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Exposition à l’Institut du monde arabe, « Evliya Çelebi, un voyageur ottoman », du 15 novembre au 11 décembre 2011
Article publié le 22/11/2011

Par Lisa Romeo

L’Institut du monde arabe de Paris nous invite du 15 novembre au 11 décembre 2011 à découvrir l’Empire ottoman à travers les écrits de Evliya Çelebi, un voyageur ottoman du XVIIème siècle.

Issu d’une prestigieuse famille de gentilhomme de Constantinople, Evlia était le fils du joaillier en titre du Sultan Soliman le Magnifique (1494-1566), et comptait parmi ses ancêtres le grand soufi et poète Ahmed Yesevi Hodja (1093-1166). Après avoir suivi une éducation religieuse traditionnelle, il rejoint l’école impériale du palais (Enderun). Aussi curieux que talentueux, Evliya Çelebi cultive de nombreuse passions : la musique, la calligraphie, le cirit (jeu équestre) et même la peinture. Bercé continuellement par une envie d’évasion, il choisit de consacrer près de quarante ans de sa vie au voyage et parcourera l’intégralité de l’Empire qui s’étend alors sur trois continents. Son immense périple débute à Constantinople. Il y séjourne longuement avant de se rendre à Bursa, Izmir, Trabzon, Anapa et dans toutes les principales villes de la Turquie actuelle, jusqu’en Crimée et au Caucasse. Il part ensuite à la découverte des Balkans jusqu’à Vienne, visite le Moyen-Orient - de l’Iran à l’Egypte - puis l’Ethiopie. Tout au long de ses voyages, Evliya Çelebi note ses impressions dans un ouvrage divisé en dix volumes : Seyahatname. Sur plus de 10 000 pages, il décrit dans un style remarquable (ponctué de notes d’humour et d’ironie) les coutumes, les vétéments, la nourriture, les boissons, les langues, la géographie de chaque ville qu’il visite toujours avec grand intérêt et émerveillement. Son œuvre constitue ainsi un témoignage d’une rare précision pour les chercheurs en histoire et en linguistique et offre un tableau détaillé de la vie ottomane du XVIIème siècle. Il participe d’ailleurs lui-même à certains événements comme à la campagne de Crète aux côtés de Yusuf Pacha. Il institue finalement un genre nouveau, celui de la littérature de voyage.

C’est donc à cet écrivain de talent et à ce personnage haut en couleurs que veut rendre aujourd’hui hommage l’Institut du Monde Arabe, en partenariat avec l’Instituts National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) à l’occassion du 400ème anniversaire de sa naissance. Depuis le début de l’année 2011, de nombreuses autres expositions, forums et colloques ont également été organisés en Turquie et dans d’autres villes où il s’est rendu. Cette année a d’ailleurs été déclaré « Année Evliya Çelebi » par l’Unesco.

L’exposition débute par une carte représentant les territoires où Evliya Çelebi s’est rendu et s’organise autour d’extraits de son ouvrage accompagnés de reproductions de miniatures de l’époque. On découvre, dans une première salle, son enfance, sa connaissance approfondie du Coran, son intérêt pour les langues ainsi que son aspiration au voyage. Une présentation de son œuvre est alors illustrée par la photographie d’une page de son livre. Une série de photographies récentes présentent, par ailleurs, la diversité des paysages et le riche héritage civilisationnel de l’Orient.

Une importante partie de l’exposition est ensuite consacrée à la ville de Constantinople, longuement décrite dans l’ouvrage d’Evliya Çelebi. Il évoque tout d’abord la construction du Palais de Topkapi, la résidence officielle des sultans ottomans de 1465 à 1853, ordonnée par le Sultan Mehmet le Conquérant. Il répertorie et décrit un certain nombre de monuments de la capitale : la forteresse qui entoure la ville, Sainte Sophie, l’Obélisque, la tour de Léandre, la mosquée Suleymaniyye dont il compare la coupole ronde à un bol bleu de hammam, la mosquée de Sultan Ahmet qui est 16ème mosquée construite par un sultan à l’intérieur de la ville. Il explique que par temps dégagé on peut apercevoir le Mont Uludag à côté de Bursa, du haut de la Tour de Galata où sont stockés les matériaux maritimes de l’Empire et d’où il s’amusait à lâcher des cerfs-volants. Il expose, par ailleurs, les différentes sortes d’étales qui composent le Grand Bazar : feutriers, bouquinistes, marchants de tissus, fabricants de fez…

La visite se poursuit sur la Turquie de de l’époque d’Evliya Çelebi. Il rappelle les origines des villes d’Ankara, de Izmik (Nicée), de Kayseri et de Bursa tout en les commentant. Il admire l’aménagement d’Erdine où les véhicules peuvent se déplacer aisément dans ses rues aux larges trottoirs. Le château-fort de Amasya, perché à « des hauteurs célestes infinies » enchante le voyageur. Il vante les mérites de Mardin, « citadelle d’un blanc laiteux » dont il juge la beauté de sa forteresse sans égale. L’ambiance de chaque cité qu’il visite est soigneusement décrite. Il dit d’Antep, par exemple, qu’elle est « bien conservée, plaisante et attrayante ». La ville se démarque aussi par sa grande variété de raisin (une quarantaine) et de desserts, sirop et halva qui sont exportés jusqu’en Arabie, Perse et Inde. Les meilleures épées sont par ailleurs forgées à Bitlis, où les étrangers sont d’ailleurs particulièrement bien accueillis. On découvre également, à travers sa plume, les palais luxuriants de pacha d’Erzurum ou la cité très prospère de Kars où l’on peut se procurer des produits en provenance d’Egypte, d’Iran et même d’Inde et de Chine dans les 200 boutiques que compte la ville.

Le périple d’Evliya Çelebi s’étend au-delàs des provinces turques. Le voyageur décrit les jardins paradisiaques de la Crète où poussent sur des kilomètres des citronniers, orangers, oliviers, figuiers, grenadiers. Il explique que les habitants sont d’une grande beauté et ressemblent à ceux de Prague, des pays allemands, d’Amsterdam ou de Dunkerque. Il évoque également la solidité des habitations d’Athènes ou le port de Salonique. Il se rend à Bucarest, Buda (Budapest), Vienne et Rhodes ainsi que dans les principales villes des Balkans : Belgrade, Sofia, Sarajevo.

De plus, Evliya Çelebi apporte sa vision des villes saintes : Jérusalem, La Mecque et Médine. Il se rend à La Kaaba et au mausolée de Muhammad. Une grande partie de son ouvrage se concentre ensuite sur la ville du Caire qui l’émerveille, de même qu’Alexandrie. Par ailleurs, notre voyageur évoque, toujours avec minutie, les principales villes arabes : Bagdad, Damas, Gaza. Notons l’évocation de Tabriz, ville au passé extrêmement riche et où se succédèrent les grandes dynasties musulmanes. Il raconte, en outre, que la ville d’Alep est nettoyée jour et nuit. Ses éboueurs regroupent et brulent les détritus dans les fourneaux des hammams.

C’est donc une véritable invitation au voyage que nous propose l’Institut du Monde Arabe à travers son exposition sur Evliya Çelebi. On y découvre, en libre accès et de manière originale la vie quotidienne sous l’empire au XVIIème siècle à travers les écrits d’un personnage incontournable de la littérature et de l’histoire ottomane. Ebloui par tant de merveilles, Evliya se compare – lui, et l’Homme en général - à plusieurs reprises, à « une goutte d’eau dans la mer » et à « une infime particule du soleil », sans doute par humilité devant Dieu.

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