement touchée par une crise migratoire.
En effet, la Première Guerre mondiale est, autant qu’en Europe, un véritable traumatisme pour le Moyen-Orient : au Liban, on a longtemps considéré cet événement comme le plus tragique jamais arrivé dans la région, jusqu’à ce que la guerre civile éclate en 1975 (1). La guerre et toutes les souffrances auxquelles elle conduit (famine, épidémies…) provoquent de multiples mouvements migratoires, à l’intérieur comme vers l’extérieur de l’Empire ottoman.
Quelles sont les modalités de ces mouvements migratoires ? Qui migre, et où ? Quel lien ces migrants et réfugiés gardent-ils avec leur mère-patrie ?

Mouvements migratoires au sein de l’Empire ottoman

Si la guerre et la mobilisation des troupes conduisent à la mobilité des soldats et conscrits à travers tout l’Empire ottoman, il en va de même pour les civils, qui, devant l’imminence de la guerre, fuient leurs lieux de vie en quête d’un nouveau refuge. En octobre-novembre 1914, l’annonce de l’entrée en guerre par les journaux ottomans déclenche une immense vague migratoire au sein même de l’Empire ottoman. L’historien Jirjis Makdisi, qui a été contemporain des événements, a mis en évidence un double exode des populations ottomanes : vers les côtes et vers l’intérieur du pays. D’après lui, ces flux migratoires se font selon l’appartenance religieuse, les Chrétiens se regroupant sur les côtes, et les Musulmans dans l’arrière-pays (2).

Ainsi, George Korkor raconte dans un journal intime non publié comment, lorsque la guerre éclate, il décide de quitter Beyrouth et d’installer sa famille dans une ville portuaire, Jounieh, quinze kilomètre au nord-est de Beyrouth, dans le district du Mont Liban ; ils y restent environ douze mois, et y vivent dans des conditions très difficiles : toute la famille se partage deux chambres et une cuisine vétuste, tandis que George Korkor fait les aller-retour entre Beyrouth et Jounieh pour son travail, ce qui entraîne de nouvelles dépenses. L’idée de Korkor est néanmoins de mettre sa famille à l’abri des maux qu’il pense que la guerre entraînera. Il en va de même pour cet imam chiite, Muhsin al-Amin, qui, plutôt que de rester dans sa ville de Damas, décide lui aussi de déplacer sa famille dans un endroit plus sûr, mais cette fois-ci, à Shaqra, le village de son enfance, qui se trouve dans les zones montagneuses de Jabal Amil au sud du Liban. Ainsi, la région du Moyen-Orient devient elle aussi la scène de déplacements de populations à travers tout le pays, de nombreuses familles partant de manière plus ou moins précipitée, et souvent avec de très simples et maigres moyens, comme par exemple avec un ou deux chameaux pour porter femmes, enfants et biens.

Au-delà des déplacements côte/arrière-pays, des mouvements migratoires sont à observer entre les provinces ottomanes : les autorités ottomanes ont ainsi enregistré des émigrations internes de Libanais vers l’intérieur de la Syrie (Haurane et Damas notamment), la Cilicie ou l’Egypte (qui, formellement, demeure en 1914 province ottomane).

Fuir le Moyen-Orient

A ces flux migratoires internes s’ajoutent les émigrations hors du Moyen-Orient. Il s’agit, pour ces réfugiés, de fuir la conscription, les souffrances de la guerre ou l’Empire ottoman tout simplement.

La mobilisation des troupes ottomanes se fait non sans heurts : nombreux sont les conscrits qui cherchent à fuir et à déserter. Pour éviter d’être emmenés au front, les hommes en âge de combattre tentent ainsi parfois de fuir l’Empire ottoman en s’embarquant pour l’Amérique. Ainsi, en 1916, l’armée recrute 10 000 jeunes chrétiens pour les mettre au travail forcé pour la construction d’un chemin de fer entre Damas et la Palestine : à l’annonce de la mesure, l’émigration à l’international augmente très fortement. Il s’agit là d’un phénomène désormais classique dans l’Empire ottoman : les guerres au Yémen et dans les Balkans en 1912 et 1913 avaient déjà encouragé le départ de nombreuses forces vives de l’armée ; dès les années 1890, de nombreux Syriens étaient partis pour l’Amérique du Sud afin d’éviter la conscription. Aussi, l’entrée en guerre de l’Empire ottoman en 1914 n’est qu’un encouragement de plus pour les candidats au départ. Missionné en Syrie et en Cilicie par les chambres de commerce de Marseille et de Lyon, l’historien juridique français Paul Huvelin fait état dans son rapport, en 1919, des motivations des émigrants : pour lui, entre autres « tracasseries » et raisons politiques qui poussent les populations moyen-orientales à fuir leurs régions, le rejet de la conscription et du service militaire est une motivation particulièrement importante (3).

La promesse d’une vie plus prospère encourage également au départ. Les facteurs économiques pesaient déjà beaucoup dans l’émigration libanaise d’avant-guerre : au tournant du xxe siècle, le marché libanais commençait à être déstabilisé par la pénétration croissante des biens, des capitaux et des techniques européennes, ce qui conduisait à un appauvrissement de certaines franges de la population, et donc accentuait l’émigration vers un monde meilleur (4). L’entrée de l’Empire ottoman dans le conflit mondial n’arrange guère la situation, et pousse même les moyennes classes à partir : le rapport de Paul Huvelin mentionne surtout des petits commerçants, des employés et des petits entrepreneurs parmi les réfugiés, dont les motivations ne sont pas de labourer la terre en Amérique, mais bien plutôt d’y développer leur commerce ou d’y pratiquer la profession qu’ils exerçaient au Moyen-Orient avant la guerre. Ces migrations qui ont lieu durant la guerre viennent ainsi alimenter de solides diasporas, qui s’étaient développées en Europe, en Amérique et en Afrique, et avaient mis en place, dès avant la guerre, des réseaux commerciaux multiples à travers le monde.

Autre raison de l’émigration : le génocide (5) perpétré par les autorités ottomanes à l’encontre des populations arméniennes. Nombreux sont les Arméniens qui fuient vers la Russie, dans le Caucase russe, vers la Perse, dans les montagnes, ou encore en Grèce, en Bulgarie. Mais c’est surtout après la guerre que les Arméniens partent de la Turquie pour les pays d’immigration de l’Amérique, ou pour la France, avec l’aide du « passeport Nansen » (6). La mémoire du génocide reste extrêmement vive, et devient un élément fédérateur pour ces migrants, et constitutif de la diaspora arménienne à travers le monde (7).

C’est en général par voie maritime que les réfugiés rejoignent les pays d’immigration, même si d’autres choisissent la voie terrestre et les chemins de fer. Les ports et les stations ferroviaires donnent lieu à des scènes incessantes de tumulte et de désordre, entre adieux déchirants de familles et anxiété des candidats au départ. Il n’est pas rare que des bagarres éclatent entre les civils. Halidé Edib raconte dans ses mémoires comment des groupes ethniques pouvaient en venir aux mains et aux insultes dans ces grands moments de tension : « Les heurts entre les Turques et les Chrétiennes étaient fréquents ; une fois, alors que je voyageais à bord d’un bateau, une Grecque avec un billet en deuxième classe voulait absolument s’asseoir en première classe. Elle poussa d’autres femmes, les traita de prostituées, et ne se calma pas malgré l’intervention et les protestations du contrôleur et de l’inspecteur (8). » Dans ses mémoires, Henry Morgenthau, ambassadeur américain dans l’Empire ottoman entre 1913 et 1916, décrit ainsi les mouvements de foule auxquels il a assisté dans la gare ferroviaire d’Istanbul : « Une masse croissante de gens excités et effrayés envahissait la gare. Toutes les forces de police étaient rassemblées et repoussaient la foule. C’était là un mélange indescriptible de soldats, de gendarmes, de diplomates, de bagages et de fonctionnaires turcs. (…) Tous, qu’ils appartiennent ou non au corps diplomatique, essayaient de forcer le passage ; c’était comme lors des bousculades devant le Brooklyn Bridge, mais à moindre échelle. Les gens couraient dans toutes les directions, vérifiant leurs bagages, achetant des billets, se disputant avec le personnel, consolant des femmes et des enfants terrifiés (9) ». Halidé Edib se souvient avoir été témoin du même genre de scènes, au cœur de l’Asie Mineure, en 1916 : « Dans la gare de Konia, nous fûmes accueillis par une scène de grande misère. Un grand nombre d’habitants de l’est de l’Anatolie, des réfugiés et des Kurdes pour la plupart, s’amoncelaient avec leurs familles et quelques biens. C’étaient des survivants qui avaient fui les massacres arméniens. Ils étaient blottis les uns contre les autres, sous les lumières éblouissantes de la gare, avec leurs costumes de couleur vive complètement déchirés ; comme souvent pour les réfugiés, leurs visages n’exprimaient absolument rien, aucun espoir ; ils attendaient pour le train. Il y avait dans l’atmosphère cette odeur de misère, propre à une foule d’être humains sales et empreints de souffrance morale et physique (10) ».

Quelle importance quantitative prennent ces émigrations hors du Moyen-Orient ? A en croire ces témoignages et ce qu’en dit l’historienne Leila Tarazi Fawaz, il semblerait qu’il s’agisse là d’un phénomène très important. Néanmoins, d’après un récent article de Boutros Labaki (11), il faudrait peut-être nuancer cette idée. Celui-ci affirme qu’en juillet 1914, l’imminence de la guerre fait subir une grave crise économique à l’Empire ottoman, qui le fragilise vis-à-vis de toutes les sociétés étrangères : les bourses d’Istanbul et Izmir, qui dépendent largement de l’Europe, ferment leurs portes, conduisant à un grand désordre financier qui contraint le gouvernement à suspendre toutes les transactions et les virements, venant de l’intérieur de l’empire comme de l’étranger ; les sociétés étrangères de transport maritime cessent leurs activités avec l’Empire ottoman, et stoppent toutes les opérations d’importation et d’exportation ; le trafic commercial baisse dangereusement, d’autant que la politique de confiscation des biens menée par l’Empire ottoman dissuade les compagnies d’assurance étrangères d’assurer les marchandises qui sont transportées aux abords des côtes ottomanes. Et alors que l’est de la Méditerranée est de moins en moins traversée par des navires de commerce, les opérations militaires navales ainsi que le blocus maritime allié semblent ériger une frontière infranchissable pour les navires partant du Moyen-Orient. Ce à quoi s’ajoutent les multiples interdictions ottomanes à l’encontre de l’émigration : l’Empire ottoman ne veut en effet pas voir sa main-d’œuvre (qui est une indispensable source de revenus fiscaux) ni les éventuelles forces vives de l’armée lui échapper ; aussi, tous les ports sont-ils sous la garde draconienne des autorités ottomanes. Nul doute, selon Boutros Labaki, que ces différents facteurs ralentissent donc considérablement le mouvement migratoire.

D’ailleurs, les chiffres semblent appuyer cette thèse : alors que le nombre de migrants en provenance du Liban et de Syrie et arrivant aux Etats-Unis avait été multiplié par trois depuis le début du xxe siècle (passant de 2 920 en 1900 à 9 210 en 1913), il connaît en l’espace de quatre années de guerre une décroissance spectaculaire, retombant à 210 migrants en 1918 !
Sans donc nier la vague migratoire suscitée par la Première Guerre mondiale, Boutros Labaki insiste surtout sur l’importance de l’émigration dès avant le conflit, et qui semble connaître un pic en 1913. Cette génération de migrants, installés en Amérique, en Europe, en Afrique ou en Océanie, a contribué à la formation de diasporas libanaises et moyen-orientales qui, bien qu’elles n’aient pas été sur place au moment du conflit, ont joué un rôle relativement important au Moyen-Orient entre 1914 et 1918.

Le rôle des diasporas

En effet, depuis leurs terres d’accueil, les communautés d’émigrés tentent de soutenir leurs compatriotes et leur mère-patrie, tant financièrement que politiquement.

Du point de vue financier, il leur faut inventer de nouveaux moyens de communication : la quasi interruption des communications postales avec l’extérieur ainsi que le blocus allié contribuent en effet à la diminution des virements bancaires. Aussi, d’autres formes de virements sont mises en place, avec l’aide des Français et des Américains. Deux réseaux financiers sont notamment ouverts pour pénétrer au Liban : le premier est localisé sur l’île d’Arwad, occupée par les Français au début de la guerre, et fait l’intermédiaire entre l’Evêché maronite d’Egypte et le siège du Patriarcat maronite, situé à Bkerké, où l’argent envoyé par les émigrés à leurs familles leur est distribué ; le deuxième réseau est assuré par la « Maison de presse et d’impression évangélique américaine » qui, depuis son siège de New York, lance des appels aux dons aux Libanais et Syriens installés aux Etats-Unis, et procède aux virements entre le siège de New York et son antenne à Beyrouth, qui redistribue à son tour les dons. Ces virements sont d’un grand secours pour la région dans un contexte de crise du ravitaillement, et pour l’économie en général. Ils permettent d’alléger quelque peu l’impact de la famine et de la pauvreté.

Du point de vue politique, on assiste à la mise en place d’associations d’émigrés qui tentent, en Egypte, en France, en Argentine et aux Etats-Unis, de faire pression sur leurs pays d’accueil et les grandes puissances en général pour libérer le Liban et la Syrie de la tutelle ottomane. Parmi ces associations, on peut mentionner la Renaissance libanaise, aux Etats-Unis, et le Comité syrien et le Comité libanais à Paris. Néanmoins, il faut noter des divergences de pensée entre ces différentes associations : concernant le Liban, certaines associations (comme le Parti de l’alliance libanaise, fondé au Caire) veulent un Liban indépendant (ou sous tutelle française ou internationale), tandis que d’autres (comme l’Association de la Renaissance libanaise) se proposent de faire du Liban une région administrative autonome mais insérée au sein d’une fédération syrienne, qui serait elle-même soit indépendante, soit sous tutelle française ou internationale, soit sous un régime chérifien.

Ces différents courants politiques ont largement participé pendant et après la guerre aux pourparlers concernant l’avenir de la région : les émigrés peuvent en effet bénéficier alors d’une plus grande liberté d’expression depuis leur terre d’accueil qu’en territoire ottoman, et se trouvent en contact étroit avec la pensée politique occidentale, ce qui leur permet de jouer ce rôle d’intermédiaire entre leurs compatriotes restés au Moyen-Orient et les grandes puissances qui, pendant et après la guerre, préparent l’avenir de la région (12).

Notes :

(1) Leila Tarazi Fawaz, A Land of Aching Hearts. The Middle East in the Great War, Cambridge, London, Harvard University Press, 2014, p. ix.
(2) Jirjis al-Khuri Maqdisi, A’zam harb fi l-tarikh wa-kayfa marrat ayyamuha, cité par Leila Tarazi Fawaz, op.cit., p. 83.
(3) Leila Tarazi Fawaz, op.cit., p. 86.
(4) Boutros Labaki, « Les rôles économique et politique des émigrés libanais durant la Première Guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains 2016/2 (N° 262), pp. 27-48.
(5) Le terme de « génocide » continue de faire débat en Turquie, mais il a été reconnu par la France et l’Union européenne.
(6) Ce passeport tire son nom du premier directeur du haut-commissariat pour les Réfugiés de la Société des Nations (SDN), et confère aux apatrides arméniens le droit de circuler et de travailler dans divers pays d’accueil.
(7) Claire Mouradian, « La diaspora : un exil sans fin », L’Histoire n°408 (dossier « Arméniens »), février 2015, pp. 72-77.
(8) Halidé Edib citée par Leila Tarazi Fawaz, op.cit., p. 88.
(9) Henry Morgenthau, Ambassador Morgenthau’s Story, London, Sterndale Classics, 2003, pp. 114-116.
(10) Halidé Edib citée par Leila Tarazi Fawaz, op. cit., p. 87.
(11) Boutros Labaki, « Les rôles économique et politique des émigrés libanais… », op.cit.
(12) Ibid.

Bibliographie :

- Leila Tarazi Fawaz, A Land of Aching Hearts. The Middle East in the Great War, Cambridge, London, Harvard University Press, 2014.
- Abdallah Hanna, « The First World War According to the Memories of « Commoners » in the Bilad al-Sham », in Heike Liebau, Katrin Bromber, Katharina Lange, Dyala Hamzah, Ravi Ahuja, The World in World Wars. Experiences, Perceptions and Perspective from Africa and Asia, Leiden, Boston, Brill, 2010.
- Albert Hourani, Nadim Shedadi, The Lebanese in the World : A Century of Emigration, London, Center for Lebanese Studies and I. B. Tauris, 1992.
- Boutros Labaki, « Les rôles économique et politique des émigrés libanais durant la Première Guerre mondiale », Guerres mondiales et conflits contemporains 2016/2 (N° 262), pp. 27-48.
- Claire Mouradian, « La diaspora : un exil sans fin », L’Histoire n°408 (dossier « Arméniens »), février 2015, pp. 72-77.

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