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L’acheminement des hydrocarbures du Moyen-Orient. Troisième partie : cas spécifique des Kurdes
Article publié le 09/01/2017

Par Matthieu Saab

Cartes illustrant cet article :

- Les hydrocarbures du Moyen-Orient : production et projets de pipelines (3/3)

Lire les parties précédentes :

- L’acheminement des hydrocarbures du Moyen-Orient. Première partie : le gazoduc Qatar-Turquie et le « Islamic Pipeline »

- L’acheminement des hydrocarbures du Moyen-Orient. Deuxième partie : les autres pipelines de la région

- Cartographie : Les hydrocarbures du Moyen-Orient : production et projets de gazoduc (1/3)

L’Irak et la Turquie

Le pétrole irakien se trouve dans le nord du pays dans la région du Kurdistan et de Kirkuk et dans le sud près des ports du Golfe persique. Les raffineries se trouvent au centre du pays à Bagdad et près de Kirkuk. Les oléoducs transportent le pétrole de Kirkuk et de Bagdad vers la Turquie et la Syrie. Le principal oléoduc passe par la région de Kirkuk et se prolonge jusqu’au Golfe persique. Il traverse la capitale de l’Irak et peut être utilisé dans la direction opposée afin de livrer les matières premières du sud du pays près du Golfe persique à Bagdad (1).

Entre l’Irak et la Turquie se trouvent deux oléoducs, le premier contrôlé par le gouvernement central irakien et le second par le gouvernement de la région du Kurdistan. Erbil, après le démarrage de son propre oléoduc en mai 2014, a commencé à fournir du pétrole à la Turquie en passant par Bagdad. Le Kurdistan, qui gagne en autonomie, permettait en septembre 2015 d’exporter 602 mille barils par jour (2).

Durant les dernières années, de nombreux problèmes ont perturbé l’exportation du pétrole vers la Turquie. En effet, des canalisations qui se trouvent en Turquie ont fait l’objet de sabotage, ce qui a eu pour effet de diminuer les exportations kurdes en août 2015 de 30% par rapport à juillet, l’oléoduc ayant cessé de fonctionner durant 9 jours. Cet oléoduc devait être étendu de l’Irak vers le port de Bāniyās en Syrie, mais ce projet a été abandonné en raison de l’émergence de l’Etat islamique et de la guerre civile en Syrie (3).

La Syrie, les Kurdes, la Russie, la Turquie et les Etats-Unis

Lors de sa visite à Ankara en novembre 2014, Joe Biden a estimé que la côte méditerranéenne syrienne à l’ouest de l’Euphrate devait être sécurisée. Ankara pour sa part considère que le Kurdish People’s Protection Units (YPG) ne doit pas être présent à l’ouest de l’Euphrate. C’est cet impératif qui a poussé la Turquie à libérer la ville syrienne de Jarablus occupée par l’Etat islamique. Durant cette opération militaire « Euphrates Shield » lancée en août 2016, la Turquie a également repoussé les membres du YPG à l’est de l’Euphrate, avec l’accord tacite des Américains. En effet, la côte méditerranéenne syrienne a un rôle stratégique qui pourrait permettre à l’Iran et à l’Irak de transporter leurs hydrocarbures par voie maritime vers l’Europe. Le projet du gazoduc Iran-Irak-Syrie (le « Gazoduc Islamique ») qui est bloqué pour le moment, aurait pu permettre d’atteindre cet objectif (4).
Afin d’atteindre ses ambitions de devenir une plaque tournante sur le marché énergétique, la Turquie devrait engager des négociations avec la Syrie qui contrôle l’ouest de l’Euphrate.

En décembre 2013, la police d’Istanbul engagea une opération anti-corruption qui permit de révéler les relations entre la banque Halkbank et un homme d’affaires iranien Reza Zarrab qui avaient initié des transactions illégales dans le domaine pétrolier durant la période des sanctions américaines contre l’Iran. La Turquie a développé une « gold trade formula » qui permit à Ankara de payer son pétrole arrivé d’Iran en utilisant des « livres turques » (devise du pays) détenues par la Banque Halkbank. Par la suite, l’Iran utilisait ces « livres » turques pour acheter de l’or en Turquie qui était directement transféré vers Dubaï. Par la suite, l’or était vendu ou transféré en Iran (5). Suite à l’intervention de la police d’Istanbul ce trafic a été interrompu. Ce genre de transaction permet d’identifier les procédures suivies par les pays de la région afin d’avoir accès aux ressources pétrolières dans des conditions parfois discutables.

Enfin, il faut signaler que durant sa visite à Ankara en novembre 2014, Joe Biden a surtout mis l’accent sur la coopération entre les Etats-Unis et la Turquie dans le domaine énergétique, qui est cruciale dans le cadre de la gestion des conflits au Moyen-Orient et en Méditerranée et qui conduit les principaux pays de la région à revoir leurs alliances politiques et stratégiques.

Le Kurdistan irakien et l’Iran

Durant les deux dernières décennies, la mise en place de l’inter connectivité dans le domaine de l’énergie a été le pilier des relations entre les Iraniens et leurs voisins. Depuis l’époque des « Oil swap » entre l’Iran et l’Asie Centrale dans les années 1990 qui permit l’expansion des gazoducs et la connectivité des réseaux électriques, l’Iran est devenu la plaque tournante de la région. Le pays veut améliorer son potentiel à l’exportation, et l’interdépendance énergétique régionale. En fait, sa dernière initiative consiste à construire un oléoduc qui relierait le Kurdistan Irakien à l’Iran, afin de bénéficier d’une suprématie énergétique (6). L’Iran et le Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) vont construire cet oléoduc ayant une capacité de 250 mille barils par jour de pétrole brut, et qui connectera Koysinjaq au KRG et traversera la frontière à Parvez Khan, puis se dirigera vers Kermanshah à l’ouest de l’Iran où le pétrole brut viendra se déverser dans le système des oléoducs iraniens pour être utilisé dans les raffineries du nord du pays (7).

La construction d’un oléoduc qui connecte le KRG à l’une des raffineries de l’Ouest de l’Iran a été envisagée la première fois en 2014 suite à des désaccords importants entre le KRG et le gouvernement irakien concernant le règlement par Bagdad de la transaction portant sur l’exportation de pétrole kurde à travers un oléoduc qui conduit au port turc de Ceyhan. Les tensions entre Bagdad et Ankara concernant la position turque par rapport à l’Etat islamique et la crise syrienne sont des paramètres supplémentaires qui ont conduit le Kurdistan à développer un itinéraire alternatif pour l’exportation de son pétrole. Cependant, Téhéran devait s’assurer que ce projet ne s’opposerait pas aux projets du gouvernement irakien allié au régime iranien. Un équilibre entre les intérêts de Téhéran, de Bagdad, d’Erbil ainsi qu’avec les différents groupes d’intérêts qui pourraient bénéficier ou être lésés par l’envoi du pétrole par le KRG vers l’Iran est recherché (8).

En effet, durant les deux dernières années, une grande partie du pétrole kurde a été transporté par des camions vers l’Iran en utilisant les raffineries du nord de l’Iran. Cette situation a mis en lumière la nécessité de construire un nouvel oléoduc et a encouragé l’intervention de nouveaux acteurs dans l’environnement complexe qui inclut les intérêts du Kurdistan, de l’Irak, de l’Iran, de la Turquie ainsi que des opérateurs qui organisent la livraison de pétrole du Kurdistan vers l’Iran et la Turquie grâce à des camions (9).

En ce qui concerne Bagdad, le fait que le KRG deviendrait moins dépendant de la Turquie est appréciable, mais la complexité des flux financiers pourrait créer d’autres sources de tension. En fait, les exportations de pétrole à travers l’oléoduc Irak-Ceyhan sont réglées par Bagdad dont le gouvernement fédéral paye la part d’Erbil avec de grands retards. Erbil préfère dans ces conditions que les ventes de pétrole à l’Iran lui soient directement réglées. Bagdad semble avoir donné son accord pour cette opération entre le KRG et l’Iran à une seule condition : intégrer dans le pétrole exporté vers l’Iran la production de pétrole de Kirkuk actuellement exportée par la voie de Ceyhan. Kirkuk est une région revendiquée par le KRG, mais se trouve à l’extérieur de la zone allouée à la région kurde d’Irak. Dans ces conditions, l’intégration du pétrole de Kirkuk créerait un circuit complexe pour le règlement de la transaction par l’Iran d’autant plus qu’il est tout à fait concevable que Bagdad demande que les paiements lui soient transférés directement plutôt qu’à Erbil (10).

Ce projet permettrait à l’Iran d’accroitre l’inter connectivité énergétique de la région et les transactions avec ses voisins directs. Un autre objectif des Iraniens est d’améliorer leurs compétences dans le domaine de la production et de la distribution du pétrole (11).

En fait, une grande partie du pétrole iranien est produite dans la province du sud-ouest de Khuzestan alors que la population iranienne est installée dans les régions du nord et du nord ouest. Toute importation de pétrole par le KRG qui alimentera les raffineries du nord de l’Iran à Kermanshah, Téhéran ou Tabriz entrainera une diminution de l’extraction de pétrole du sud à travers le système des oléoducs iraniens qui existent déjà (12).

Au-delà des avantages géostratégiques et économiques, ce projet aiderait l’Iran à trouver une solution au faible développement de ses infrastructures dans la province iranienne du Kurdistan. Cette province a souffert d’un manque d’investissements et tout projet d’infrastructures pourrait créer de nouvelles opportunités pour la région et améliorer la cohésion interne de l’Iran (13).

L’expérience a prouvé qu’en Iran les projets ayant une portée économique et géostratégique avec une justification politique aboutissent malgré les résistances politiques et économiques. Le projet de l’oléoduc KRG-Iran a dans ces conditions de bonnes raisons d’aboutir et conduire au développement de la province iranienne du Kurdistan. Reste à savoir si les autres intervenants dans ce projet, plus spécifiquement à Erbil et à Bagdad, faciliteront son exécution (14).

Le Kurdistan irakien, la Russie et la Turquie

Suite à l’attaque d’un avion de chasse russe par les Turcs le 24 novembre 2015, le Président Recep Tayyip Erdogan décida urgemment de réduire la dépendance de la Turquie envers la Russie pour son approvisionnement en gaz naturel (55% du gaz turc est fourni par la Russie) et alors que la Turquie est le second plus grand acheteur de gaz russe après l’Allemagne.

Pour la Turquie, la solution la plus probable afin de diversifier ses sources énergétiques est d’acheter le gaz qui se trouve dans les champs pétroliers du Kurdistan irakien. Avec 5 trillions de pieds cubes de réserve de gaz naturel, le Kurdistan irakien peut aisément fournir Ankara qui, à cet effet, a commencé en 2016 à construire un pipeline qui sera opérationnel en 2019. Ce gazoduc aura une capacité initiale de 10 milliards de mètres cubes par an et elle sera rapidement doublée. Cette situation convient à la Turquie étant donné que la majorité de ses contrats avec la Russie viennent à échéance en 2020, y compris l’accord « Blue Stream » de 16 milliards de mètres cubes. Afin d’accélérer ce processus, les Turcs ont rassemblé les fonds nécessaires pour la construction de la partie turque du gazoduc (15).

Mais le Parti des Travailleurs Kurdes (PKK) allié à Moscou s’est opposé à la construction du gazoduc. Le 17 février 2016, le PKK a détruit la partie turque du gazoduc qui devait transporter du gaz irakien et kurde vers le port méditerranéen de la Turquie, Ceyhan. Ce gazoduc, qui a une capacité de 600 mille barils de gaz par jour, a été hors d’usage durant 23 jours et a fait perdre au Gouvernement Régional du Kurdistan 300 millions de dollars alors que la situation économique du pays est désastreuse (16). L’attaque du PKK avait pour objectif d’empêcher la Turquie de devenir un pôle pétrolier énergétique international. Si ces attaques se poursuivent, elles pourraient décourager les investisseurs dans les projets turcs ou augmenter le coût de ces projets qui dépasserait le budget initial.

Au même moment, le PKK s’intéresse au projet énergétique « Trans Anatolian Natural Gaz Pipeline » (le TANAP) et qui prévoit le transport du gaz de la mer Caspienne vers l’Europe en passant par la Turquie. La capacité du TANAP est de 36 milliards de mètres cubes de gaz par an, dont 21 milliards sont destinés aux pays européens. Ce projet devrait permettre de réduire la dépendance européenne à l’égard de la Russie. Or, le 30 juillet 2015, le PKK a détruit un train transportant du matériel de construction pour le TANAP. Il a organisé un autre sabotage contre un gazoduc acheminant du gaz azéri à la Turquie, d’une capacité de 6 milliards de mètres cube par an et qui traverse la Géorgie. Il est apparu par la suite que le PKK qui recherchait le soutien russe a profité de la crise entre Ankara et Moscou pour se rapprocher du Kremlin (17).

Les Russes considèrent que le pétrole leur procure du pouvoir et de l’argent, la moitié de leur budget fédéral est financé par la vente de gaz et de pétrole, et estiment également que leurs ressources énergétiques renforcent leur rôle diplomatique dans la région.

Pour que Ankara arrive à se sortir de la dépendance de Poutine, il faut que le problème du PKK en Turquie soit résolu. En 2012, Erdogan a entrainé le PKK dans des négociations avec le support des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Union européenne et de la Russie. Cette négociation a échoué et Erdogan ne bénéficie plus que de l’appui de l’Arabie saoudite, du Qatar et de manière plus timide d’Israël. Il pourra difficilement entrainer le PKK vers la table de négociations alors que les Kurdes - contrairement à lui - ont de très bonnes relations avec les pays occidentaux grâce à leur intervention militaire contre l’Etat islamique.

L’impasse ne conduit pas uniquement à mettre en danger la sécurité nationale turque mais également son approvisionnement en énergie. Tout retard dans les projets énergétiques pendant ce temps permet à la Russie de consolider sa position.

Conclusion

La géopolitique est une bataille pour le pouvoir et pour l’espace qui se joue à l’intérieur de paramètres géographiques. La géopolitique s’étend notamment au domaine militaire, diplomatique, économique et à celui des ressources énergétiques. Ces dernières et leurs voies d’acheminement vers les régions consommatrices sont essentielles dans l’ordre de la compréhension de la géographie. Durant les derniers siècles, chaque puissance dominante a pu s’imposer grâce à des ressources énergétiques. Au XVIIIème et au XIXème siècle, les Britanniques ont organisé leur pouvoir autour de l’industrie du charbon. De la fin du XIXème siècle au début du XXIème siècle, le pétrole a permis à l’Empire américain de s’imposer. Actuellement, le déclin semblait caractériser l’Empire américain jusqu’à la découverte du gaz de schiste, spécialement au Texas. Ce nouvel âge du gaz naturel donnera aux Etats-Unis un pouvoir géopolitique qui s’étendra au moins aux cinquante prochaines années. Dans ces conditions, il faut signaler que durant les vingt prochaines années, 85% de l’augmentation de l’utilisation des ressources énergétiques proviendra de la région indopacifique. La progression de la consommation en hydrocarbures de la Chine s’élèvera à 40% jusqu’en 2025. Par la suite, la progression de la consommation de l’Inde s’imposera et s’élèvera à 132%, celle de la Chine et du Brésil à 71% et celle de la Russie à 21%. Or, la région indopacifique continuera à dépendre du Moyen-Orient pour ses importations pétrolières et gazières. En 2030, 80% du pétrole chinois proviendra du Proche-Orient et 90% dans le cas de l’Inde. Pratiquement, l’intégralité des ressources en pétrole et en gaz du Japon et de la Corée du Sud proviendra de cette région du monde alors que la dépendance de la Chine à l’égard du Moyen-Orient sera renforcée par une dépendance accrue à l’égard des ex-Etats soviétiques de l’Asie Centrale (18). Dans ces conditions, les batailles pour la suprématie des oléoducs et des gazoducs au Moyen-Orient seront toujours au centre des jeux de pouvoirs internationaux.

Notes :

(1) Cf. « The Geopolitics of Oil and Gas Pipelines in the Middle East », Global Research.
(2) Idem.
(3) Idem.
(4) Olgu Okumus, « How Ankara, Washington Plan to Achieve Regional Energy Security », Al-Monitor http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2016/08/turkey-united-states-biden-visit-ankara-energy-security.html le 29 août 2016.
(5) Idem.
(6) Bijan Khajehpour, « Iran’s Pipeline Politics Reaches Iraqi Kurdistan », Al-Monitor http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2016/06/iran-kurdistan-regional-government-pipeline-energy-deal.html le 29 juin 2016.
(7) Idem.
(8) Idem.
(9) Idem.
(10) Idem.
(11) Idem.
(12) Idem.
(13) Idem.
(14) Idem.
(15) Ufuk Sauli, « How the PKK Is Entering Energy Wars », Al-Monitor http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2016/03/turkey-israel-pkk-shadow-player-energy-wars.html le 16 mars 2016.
(16) Idem.
(17) Idem.
(18) Robert D. Kaplan « The geopolitics of Energy », Forbes http://www.forbes.com/sites/stratfor/2014/04/04/the-geopolitics-of-energy/#5cdc9000547c le 4 avril 2014.

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