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Entretien avec David Rigoulet-Roze – Purges en interne et démission de Saad Hariri : quelles sont les stratégies de Mohammed ben Salmane ?
Article publié le 20/11/2017

Propos recueillis par Anne-Lucie Chaigne-Oudin

David Rigoulet-Roze, docteur en Sciences politiques, est enseignant et chercheur, ainsi que consultant en relations internationales.
Auteur de nombreux articles, il est rattaché à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS). Il notamment publié Géopolitique de l’Arabie saoudite : des Ikhwans à Al-Qaïda (Armand Colin, 2005) et L’Iran pluriel : regards géopolitiques (l’Harmattan en 2011). Il est en outre rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques.

Pouvez-vous revenir sur la nomination du fils du roi Salmane, Mohamed ben Salmane, à la fonction de « prince héritier », le 21 juin dernier, en remplacement du prince Mohamed ben Nayef ?

Cette nomination est l’aboutissement, d’une certaine manière, d’une stratégie méthodique au fil des mois d’accumulation de prérogatives quasi-régaliennes, au profit de Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, depuis l’accession au trône de son père le roi Salmane le 23 janvier 2015. Mohammed ben Salmane, devenu chef du cabinet royal, a d’emblée été catapulté ministre de la Défense, président d’une structure économique, le CAED (Conseil des affaires économiques et du développement). Il a donc cumulé la casquette politique de ministre de la Défense, et des prérogatives de type économique, ce qui constitue en soi une anomalie, car traditionnellement les grands princes de la famille régnante se partagent les fonctions, soit politiques soit économiques. Puis à la faveur d’un premier remaniement express qui limoge, le 29 avril 2015, l’éphémère « prince héritier » nommé en janvier 2015, à savoir le prince Moqren ben Abdelaziz Al Saoud, le plus jeune des fils survivants du roi fondateur Ibn Saoud qui se trouve remplacé par Mohammed ben Nayef ben Abdelaziz Al Saoud, le « Monsieur sécurité » du royaume en sa qualité de ministre de l’Intérieur, Mohammed ben Salmane en profite pour se faire nommer « vice-prince héritier » (VPH), donc second dans la ligne de succession. Quelques jours plus tard, le 2 mai 2015, Mohammed ben Salmane devient par ailleurs Président d’un tout nouveau Conseil suprême chargé de superviser les activités de la compagnie pétrolière publique Aramco SDABO.UL qui est également la première compagnie pétrolière mondiale. Enfin, l’ultime étape de cette marche au pouvoir est intervenue, le 21 juin 2017, avec le limogeage de Mohammed ben Nayef ben Abdelaziz Al Saoud et l’attribution du titre de « prince héritier » à Mohammed ben Salman ben Abdelaziz Al Saoud.

On peut expliquer cette nomination par le fait que le roi Salmane est âgé de 81 ans, qu’il est dit malade, et qu’il a donc décidé de confier à son fils Mohammed, qui est son préféré, l’essentiel des prérogatives régaliennes (il fait de fait office de « régent ») et ce, au détriment de tous les autres clans de la famille régnante. En effet, pour la première fois, l’équilibre des divers clans n’est pas respecté alors que traditionnellement, même si un roi accédait au trône, il faisait toujours un peu figure de primus inter pares, c’est-à-dire qu’il était volens nolens obligé de tenir compte des autres clans de la famille. Il faut rappeler que le système dynastique saoudien est très complexe. Le roi fondateur Abdelaziz Al Saoud, passé à la postérité sous le nom d’Ibn Saoud, a eu une vingtaine d’épouses, plusieurs dizaines de fils, dont les descendants sont les actuels petits-fils (on parle de quelque 200 grands princes environ). Tous manifestent des appétits tant sur le plan économique que politique, l’un allant rarement sans l’autre d’ailleurs. Concernant les modalités de la succession par le roi fondateur, il s’agissait d’une succession « horizontale », dite adelphique, soit de frère ainé à frère ainé de chacune des épouses officielles - une règle qui, en pratique, ne fut d’ailleurs pas toujours totalement appliquée -, et qui aboutissait à terme à un système gérontocratique, les rois devenant mécaniquement de plus en plus âgés lors de leur accession au trône. Il y eut donc eu des adaptations, d’abord avec la loi fondamentale édictée par feu le du roi Fahd le 1er mars 1992, laquelle permettait d’ouvrir potentiellement l’accession au trône à la deuxième génération, c’est-à-dire à celle des petits-fils. Le successeur du roi Fahd, feu le roi Abdallah avait établi, le 19 octobre 2006, un « conseil d’allégeance » censé régler les formalités d’une accession au trône via le titre de « prince héritier ». C’est ce « conseil d’allégeance » qui a été sollicité en juin 2017, lors de l’éviction de Mohammed ben Nayef ben Abdelaziz Al Saoud de sa fonction de « prince héritier ». Et de manière inédite, Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud a pris soin de rendre public le résultat des avis donnés pour son accession au poste de « prince héritier ». Sur 34 princes du « Conseil d’allégeance », 31 y auraient été favorables et 3 défavorables, dont dit-on le prince Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud qui vient de faire les frais de la vaste purge décidée par le nouveau « prince héritier ». Ceci expliquant sans doute pour partie cela.

Pouvez-vous revenir sur les arrestations par le nouveau « Prince héritier » de plusieurs hauts responsables saoudiens, le 4 novembre 2017 ?

Il y a évidemment une logique d’affichage marquée par rapport à ce qui est présenté comme une purge « anti-corruption » à laquelle il est difficile de ne pas souscrire. D’une certaine manière, celle-ci finalise sa préparation à l’accession au trône, par la mise de côté des dernières personnes susceptibles de lui porter ombrage sur sa route pour le trône. Les personnes arrêtées sont à la fois des personnalités politiques importantes sur l’échiquier de la famille régnante saoudienne, mais aussi des acteurs économiques emblématiques. Concernant l’éviction de certains princes, on peut noter celle du prince Miteb ben Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, chef de ladite Garde nationale qui fait office de « garde prétorienne » du régime, jugée beaucoup plus fiable que l’armée saoudienne. A chaque fois que le régime s’est trouvé en danger, on a fait appel à la Garde nationale. Celle-ci avait été notamment sollicitée lors de la prise de La Mecque en novembre 1979 par un groupe d’insurgés messianistes qui avait menacé de renverser la monarchie saoudienne. Feu le roi Abdallah, qui fut longtemps le chef de cette Garde nationale, avait décidé d’en faire un ministère à part entière et de propulser son fils Miteb à sa tête afin de préserver les intérêts de sa progéniture à sa disparition. Miteb était le dernier représentant de l’« ère Abdallah », et son limogeage est donc un marqueur fort. Les intérêts de tous les différents clans se trouvent ainsi liquidés par cette purge à grande échelle, au profit du seul lignage du roi Salmane, certes issu du clan Soudeyri mais avec la monopolisation du pouvoir par son sous-clan à travers son fils Mohammed ben Salmane. En effet, le roi Salman fait partie des « sept Soudeyri », ou « clan des sept », soit les sept fils préférés que le roi fondateur a eu avec son épouse préférée. L’un d’entre eux avait déjà régné, feu le roi Fahd, deux autres de ses frères - feu le prince Sultan et feu le prince Nayef - avaient eu vocation à régner après avoir bénéficié du titre de « prince héritier » sous le règne de feu le roi Abdallah, mais ils sont décédés avant d’avoir pu accéder au trône. A la mort d’Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, on retrouve à nouveau un Soudeyri en la personne de Salmane car ce dernier avait été désigné « prince héritier » à la suite de la disparition de ses frères et c’est donc lui qui est logiquement devenu roi le 23 janvier 2017. Mais la nouveauté réside dans le fait que le roi Salmane ait finalement décidé de nommer son fils Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud « prince héritier » et d’assurer potentiellement via son fils, une « verticale du pouvoir », au profit d’un unique lignage au détriment de tous les autres. C’est effectivement une mini-révolution, car cela n’étant jamais arrivé dans le système dynastique saoudien.

Cela supposait donc de mettre de côté les poids lourds des différents clans qui subsistaient, notamment Mohamed ben Nayef ben Abdelaziz Al Saoud, le fils de l’ancien « prince héritier » Nayef ben Abdelaziz Al Saoud ; Miteb, fils de Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud. Il y a aussi les poids lourds économiques comme le « prince milliardaire » Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, qui a un rôle très important compte tenu de son assise financière et de sa visibilité à l’international : il est la première fortune des pays arabes, est très engagé dans de nombreuses opérations financières et a des participations dans le capital de nombreuses entreprises occidentales. Son arrestation a, de fait, soulevé beaucoup d’interrogations, et ce d’autant plus qu’elle apparaît en contradiction avec la ligne des réformes « libérales » qui sont affirmées en interne sur les plans à la fois économique et sociétal. Le prince Waleed ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud est d’ailleurs l’un de ceux qui a depuis longtemps défendu le droit de conduire pour les femmes. De l’extérieur, il est difficile de comprendre pourquoi Waleed ben Talal est mis de côté, alors qu’il pourrait être un allié de poids. Mais c’est précisément parce qu’il a cette assise financière qu’il est devenu l’une des victimes de cette purge générale, officiellement justifiée pour des raisons de lutte contre la corruption, ce qui est évidemment porteur en termes d’affichage, à la fois en externe et en interne, même s’il y a probablement aussi des règlements de comptes familiaux et financiers. Il faut préciser que le prince Waleed ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud est libanais par sa mère, Mona El Solh et le petit-fils de Riad El Solh, le « père de l’indépendance » libanaise en 1943, finalement assassiné le 17 juillet 1951 à Amman en Jordanie dans des circonstances obscures.

Pour l’essentiel donc, la purge concerne des princes, anciens ministres et hommes d’affaires de premier ordre. Parmi ces hommes d’affaires, on peut citer Bakr Ben Laden le -demi-frère du fameux Oussama ben Laden - de son état dirigeant du Saudi Ben Laden Group, premier groupe BTP du royaume. Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud veut récupérer de l’argent qui lui fait défaut pour financer ses réformes. Il pressure donc des réseaux financiers qui ont toujours recyclé de l’argent. Ainsi, la croisade anti-corruption n’est donc pas totalement sans fondement, mais elle est sans aucun doute instrumentalisée pour d’autres raisons. On peut dire que Mohammed ben Salmane fait d’une pierre deux coups. Les personnes incriminées se retrouvent aujourd’hui assignées à résidence à l’hôtel Ritz-Carlton, qui, ironie de l’histoire, a été largement construit par le groupe de BTP Saudi Oger, propriété de Saad Hariri, mise en faillite à l’été 2017 faute d’avoir été renfloué par Riyad pour des raisons autant économiques que politiques dans la mesure où un passif financier peut constituer un moyen de pression opportun.

Comment analyser les derniers événements entre l’Arabie saoudite et le Liban, avec l’annonce par Saad Hariri de sa démission annoncée le 4 novembre 2017, depuis Riyad ?

Là aussi, comme souvent en Orient, il y a souvent un mix entre les affaires politiques et les affaires d’argent. Il est en effet difficile de dissocier strictement les deux. Saad Hariri, d’après la reconstitution du scénario que l’on a pu obtenir, avait fait une première visite les 30 et 31 octobre à Riyad. Dans le contexte de cette visite, une déclaration avait été faite, par Thamer al Sabhane, qui était passée sur le moment relativement inaperçue : il avait dit que « quelque chose d’extraordinaire [allait] se produire dans les prochains jours ». Au cours de la semaine Saad Hariri fut à nouveau sollicité à plusieurs reprises pour se rendre instamment à Riyad, et il a dû finalement s’y résoudre en fin de semaine. Il dépend en effet beaucoup des Saoudiens, tant en matière de soutien politique que financier. A son arrivée à Riyad le 3 novembre 2017, on lui aurait retiré tous ses appareils de communication sécurisée. Cela prit la forme d’une véritable assignation résidentielle, avec manifestement une pression énorme exercée sur lui sans doute à l’origine de sa déclaration de démission de son poste de Premier ministre libanais le 4 novembre suivant. Sur le plan financier, ce sont les dettes accumulées par le groupe de BTP Saudi Oger dont il a hérité de son père feu Rafik Hariri et déclaré en faillite à l’été 2017. Sur le plan politique, c’est le reproche qui lui a été fait par Riyad d’avoir intégré, en tant que Premier ministre libanais le Hezbollah chiite pro-iranien dans le gouvernement élargi qu’il avait constitué au début de l’année 2017 et ce, en validant la politique dite de « distanciation » vis-à-vis des tensions régionales définie depuis 2011 afin d’éviter au Liban les affres d’une nouvelle guerre confessionnelle. Mais il se trouve que l’accélération des événements avec la montée de la tension entre Riyad et Téhéran ont conduit le nouveau « prince héritier » Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud à considérer que ce qui avait été accepté fin 2016-début 2017 n’était plus admissible, compte tenu du rôle grandissant pris par le Hezbollah en Syrie avec le soutien armé apporté au régime de Damas à la demande expresse de l’Iran, ce qui a permis à Bachar Al Assad de gagner « sa guerre » contre les insurgés sunnites initialement soutenu par les pétro-monarchies. L’idée était donc de faire « sauter » le gouvernement libanais, ce que ne souhaitait sans doute pas Saad Hariri. Mais compte tenu des contraintes pesant sur ses épaules, il s’est retrouvé contraint d’annoncer spectaculairement sa démission, avec toutes les interrogations consécutives à celle-ci pour l’avenir de son pays. La stratégie comminatoire et quelque peu impulsive du prince Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud a partiellement échoué, comme en d’autres occasions précédentes en matière de politique extérieure - on peut penser à l’impasse de l’engagement militaire Yémen ou de la mise au ban du Qatar -, d’abord parce que cette démission « obligée » a, de manière inédite, cimenté les Libanais toutes tendances confondues, parce que cela constituait un véritable affront, un outrage ; ensuite parce que cette « démission » peu ou prou imposée a été appréciée pour ce qu’elle est par la communauté internationale dont certains Etats menaçaient de porter l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU, dans la mesure où se trouvait en cause un Premier ministre en exercice.

Pouvez-vous revenir sur l’arrivée en France de Saad Hariri, samedi 18 novembre 2017 ?

La France est effectivement intervenue à un moment crucial de l’affaire. Elle a fait une sorte de médiation, et a développé une stratégie assez habile en « invitant » officiellement à Paris, Saad Hariri avec sa famille, en prenant au mot les Saoudiens qui affirmaient publiquement que ce dernier n’était nullement retenu à Riyad. Le fait de venir avec sa famille enlevait un moyen de pression sur Saad Hariri. C’est la « formule magique », selon les propres termes du président libanais Michel Aoun - lui-même par le passé exfiltré par la France du Liban dans le contexte de la fin de la guerre civile libanaise en 1990 -, qui a été trouvée. Elle a convenu au prince Mohamed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, car il se sentait lui-même piégé par sa propre stratégie dans la mesure où elle n’avait pas obtenu les effets escomptés, au vu des diverses réactions à l’extérieur. C’était donc aussi une manière de permettre au « prince héritier » Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud de sauver les apparences, et c’est là toute l’habileté du président Macron, car un retour direct à Beyrouth de Saad Hariri lui aurait fait perdre la face. Cela ne veut pas dire pour autant que la situation soit réglée, car la question demeure de savoir si Saad Hariri pourra - ou voudra - se maintenir à son poste.

On peut noter également que la stratégie de Mohammed ben Salmane apparaît de plus en plus risquée. Cela apparaît toujours un peu plus comme une fuite en avant avec le calcul sous-jacent que certains soutiens déclarés suivront automatiquement la stratégie de Riyad : en l’occurrence, celui du président Donald Trump, en cas d’affrontement direct avec l’Iran, et donc qu’il peut pousser à une déstabilisation au Liban pour mettre en difficulté le Hezbollah pro-iranien en le poussant à se montrer plus agressif ; et celui d’Israël seul pays en mesure d’affronter militairement le Hezbollah. S’il y a certes aujourd’hui certains intérêts objectifs convergents entre Américains, Israéliens et Saoudiens par rapport au supposé danger iranien, ce n’est pas pour autant que tous ces acteurs souhaiteront se laisser entrainer dans un conflit ouvert dont l’issue serait plus qu’incertaine a fortiori dès lors que leurs intérêts nationaux ne sont pas directement en cause.

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